C’est bel et bien un grand exploit que Stan Wawrinka a réalisé samedi en demi-finale contre Novak Djokovic. Le Vaudois a certes perdu la rencontre mais il a gagné un set contre le Serbe qui restait sur une impressionnante série de 29 manches remportées consécutivement. La dernière fois que Djokovic s’était incliné dans un set avant Bercy, c’était mi-septembre en finale de l’US Open et déjà face à un Suisse, Roger Federer. La perte d’une manche n’est cependant pas synonyme de mise en danger d’une suprématie, et tant au troisième set de sa confrontation avec Wawrinka qu’en finale contre Andy Murray, le numéro un mondial a à nouveau fait preuve d’une très grande maîtrise.

Le succès de Novak Djokovic à Paris est son dixième en 2015, une saison où il a remporté un total record de 6 Masters 1000 (sur 10) et où il a atteint la finale de toutes les épreuves qu’il a disputées à l’exception de Doha. Au Qatar, le Serbe, pour son premier tournoi de l’année, avait subi la loi du toujours dangereux Ivo Karlovic en quart de finale. Cette domination presque sans partage n’est pas le fruit du hasard et est due à divers facteurs. A 28 ans, Djokovic a atteint une certaine maturité, non seulement en raison de son âge mais aussi parce qu’il s’est marié et qu’il est devenu père. En début de carrière, il était parfois victime de ses émotions et n’arrivait pas toujours à se contrôler sur le court, comme il le reconnaît d’ailleurs lui-même: «J’ai perdu dans le passé des parties que j’aurais dû gagner, mais ce qui fait ma force, c’est que j’ai su tirer les leçons de ces échecs. Cet équilibre acquis en tant que joueur est encore renforcé par la sérénité qui règne dans ma vie privée.»

Sur le plan technique, ce sont les progrès effectués au service et à la volée qui ont donné une nouvelle dimension au champion qu’il est aujourd’hui. Et là, il est impossible de ne pas mentionner l’apport fourni par l’expert en ces deux domaines Boris Becker qui a rejoint en décembre 2013 un encadrement dirigé par son coach de longue date Marian Vajda. Si, au commencement de son parcours professionnel, Djokovic souffrait d’une certaine fragilité physique qui le contraignait de temps en temps à déclarer forfait dans un tournoi, ce n’est plus le cas depuis qu’il a entamé un régime alimentaire sans gluten mieux adapté aux besoins de son corps. Enfin, comme il l’a souligné à Paris, il a amélioré sa programmation: «Désormais, je ne joue pas plus de deux semaines d’affilée, car je sais que je dispute durant ce laps de temps suffisamment de matchs pour conserver un bon rythme de compétition.»

Dominateur cette année et grandissime favori du Masters de Londres qui débute dans une semaine et dont il est le triple détenteur du titre, Novak Djokovic n’entend pas se contenter de son exceptionnelle année 2015: «J’ai la constante volonté de progresser et je cherche à cultiver en permanence le plaisir de jouer.» Ce sont peut-être ces deux éléments qui lui permettront de triompher un jour de l’autre côté de Paris à Roland-Garros, tournoi qui constitue pour l’instant la lacune la plus importante dans son riche palmarès.