Ce n'est pas un engagement définitif, mais c'est une double surprise. Le Conseil exécutif de Swiss Olympic, l'association faîtière du sport suisse, a en effet décidé hier de se prononcer en faveur d'une candidature à l'organisation des Jeux olympiques d'hiver de 2010. Réunis à Berne, 14 des 18 membres du Conseil – parmi lesquels deux des cinq membres suisses du Comité international olympique (CIO), Marc Hodler et Gian Franco Kasper – ont recommandé au Parlement du sport de se lancer à l'eau lors de sa réunion de mercredi prochain. Et, alors que de nombreux indices laissaient croire que le dossier de Berne-Montreux aurait leur faveur, ils ont conseillé aux représentants des fédérations sportives nationales de voter le 5 septembre en faveur du projet de Davos 2010.

Un débat de fond

Volontarisme? Aveuglement? Ou au contraire courage de présenter un projet motivant pour les jeunes sportifs de ce pays? Depuis plusieurs mois, le débat fait rage. D'un côté, les dirigeants des deux projets et les optimistes estiment nécessaires de persévérer dans la course aux Jeux malgré les deux échecs valaisans de 2002 et de 2006. De l'autre, sans remettre en cause les prédispositions de la Suisse à accueillir des Jeux d'hiver, des voix s'élèvent pour mettre en garde les promoteurs. «Il faut mesurer la portée d'un nouvel échec. On pourra oublier toute nouvelle candidature pendant vingt ans», avertissait il y a quelques mois Denis Oswald, l'un des cinq membres suisses du CIO. Plus récemment, après la non-admission d'Adolf Ogi au CIO, le nouveau président du Comité olympique, Jacques Rogge, y est allé de son appel à la prudence: «Tant que la Suisse comptera autant de membres, toute nouvelle candidature me paraît inutile.»

Mais les dirigeants du sport suisse ont décidé de persévérer. «Nous avons soigneusement pesé le pour et le contre, explique Martin Rutishauser, le secrétaire général de Swiss Olympic. Le président Walter Kägi a aussi eu un contact avec Jacques Rogge, qui lui a dit que sa phrase avait été mal interprétée et que son appel à la prudence visait une nouvelle candidature d'Adolf Ogi. Finalement, nous sommes arrivés à une conclusion positive. Tenant compte de l'attribution des Jeux de 2008 à Pékin et des doutes du Canada, qui hésite à se lancer avec Vancouver ou à retenter sa chance avec Toronto pour les Jeux d'été de 2012, 2010 pourrait bien être l'année de l'Europe. Or, pour l'instant, seuls Grenade (Espagne), Salzbourg (Autriche) et Sarajevo (Bosnie – Herzégovine) ont affirmé leur intention de se présenter.»

Votation aux Grisons

Pour leur faire face, Swiss Olympic – qui s'apprête à créer un poste de responsable des relations internationales – se verrait bien présenter la candidature de Davos. Après avoir décidé de se lancer, les membres du Conseil exécutif ont en effet pris position en faveur du projet grison. «Les deux dossiers sont au moins aussi bons que celui de Sion 2006, se félicite Martin Rutishauser. Mais celui de Davos possède trois avantages. Primo, son concept de financement est plus réaliste que celui de Berne-Montreux, qui prévoit de faire payer à la Confédération deux tiers des 130 millions de francs de son budget d'investissement, et non un tiers comme généralement. Ce procédé permet d'éviter des referendums cantonaux, mais risque un refus devant les Chambres fédérales. Secundo, une votation est prévue aux Grisons le 2 décembre prochain sur les crédits demandés au canton (ndlr: 20 millions, plus 20 autres millions de garantie de déficit), un bon moyen de légitimer cette candidature. Tertio, ce projet permet d'envisager une concentration encore accrue des sites, contrairement au concept de Berne-Montreux, où les distances demeurent importantes entre la ville hôte (Berne) et les sites de ski alpin (Crans-Montana et Veysonnaz).»

Un jugement qui ravit Gérard Jenni, le secrétaire général du groupe de travail grison, mais qui froisse quelque peu Jean-Pierre Seppey, le responsable du projet de Berne-Montreux. Ce dernier pensait avoir pris l'avantage sur ses concurrents grisons, partis plus tard, handicapés par la perte de Zurich comme ville hôte suite à la décision de Swiss Olympic de faire retravailler les projets en décembre passé, mais aussi préoccupés par la défection de Saint-Moritz et par l'opposition des Verts: «C'est un simple préavis, et je suis content que les dirigeants aient décidé d'aller de l'avant. Mais je m'interroge sur la volonté du peuple grison d'accueillir les Jeux alors qu'il a refusé l'année passée un crédit de 7 millions de francs pour les Mondiaux de ski de 2003 à Saint-Moritz.»

Désormais, c'est donc au Parlement du sport suisse de trancher. Il est composé du Conseil exécutif de Swiss Olympic (12 voix), des 32 fédérations nationales qui disposent d'un nombre de voix variable selon leur importance (de 2 à 16 voix pour un total de 230), des cinq membres suisses du CIO et de trois représentants des athlètes. Mercredi prochain, les 52 membres votants – dont 90% sont des Alémaniques – peuvent parfaitement refuser de présenter une candidature devant le CIO d'ici au mois d'août 2002 ou se prononcer en faveur de Berne-Montreux. D'ici là, le lobbying sera intense.