On a longtemps considéré Didier Plaschy comme trop intelligent pour pratiquer le ski de compétition. Qui plus est le slalom, une discipline qui requiert instinct, faculté d'improvisation et vitesse d'exécution. «J'ai toujours eu de la facilité dans mes études, explique l'intéressé. Je parle cinq langues couramment: l'allemand, le français, l'anglais, l'italien et le suédois. Je ne me prends pas – ou plus – la tête. J'essaye de ne pas parler pour ne rien dire. Je suis curieux de tout. Jusqu'à cette année, je n'ai pas réussi de résultats exceptionnels. Et ceux qui suivent le ski se sont dit: «Ce gars réfléchit trop, y compris quand il skie. Voilà pourquoi il ne réussit pas.» L'analyse n'est peut-être pas complètement fausse.

Deux victoires cet hiver

Qu'est-ce qui a donc changé chez Didier Plaschy? Qu'est-ce qui a permis au skieur de Varen, 27 ans le 5 mai prochain, de franchir un palier au point de signer deux victoires, cet hiver, en Coupe du monde de slalom, où il occupe la deuxième place derrière l'Autrichien Thomas Stangassinger? «Un livre de psychologie m'a appris à accepter les choses telles qu'elles se présentent, répond Plaschy. Je gagne un slalom, tant mieux. Je perds, tant pis. Depuis peu, je relativise beaucoup mieux tout ce qui m'arrive. Je suis aussi un peu plus patient.» Peut-être que Stefanie, qu'il a connue il y a huit ans au collège et qu'il a épousée en avril dernier, y est également pour quelque chose. «Elle m'apporte une sorte d'équilibre», avoue-il, tout en rappelant qu'il demeure tout de même «quelqu'un de spécial».

Le Valaisan, en effet, cultive volontiers un certain anticonformisme. N'a-t-il pas renoncé au tambour, à la trompette et à la clarinette, qu'il avait appris pour faire plaisir à son père, par passion pour la cornemuse? Un instrument qu'il a découvert et maîtrisé en une année tout juste. Ne cultive-t-il pas la vigne héritée de ses parents, alors qu'il est un fait qu'alcool et sport ne font pas bon ménage? N'est-il pas non plus slalomeur alors que son gabarit (1 m 82 pour 90 kilos) le prédestinerait plutôt à être descendeur? N'est-il pas enfin devenu un féru d'études, alors que l'école l'ennuyait? Didier Plaschy s'amuse de tout cela: «J'ai choisi le slalom parce que je n'étais pas prêt à risquer ma vie dans une discipline de vitesse. Même le géant allait trop vite pour moi.» Voilà pourquoi il y a renoncé, cette saison, pour se consacrer uniquement au slalom.

«Cela me permet de ne pratiquer le ski de compétition qu'à 50%, et d'avoir beaucoup plus de temps pour moi. Je peux me consacrer à mon épouse et à mes autres passions.» Outre la vigne et la cornemuse – qu'il pratique vêtu d'un kilt –, Didier Plaschy s'adonne au golf, à la planche à voile, au télémark (une spécialité très ancienne de ski), à l'informatique et aux voyages. «J'aime aller à la rencontre d'autres gens, d'autres cultures, avoue-t-il. Etre skieur à mi-temps va me permettre de poursuivre mes études et de devenir médecin ostéopathe ou acupuncteur. Je pense qu'on peut parfaitement concilier sport et études. Il suffit d'y mettre toute son âme, toute sa volonté.»

De volonté, Didier Plaschy n'en manque pas. Sans doute cela lui vient-il de son père, décédé alors qu'il n'avait que dix-huit ans. «Sa mort m'a marqué. J'ai trop voulu le remplacer quand il est parti. J'ai passé deux ou trois années difficiles. Aujourd'hui, j'ai compris que je dois vivre ma propre vie. Je suis sûr que là-haut, mon père et mon grand-père (n.d.l.r.: décédé un jour après la victoire de son petit-fils à Beaver Creek, le 23 novembre dernier) me regardent et m'admirent.»

Retomber en enfance

Et un jour sans doute, d'autres Plaschy seront fiers à leur tour de leur père. Car le skieur entend avoir des enfants. «Je me comporte parfois comme un gosse. D'ailleurs, ça ne me déplairait pas de retomber en enfance, parce qu'être adulte, c'est être bien trop sérieux. Un enfant, lui, n'a d'autre souci que de s'amuser.» Un jour, donc, Varen résonnera du bruit que feront les bambins de Stefanie et Didier.

Mais on n'en est pas encore là. Car la prochaine échéance de taille, pour le skieur de Varen, a pour nom Wengen, et le slalom de Coupe du monde de ce dimanche. Cette saison, le Haut-Valaisan a gagné une course sur deux. Lors de sa dernière sortie, il a été éliminé. Quand on lui fait remarquer que, selon cette logique, il devrait s'imposer dans l'Oberland bernois, Didier Plaschy s'amuse: «Je ne fais plus de projets à long terme. Je prends un jour après l'autre, sans rien planifier. Le ski n'est pas tout dans ma vie.»