«Les quatre devant [Pato, Inzaghi, Ronaldinho plus Seedorf], c’est vraiment très fort. Il y a beaucoup de justesse technique. On jouera notre chance à fond, mais la moindre erreur sera punie. Et même si on crée l’exploit, il faudra encore prendre des points contre le Real Madrid.» La lucidité a toujours constitué l’une des qualités principales de Didier Deschamps, 41 ans, qui s’exprimait ainsi hier sur Europe 1. L’Olympique de Marseille, à un point des deux leaders de ce groupe C (l’AC Milan et le Real), doit en effet l’emporter ce mercredi à San Siro puis «faire quelque chose» en recevant les Galactiques.

Ce bel esprit éveillé sera-t-il suivi d’effets concrets sur la pelouse des Rossoneri, qui l’avaient emporté à l’aller (1-2) au Stade-Vélodrome? L’observateur peut en douter: depuis le début de l’exercice 2009/2010 et sa prise de pouvoir au club phocéen – grâce au parachutage du nouveau président Jean-Claude Dassier – l’ex-capitaine des Bleus champions du monde en 1998 et d’Europe en 2000 s’échine à placer l’attaquant sénégalais Mamadou Niang sur le flanc droit à mi-terrain, où il tourne telle une hélice, et l’ailier argentin Lucho Gonzalez au milieu dans l’axe, lui qui préfère largement amener le danger par des actions de débordement.

Plusieurs sites internet, cependant, donnent l’OM de ce soir aligné en 4-4-2, ce qui signifie que Niang évoluerait en pointe au côté du colosse brésilien Brandão. C’est au pied du mur que l’on reconnaît le maçon, en somme. Puisque les Milanais ne perdent plus depuis deux mois, il faut bien tenter d’ébranler leur confiance.

Seigneur et maître du vestiaire tricolore lorsqu’il y «aboyait» en tant que leader du groupe France, l’entraîneur Didier Deschamps ne cesse d’être discuté aux abords de la Canebière. Son OM, peu spectaculaire et à la cohésion déficiente, irrite les exigeants supporters marseillais. Ses résultats en Ligue 1 (pour l’heure 7e du classement, mais seulement à 4 longueurs du leader auxerrois avec un match en moins) et en Europe ne convainquent pas le kop bleu azur.

«Desch», pourtant, au contraire de son vis-à-vis Leonardo, a déjà largement fait ses preuves sur le banc. En 2001, il succède à Claude Puel – aujourd’hui à Lyon – aux commandes de l’AS Monaco. Trois saisons lui suffisent pour ériger l’équipe de la Principauté en finaliste de la Ligue des champions 2004 (défaite 0-3 contre le FC Porto), après s’être offert le Real Madrid en quarts. Puis il reprend la Juventus Turin, reléguée en Serie B pour «fraude sportive» (sic), et la ramène illico parmi l’élite du Calcio avant de claquer la porte à la suite de divergences de vues avec ses dirigeants.

Deschamps restera alors deux saisons sur la touche, sortes d’années sabbatiques avant que le club de ses premiers exploits de joueur – titre national 1990 et 1992, Ligue des champions 1993 – vienne le chercher afin de succéder au Belge Eric Gerets, parti du Vieux-Port en situation de conflit.

A peine débarqué, «Desch» a bénéficié d’une enveloppe de 41 millions d’euros pour bâtir une équipe capable de redevenir championne de France et de briller sur le continent. Or, cet ensemble hétéroclite tourne au ralenti. C’est aussi pour cela que les supporters s’énervent.