La gymnastique se retrouve au centre de l'attention lors de rares occasions: les Jeux olympiques, les championnats du monde ou lors de manifestations internationales sur sol suisse. En dehors de cela, on en parle peu. Pourtant, la Fédération internationale de gymnastique (FIG), dont le siège est à Moutier depuis 1991, ne cesse de croître. Aujourd'hui, elle compte 122 fédérations affiliées et près de 23 millions de licenciés. Son président, l'Italien Bruno Grandi, a été élu une première fois en 1996, puis pour un second mandat de quatre ans en novembre dernier à Marrakech, à l'occasion du 73e Congrès de la Fédération. Depuis plus de 30 ans, ce professeur d'éducation physique occupe des fonctions dans le monde de la gymnastique. Il est également vice-président du Comité olympique italien (CONI) et membre du Comité international olympique (CIO). Dynamique, fonceur, avec un franc-parler étonnant pour un président de fédération, il n'hésite pas à hausser la voix lorsque le sujet lui tient à cœur. Surtout, il veut dépoussiérer la gymnastique de plusieurs décennies d'immobilisme. A 66 ans, Bruno Grandi ne manque pas de projets ni d'ambitions pour son sport. Nous l'avons rencontré la semaine dernière à Genève à l'occasion de la première réunion annuelle du Comité exécutif.

Le Temps: Quelles décisions ont été prises par le comité exécutif?

Bruno Grandi: Nous avons décidé des réformes substantielles en ce qui concerne le format des compétitions. C'était l'argument le plus important. Les organes d'information, particulièrement la télévision, nous demandent de nous adapter aux exigences des téléspectateurs. Nous avons donc introduit des modifications pour obtenir des compétitions «spectaculairement» plus compréhensibles par le public. Il faut essayer de créer cette atmosphère qui n'existe pas en gymnastique parce que c'est une discipline individuelle. Il n'y a pas de confrontation directe avec des adversaires, mais une confrontation indirecte à travers le jugement d'opérateurs – les juges – qui établissent les classements. Tout cela fait que le public est fasciné par les images de notre sport, ses principes d'eurythmie, de perfection, de style, d'élégance. Mais en même temps, il n'y a pas de pathos, de vécu, de dramatisation entre les adversaires, et le public finit par se lasser. Par exemple, le public reste pantois lorsqu'il voit un triple saut pour la première fois, mais lorsqu'il a l'a vu quatre ou cinq fois, il se dit que tout le monde peut le faire.

– Y a-t-il des résistances au sein de votre fédération?

– Nous trouvons la plus grande résistance auprès de nos comités techniques qui ont une position conservatrice. Ils sont convaincus qu'à travers ce principe, on sauvera la gymnastique. Or, selon moi, nous devons répondre à la demande d'un public qui ne doit pas avoir une compétence technique. Pourquoi le football est-il beau? Parce qu'il est dramatique: l'équipe la plus forte peut perdre sur un autogoal. On doit créer les conditions pour que notre sport soit une aventure accessible à tous.

Les comités techniques ont mis en place des mécanismes grâce auxquels il était possible de commettre une erreur sans subir de préjudice. En football, si un joueur commet une faute, son équipe est pénalisée. C'est la vie du sport. Mais c'est aussi la vie des hommes. Voilà pourquoi le sport doit être une métaphore de la vie. Au contraire, en gymnastique, c'est une métaphore théâtrale. Nous faisons de la théâtralité! Cela doit finir!

– Quand seront introduites ces réformes?

– Le comité exécutif les a ratifiées. Maintenant, il faut les faire avaliser par le Conseil mondial formé de 44 personnes (n.d.l.r.: 22 membres du conseil exécutif et 22 membres appartenant aux différents continents en fonction du nombre de fédérations). Ce parlement mondial de la gymnastique prendra la décision en avril prochain.

– Est-ce déjà acquis?

– Il suffit de la majorité absolue et je pense effectivement que cela ne devrait pas poser de problème. Dans les faits, les prochains Mondiaux de Gand (octobre 2001) resteront sur le modèle actuel. Les innovations entreront en vigueur dès 2002. Elles vont dans le sens du spectacle, du modernisme et de la réalité technique mondiale. Il y a de moins en moins de pays qui disposent de six athlètes pour former une équipe.

– Dans les faits, allons-nous assister à de nouvelles épreuves comme le duel, introduit l'an dernier à Montreux lors de l'épreuve de Coupe du monde?

– L'idée du duel m'a plu. Un seul inconvénient: sa durée. Il faut trouver le moyen de raccourcir l'épreuve. A Montreux, cela avait suscité beaucoup d'enthousiasme dans le public. Mais cela fait perdre du pouvoir aux pays forts… qui ne veulent pas en perdre. Les comités techniques s'y opposent et ont un droit de veto.

– A part le duel, quelles seraient les autres modifications?

– Les meilleurs gymnastes passeront en fin de concours. La télévision pourra ainsi retransmettre les meilleurs moments aux meilleures heures. En finale, les compétitions seront plus courtes car il y aura moins de gymnastes et les trois scores compteront. Il n'y aura plus l'échappatoire de supprimer le plus mauvais. Nous réformerons aussi la Coupe du monde, actuellement trop pléthorique: nous devons faire des épreuves là où il y a du public, des télévisions, des intérêts commerciaux. Nous devons restimuler les intérêts locaux et être attentifs aux médias.

– Vous avez été élu en novembre dernier pour quatre ans. Quels objectifs vous êtes-vous fixé pour ce mandat?

– En plus des objectifs techniques et de commercialisation, nous devons promouvoir dans le monde le principe de la gymnastique pour tous. Comme l'a préconisé le Comité international olympique (CIO), on ne doit pas se préoccuper uniquement du sport d'élite, mais également de l'éducation sportive, de la culture du sport.