Football

Dimitri Payet, le mercato façon thriller psychologique

La star des Bleus ne veut plus jouer pour son club de West Ham, qui refuse de le brader à l’Olympique de Marseille, où le joueur de 29 ans souhaite retourner. C’est le feuilleton de l’hiver sur le marché des transferts

En football, chaque période de transferts véhicule son lot d’histoires inattendues et passionnantes. Elles peuvent tenir du conte de fée (Granit Xhaka qui signe à Arsenal) comme de la comédie (quand un joueur assure s’engager dans un club chinois pour «le défi sportif»). Le feuilleton de cet hiver ressemble, lui, à un thriller psychologique. Désireux de quitter West Ham, en Angleterre, pour rejoindre l’Olympique de Marseille, son ancien club, Dimitri Payet (29 ans) est à l’origine de l’affaire, mais elle a pris des proportions qu’il n’imaginait sans doute pas, entre deux clubs qui ne parviennent pas à s’entendre sur sa valeur, des supporters qui, après l’avoir idolâtré, le traîne désormais dans la boue et des médias qui remuent le tout.

Nous avons Dimitri Payet, je ne crois pas que vous comprenez: il est meilleur que Zidane

En se montrant décisif avec les Bleus pendant l’Euro, Dimitri Payet est devenu cet été le chouchou du grand public français. A ce moment-là, il était déjà une véritable star à Londres après une saison pleine à West Ham (44 matches, 15 buts, 17 passes décisives). «Nous avons Dimitri Payet, je ne crois pas que vous comprenez: il est meilleur que Zidane», vantaient les paroles d’une chanson des supporters du club. Dans le cœur des Français, difficile de remplacer «Zizou», mais quand même: ce Payet avait tout pour plaire. Il ne tirait pas la tronche quand Didier Deschamps le laissait sur le banc, ni la couverture à lui quand il finissait par offrir la victoire à son équipe. Modeste, efficace, parfait.

«Il y a un problème»

Mais l’après-Euro s’est révélé difficile à négocier pour le joueur. Avec son club, ses statistiques sont devenues moins enthousiasmantes (22 matches, 3 buts, 8 passes décisives). Et surtout, il a entamé un véritable bras de fer pour quitter West Ham malgré un contrat courant jusqu’en 2021. Slaven Bilic, son entraîneur à Londres, avait l’air sincèrement dépité lorsqu’il a révélé la situation à la presse. «Il y a un problème avec Dimitri Payet. Il ne veut plus jouer pour nous.» Mais sa tristesse ne rimait pas avec aveu de faiblesse: comme tous les clubs de Premier League, West Ham a les ressources financières nécessaires pour ne pas se laisser intimider, fût-ce par son meilleur joueur. «J’ai parlé avec le président, a continué le manager. Nous n’allons pas le vendre.»

Cela fait désormais plus d’une semaine que le feuilleton dure. Que les médias français et anglais pistent la moindre évolution de l’affaire. En réalité, le club londonien serait prêt à laisser partir son meneur de jeu plutôt qu’à le mettre au placard pour l’exemple, mais certainement pas à le brader pour les beaux yeux de l’Olympique de Marseille. «Ils savent ce que nous voulons. La balle est dans leur camp», a calmement déclaré Slaven Bilic jeudi. West Ham exigerait 35 millions d’euros pour laisser partir Payet. L’OM en aurait proposé 22, puis 29, avant, assurait Sky Sports vendredi après-midi, de renoncer aux négociations. Mais au même moment, L’Equipe assurait qu’une offre de 30 millions d’euros avait été formulée par le club marseillais…

Persona non grata

Difficile de faire le tri entre l’info et l’intox. C’est la mécanique classique du jeu de poker menteur qu’est le mercato. Le transfert de Payet se distingue parce que même s’il pourrait ne jamais se concrétiser, ses conséquences sont déjà très concrètes. Vendredi, la voiture du joueur a été vandalisée à proximité de son domicile. West Ham a dû positionner un vigile devant une fresque murale consacrée au Français pour éviter les actes de vandalisme. Une vidéo montrant des supporters piétinant son maillot a été diffusée sur les réseaux sociaux. Une nouvelle chanson lui a été dédiée, avec des paroles beaucoup moins élogieuses oubliant son talent pour dénoncer son avidité. Ses propres coéquipiers l’ont déclaré persona non grata en l’expulsant de leur groupe WhatsApp.

S’il veut partir, c’est juste car sa famille n’a pas réussi à s’adapter à Londres

De l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas. Le héros humble et sympa est devenu un cuistre vénal. Dans le concert de déclarations des officiels, des commentaires des observateurs et des reproches des supporters, il manque tout de même une voix: celle de l’intéressé. Mais il s’est trouvé un avocat sur Twitter en la personne du journaliste Kaveh Solhekol (Sky Sports), qui ramène un peu d’humanité toute simple dans l’intrigue: «Payet est très déçu de passer pour quelqu’un d’avide alors qu’il a refusé d’énormes offres en Chine. Il baisserait son salaire de 30% si West Ham lui permettait de rejoindre Marseille. S’il veut partir, c’est juste car sa famille n’a pas réussi à s’adapter à Londres.» La fin de l’histoire au prochain épisode.

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