Premier bilan avant les étapes alpines. Cinq questions à Bernard Hinault, cinq fois vainqueur du Tour de France et chargé des relations extérieures au sein de la Société Tour de France, et Bernard Thévenet, deux fois vainqueur de la Grande Boucle et consultant auprès de France Télévision.

– Le Temps: Quel bilan dressez-vous, sur le plan sportif, de cette première semaine que l'on annonçait très ouverte et finalement outrageusement dominée par les sprinters?

– Bernard Hinault: Il était logique que les sprinters soient les dominateurs, si l'on regarde le sens du Tour, le profil des étapes et la manière dont le vent soufflait. C'était presque inévitable mais vendredi, je pense que le peloton aurait pu laisser partir les échappés (n.d.l.r.: Lebreton et Durand). Ils étaient à 17 minutes au classement général. Il n'y avait donc aucun danger pour les favoris.

– Bernard Thévenet: On avait oublié une chose, c'est que dix équipes au moins avaient un bon sprinter et donc autant d'équipes qui ont abattu un gros travail pour lui. Dix équipes bien organisées auront toujours le dessus même contre 20 attaquants. Ces équipes n'ont pas toutes gagné. Il faut aussi penser à tous les équipiers de Zabel, de Minali, de Casper qui ont accompli un gros travail, qui ont pris des risques énormes et qui se retrouvent aussi sans récompense.

– Vous n'avez pas de regret devant la défaite des conquérants?

– Bernard Hinault: C'est la vie. Ce fut une bonne semaine avec de belles bagarres pour la victoire au sprint, avec une domination de Cipollini, les malheurs de Zabel et l'épanouissement de Kirsipuu qui prend le maillot jaune au lendemain du prologue et qui le défend une semaine durant.

– Bernard Thévenet: Il n'y a pas d'injustice à la victoire des sprinters.

– Sur le plan de l'ambiance, quel constat dressez-vous?

– Bernard Hinault: C'est à vous de juger… Non, plus sérieusement le Tour tient bien la route. Je pense que ce que nous avons vécu l'année dernière, nous n'aurons pas à le revivre. Je l'espère. Mais on n'est jamais à l'abri.

– Bernard Thévenet: Je la juge bonne. L'ambiance était tendue au départ. Tout le monde s'interrogeait sur ce qui allait se passer. Dès le deuxième jour, on a retrouvé le Tour de France et son ambiance normale. Avec une forte présence du public.

– Parmi les gagnants et les perdants, qui mettez-vous dans chaque catégorie?

– Bernard Thévenet: Il y a des gagnants immédiats et des gagnants sur le long terme. Dans le premier groupe, je place évidemment Kirsipuu avec le port du maillot jaune pendant cinq jours, Steels avec deux victoires d'étape, Cipollini et son record de quatre victoires d'affilée avec un petit coup de pouce des juges. Sur le long terme, les gagnants sont ceux qui étaient à l'avant dans le célèbre passage du Gois et qui ont évité la chute.

– Votre pronostic pour la suite du Tour?

– Bernard Hinault: Dire qui va gagner aujourd'hui est impossible. Je me limiterai à compter quelques victimes depuis le passage du Gois. Parmi eux Gotti, Zülle et Boogerd.

– Bernard Thévenet: Au Puy-du-Fou, j'avais établi mon tiercé avec Tonkov, Boogerd et Olano. Aujourd'hui, j'apprends que Tonkov a mal à un genou. De plus, Boogerd est tombé avant le passage du Gois et s'est retrouvé largué. Mais c'est cela le Tour de France. A part Armstrong, vainqueur du prologue et du contre-la-montre de Metz, les favoris ont été discrets durant huit jours. C'est ce qu'il faut pour remporter le Tour de France: rester attentif dans l'ombre et économiser ses efforts durant les huit premiers jours. Dans cet exercice, j'en vois trois qui ont réussi: Olano, Dufaux et Virenque.