Portrait

Diego Pazos, le trailer qui veut aller vite au sommet, sourire aux lèvres

En quelques années, le Vaudois Diego Pazos s’est fait un nom dans l’élite mondiale de l’ultra-trail. Dans la vraie vie, il est policier scientifique. Dans une ancienne, il était footeux

Le black-out. Cela aurait dû être son premier souvenir de course à pied. Mais Diego Pazos ne s’en souvient pas. C’était en 2010, aux 10 km de Lausanne. Parti trop vite, beaucoup trop vite, il s’est effondré à l’arrivée. Puis une seconde fois, en ressortant du stand des Samaritains qui avaient pris soin de lui.

Cet ancien footeux amateur – en 2e ligue à Prilly – venait alors de se mettre à courir sans ballon. Cette expérience aurait pu le dégoûter, le ramener sur le rectangle vert. A l’inverse, elle l’a encouragé à aller plus loin. Et surtout plus longtemps. «J’ai immédiatement découvert mes limites. Et j’ai beaucoup appris sur la gestion de course, très importante pour être performant en ultra-trail».

A 34 ans, Diego Pazos a pris du coffre. Moins de dix ans après cette mésaventure, il avale chaque semaine 60 à 80 km et 2000 m de dénivelé en guise d’entraînement. En mode course, les «100 miles» – 170 km –, c’est sa distance préférée. Ses résultats en ont rapidement fait un des meilleurs spécialistes du pays, voire du circuit. Parmi ses faits d’armes, une 11e place à la plus relevée des courses de montagne, l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), en 2014. Il a aussi quelques victoires à son actif.

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Mais nous ne lui avons pas donné rendez-vous pour faire la liste de ses résultats. Nous voulions en savoir plus sur celui qui se cache derrière ses dossards, sa moustache et son surnom de «Zpeedy». Affublé de son traditionnel nœud papillon, un cadeau de ses amis qu’il porte toujours en course, le trailer hispano-suisse nous a donné rendez-vous sur les hauts de la capitale vaudoise. Lausanne, c’est sa ville. Sauvabelin, son terrain d’entraînement privilégié. Surtout depuis qu’il est devenu père, il y a dix-huit mois, et qu’il ne veut et ne peut plus partir librement, des heures durant, flirter avec les sommets alpins. Assis à une table du restaurant Le Chalet Suisse, il commande un thé vert.

Beaucoup d’asthmatiques

Il sourit toujours, parle beaucoup et sans retenue. Son entregent l’aide aussi à porter le Montreux Trail Festival, dont il est le co-organisateur. La manifestation vivra cet été sa troisième édition et a réussi, grâce à son penchant festif et musical, à se faire une place dans un agenda de courses pourtant déjà surchargé.

Cet investissement, il le fait par passion, pour «démocratiser ce sport», pas pour gagner sa vie. D’ailleurs, Diego Pazos ne vit pas du trail running. Loin de là. «J’aimerais bien rééquilibrer la balance, mais ce sport n’est pas encore assez populaire. Ce n’est pas simple de trouver des sponsors autres que mon équipementier.» Pour l’instant, c’est du 20/80. Quatre jours par semaine, il est policier. Plus précisément, diplômé en science forensique et expert en drogues synthétiques au sein de la police fédérale à Berne.

Utile pour savoir ce qu’il faut prendre pour gagner? «Le type de produits auxquels j’ai affaire n’aident pas à courir plus vite», rigole-t-il. Sans rire, en revanche, il aborde la question du dopage dans son sport, régulièrement pointé du doigt parce que trop peu développé, encore, pour être soumis à une vraie surveillance. A propos des élites: «On en parle entre nous, on a parfois des soupçons.» Pas de certitudes donc, mais une proportion d’asthmatiques – utilisateurs de Ventolin – particulièrement élevée, relève-t-il avec ironie.

Je ne suis pas un montagnard, je ne suis pas né en montagne comme Kilian Jornet. Ce sport me permet de parcourir des endroits dans lesquels je ne serais jamais allé sans lui.

A propos des amateurs, il s’agace un peu plus: «Il y en a pas mal qui trichent, ça commence par les anti-inflammatoires qui, déjà, consistent à tromper le corps, à lui permettre de dépasser des limites qu’il ne faudrait pas dépasser.» A titre personnel, il se soumet à des contrôles – volontairement, il insiste – en participant au programme Quartz, une initiative qui inclut une sorte de passeport biologique qui, notamment, «montre que votre pratique est «clean», selon le site internet de l’organisation.

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Courir «clean» et être performant, ça ne s’improvise pas. Diego Pazos a beau être détendu et détaché, il est discipliné, s’impose un suivi nutritionnel, a repris un coach après une saison en autogestion et reste très attentif à sa récupération. Important dans un sport où les excès ne sont pas rares. «Je ne suis pas bigorexique

Rien de malsain

Le programme de sa saison, il le connaît déjà. Celui-ci inclut l’UTMB, à la fin du mois d’août. Mais Diego Pazos veut changer ses habitudes. «Je n’ai jamais fait plus qu’un jour et une nuit de course.» L’année prochaine, il dépassera allègrement ce laps de temps, puisqu’il veut traverser les Alpes suisses en moins de cent heures. La Via Alpina, c’est 380 km, une quinzaine de cols et environ 25 000 mètres de dénivelé positif. Promis, il se réjouit.

Ce défi n’est pas une course officielle. Mais le tracé est connu et les sentiers balisés. Diego Pazos respecte le terrain de jeu qu’il a découvert il y a peu. «Je ne suis pas un montagnard, je ne suis pas né en montagne comme Kilian Jornet. Ce sport me permet de parcourir des endroits dans lesquels je ne serais jamais allé sans lui.»

Lorsqu’on lui demande après quoi il court, il coupe court à toute spéculation. «Cela ne dissimule rien de malsain ou de refoulé. J’aime simplement la performance, j’ai le goût de l’effort et l’envie de tester mes limites. J’ai réalisé qu’en trail, je pouvais faire des résultats de niveau mondial.» Sans regret pour le ballon rond? «Je dis à mes amis que j’ai commencé le sport en 2011, quand j’ai arrêté le foot.» Diego Pazos sourit. Comme d’habitude.


Profil

1984 Naissance à Lausanne.

2008 Master en science forensique à l’Ecole des sciences criminelles de l’Université de Lausanne.

2012 Premier ultra-trail, Verbier St-Bernard.

2016 Victoire aux 80 km du Mont-Blanc et à l’Eiger Ultra Trail.

2017 Naissance de son fils.

2018 Victoire à l’ultra-trail d’Oman, un «spin-off» de l’UTMB.


 

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