«Alberto pense que, parce qu'il a décidé de convoquer la presse, les journalistes vont venir comme des petits chiens, alors qu'il ne leur adresse plus la parole depuis longtemps.» Ambiance, hier, au sous-sol de la Porte d'Octodure, patrimoine de Christian Constantin, à Martigny. Salle «La Ville», autrefois dévolue à la plaidoirie du gardien égyptien El-Hadary (février 2008), hier dépositaire des confessions d'un homme qui renie son auditoire médiatique depuis plus d'un mois, contenu dans un «silenzio stampa» assumé. «Si tu n'as rien d'autre à faire, tu peux toujours venir, il doit y avoir encore quelques places!», avait anticipé le chef de presse du club valaisan Lars Gansäuer.

Il était décidé qu'on ne parlerait qu'italien (à sa décharge, Bigon n'a jamais pu entretenir ses inflexions francophones avec les joueurs du club, la plupart étrangers) et que la dizaine de correspondants peu rancuniers devraient l'écouter une petite demi-heure durant, lui, l'élégance habituellement incarnée dans un costard bien découpé. Une chemise légère à petits carreaux construite sous un faciès teinté, hier, et «un peu de ventre», selon ce qu'en a dit son épouse. Mais rien de grave, en fait.

«Monsieur Bigon est venu vous informer... de quelque chose», ouvre Gansäuer. Lui: «Merci d'être là. J'ai choisi de m'exprimer en italien afin d'être précis et de choisir les mots justes.» Puis: «Le FC Sion et moi, nous avons connu des moments difficiles.» Et: «Ce n'est pas agréable de lire des choses négatives dans les journaux, notamment lorsque l'on évoque la «victoire à l'italienne» face au FC Aarau (1-0)». Encore: «Je veux offrir au club mes quarante années d'expérience afin de travailler dans la continuité.» Enfin, quelques réflexions soignées à l'attention des médias qui «n'ont même pas remarqué que le FC Sion n'a jamais perdu durant tout le quatrième tour lorsqu'il évoluait à onze sur le terrain».

Alberto Bigon l'a donc joué «à l'italienne». Pas franchement divertissant, pas efficace finalement, malgré la tentative de la 4e minute: «Même sir Alex Ferguson a récemment avoué avoir adopté le système de jeu «à l'italienne» pour obtenir de prestigieux résultats.» Le patron, occupé aux affaires courantes, n'en saura rien. «Que veux-tu que j'aille faire là-bas?, avait raillé Constantin plus tôt dans l'après-midi. Je ne sais pas ce qu'il va dire, je le laisse faire son truc, c'est vous qu'il a convoqués, pas moi». Et de la méthode de son employé: «Je m'en fous complètement.»

Le coach transalpin persévérera désormais dans le rôle douteux qui lui fut dévolu à la suite de son licenciement en décembre dernier, à savoir un poste d'«assistant du directeur sportif et de consultant du président». Débarqué au club mi-février 2007 avec les promesses de l'Histoire (le FC Sion avait réalisé le doublé Coupe-Championnat en 1997 sous sa direction, ndlr), et après avoir été relégué à des fonctions subsidiaires une première fois en décembre, le coach transalpin de 61 ans soutiendra Christian Constantin «au niveau du recrutement et de la communication notamment», selon son employé. Quant à savoir si le président valaisan s'accommodera de la cohabitation... «A-t-il vraiment le choix? Quel serait le prix du licenciement d'Alberto Bigon?», hésitait un connaisseur. Constantin: «Soit tu vires quelqu'un et tu le paies, soit tu le gardes et tu le paies quand même. Qu'est-ce qui est le plus intelligent?»

Le mandat d'Alberto Bigon porte jusqu'en «juin 2010», n'est «pas dégradant» et possède la qualité indéniable d'acquitter un homme recru: «La situation a été très pénible.» Il expire. Participera dès la fin de saison à la recherche active d'un nouveau coach, qu'il souhaite «psychologue et polyglotte». N'entraînera «peut-être plus jamais». Concède, enfin: «Je suis valaisan, à un point que vous n'imaginez même pas.» Il n'avait pas trop l'accent, hier après-midi.