ASCENSION

Djourou, nouveau visage de la Nati

A 19 ans, le joueur d'Arsenal palliera l'absence de Senderos au cœur de la défense helvétique. Cette première titularisation en Coupe du monde ne perturbe pas sa très grande sérénité.

«Je suis très excité, mais je ne ressens aucune tension. Ça a toujours été comme ça. J'aime tellement le foot qu'il n'est pas question de relier un match à de la peur.» Johan Djourou, qui devrait pallier l'absence de son pote d'Arsenal Philippe Senderos au sein de la charnière centrale de l'équipe de Suisse, ce soir face à l'Ukraine d'Andreï Shevchenko, ne se prend pas la tête. Jamais. Il sourit, accueille les choses comme elles se présentent. Ce lundi, il fêtera, à 19 ans, sa première titularisation en Coupe du monde. Après avoir remarquablement relayé Patrick Müller - 25 minutes face à la France - puis, précisément, Philippe Senderos - 40 minutes devant la Corée du Sud -, le jeune homme possède désormais une longueur d'avance sur Stéphane Grichting dans l'esprit de Köbi Kuhn.

Né à Abidjan

«C'est marrant», raconte-t-il, «quand j'avais 10 ans, mon père m'a prédit que je disputerais la Coupe du monde en 2006.» Bien vu. Seulement, une question aurait pu se poser: sous quel maillot? le 18 janvier 1987, qu'il a quitté en compagnie de son paternel dix-sept mois plus tard, ce talent précoce a récemment attiré l'attention de la fédération ivoirienne. Désireux de ne pas laisser filer l'aubaine, le sélectionneur helvétique a pris les devants en février dernier, offrant au jeune colosse (1m91 pour 90kilos) une première cape le 1er mars lors d'un match amical en Ecosse. Malgré les arguments de Kolo Touré et Emmanuel Eboué, ses «compatriotes» africains sous le maillot des Gunners, et l'insistance de son frère cadet Olivier, resté au pays au même titre que sa sœur aînée et leur mère biologique - il a été adopté en Suisse -, lui n'a pas hésité: «J'ai grandi en Suisse, je me sens Suisse et, ici, on fait confiance aux jeunes.»

De ses racines, Johan Djourou conserve une décontraction naturelle, un sens du rythme inné et une inextinguible bonne humeur. Il ne semble jamais nourrir le moindre regret ou une quelconque contrariété. Quatre sélections plus tard, le voilà fondu dans le collectif, dégageant une sérénité impressionnante pour son âge. Prompt à la gaudriole, il est même devenu le principal rival de Ludovic Magnin rayon vannes et autres clowneries. «J'ai toujours été habitué à évoluer avec des personnes plus âgées que moi et je me fais des amis partout où je vais», dit-il avec une infinie douceur et le visage fendu d'une large banane.

Incarnation parfaite d'une Helvétie multiculturelle, ambitieuse et enjouée, celui qui évoluait en 1re Ligue à l'âge de 15 ans avec Etoile Carouge, le club de son enfance, a gravi les échelons à la vitesse grand V. Premier international directement issu du Centre de formation de l'Association suisse de football à Payerne, Johan Djourou est repéré par les recruteurs d'Arsenal sous le maillot de la sélection des «M17». Il a 16 ans et quitte illico le giron et les potes de la Fontenette pour empoigner l'aventure londonienne.

Accueilli au sein d'une famille irlandaise dans la capitale anglaise, il s'adapte. Comme partout, comme tout le temps. Comme il faudra le faire, ce soir devant 46000 spectateurs à Cologne et face à Andreï Shevchenko, l'un des meilleurs attaquants de la planète. Il n'a pas l'air, mais alors pas du tout, de s'en faire pour si peu. Au contraire: «Je me réjouis de jouer pour notre incroyable public. Il nous apporte ce petit plus qui donne envie d'aller plus loin encore dans le tournoi.» Sourire, encore, mais jamais forcé.

Cet accro de PlayStation, de rap et de R & B a très vite compris, grâce aux observations élogieuses de ses entraîneurs successifs, qu'il ferait du football son métier. C'est fait. S'il trimballe sa joie de vivre sans compter hors du terrain, il tient à préciser: «En match, je suis un véritable gagneur. Face à l'Ukraine, nous ne devrons pas attendre mais imposer notre jeu.» A titre plus personnel, conscient qu'il a encore «beaucoup à apprendre», Johan Djourou veut simplement «honorer la confiance du coach», «répondre présent». Et quand il vous regarde dans les yeux, il est difficile de douter de lui.

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