ORGANISATION

Directeur du Tour de Romandie, Marc Biver prend ses marques dans l'ombre de Daniel Perroud

Lorsque le président d'IMG Suisse a succédé au truculent Genevois à la tête de la course, certains ont craint qu'elle ne perde son âme. Deux ans plus tard, les remous semblent s'estomper.

«Je viens de reprendre un garage, je m'éclate! Pour moi, le Tour de Romandie semble très loin, même si en ce moment, je ne peux m'empêcher d'éprouver un petit pincement au cœur…» Daniel Perroud n'a perdu ni sa gouaille, ni son enthousiasme. Organisateur, via sa société DPO, de la course romande entre 1997 et 2001, le Genevois avait dû céder la main à Marc Biver, président d'IMG Suisse, sur décision de l'Union cycliste internationale (UCI). Deux ans plus tard, la polémique suscitée par ce passage de témoin mouvementé semble s'apaiser. A quelques grincements de dents près…

En mai 2001 pourtant, quelques jours après la 55e édition de l'épreuve, le choix opéré par les instances faîtières de la petite reine avait provoqué une véritable levée de boucliers dans les milieux de la Boucle romande, des annonceurs aux coureurs, en passant par les médias. Sans autre forme de procès, on opposait alors Daniel Perroud, le sympathique martyr «exécuté par l'UCI comme un chien qui a la gale», selon ses dires, et Marc Biver, le capitaliste glacial, assoiffé de profits. Le G.O. de Club Med et le PDG de multinationale. Le blagueur au tutoiement facile et l'homme peu charismatique. Le bricoleur familial et l'impitoyable businessman. La vérité est-elle aussi tranchée?

Jean-Daniel Faucherre, organisateur d'un contre-la-montre à Moudon en 1999, responsable des relations publiques lors des deux éditions suivantes, a apprécié l'ère DPO. Il a même été, au moment critique, l'instigateur d'une pétition sur laquelle ont figuré plus de 3000 signatures en faveur du Genevois. Mais il n'a pas boycotté la direction Biver. «J'étais pour l'un, mais pas contre l'autre, nuance ce patron d'entreprise de transports. La preuve: lorsque Marc Biver m'a sollicité pour organiser une étape cette année à Lucens, en hommage à Daniel Chenevard (l'homme a donc du cœur, ndlr), qui s'est tué à moto en 2002 à Ouchy, je n'ai pas hésité. Monsieur Biver est peut-être moins présent sur la course et au village d'accueil, mais cela ne nous empêche pas d'œuvrer dans la bonne humeur.»

Responsable de l'arrivée pour la septième année consécutive, Antoine Darbellay a lui aussi collaboré avec les deux hommes. «Beaucoup d'améliorations ont été apportées à la manifestation par Daniel Perroud: le direct à la télévision, l'arche et le grand écran dans l'aire d'arrivée et l'ambiance dans le village d'accueil notamment. Lorsque Marc Biver a été choisi, j'ai cru perdre un mandat que je trouvais passionnant. C'est alors qu'Yves Mittaz, son bras droit, m'a appelé pour me demander de poursuivre l'aventure. Ces nouveaux interlocuteurs m'ont donné envie de repartir pour un tour. Le flou lié à la période de transition n'a duré que deux semaines.»

IMG, qui détient les droits jusqu'en 2011, a donc souhaité éviter le douloureux coup de balais. Beaucoup d'observateurs ont craint que le Tour de Romandie ne soit «alémanisé» par la nouvelle direction, déjà à la tête du Tour de Suisse. «Il n'en a rien été, rétorque aujourd'hui Marc Biver, tout sourire. Nous avons maintenu la plupart des chefs de secteur dans leurs fonctions afin de ne pas couper le cordon ombilical, de conserver l'identité de la course. Nous avons également eu ce souci au niveau des sponsors principaux, qui sont tous romands. Nous avons même rebaptisé notre directeur de course Antoine Romingé (lire Tony Rominger, ndlr).»

Visiblement d'excellente humeur pour sa première étape sous le soleil en tant que boss de l'épreuve, plaisantant à la ronde avec ses collaborateurs, interpellant un gamin de passage, Marc Biver se refuse à dilapider son énergie dans de vaines querelles. Pas question toutefois de se laisser marcher sur les pieds par ses contestataires: «Les relations humaines, c'est comme une partie de ping-pong. Je n'accueille pas à bras ouverts celui qui m'aborde de façon déplaisante. Lorsque ma personnalité n'est pas au goût de Monsieur X ou Y, pour ne pas les nommer, cela ne me pose pas de problème. Mais je n'accepte pas que les gens dénigrent le travail de 250 personnes.»

Taxé d'un manque de chaleur chronique, le directeur du Tour de Romandie paraît décidé à modifier son image de marque. Certains y sont sensibles, d'autres persistent à l'égratigner. Peu importe, l'essentiel consistant à ce que l'épreuve garde son crédit auprès des foules, ce qui semble être le cas. «De toute façon, ce ne sont pas les organisateurs qui font les courses, mais les champions. En fin de compte, le public et les sponsors ne retiennent que le spectacle proposé sur la route», conclut sagement Daniel Perroud.

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