AS Saint-Etienne

Dominique Rocheteau: «On a retrouvé des valeurs»

L’ancienne idole des jeunes est aujourd’hui coordinateur sportif du club stéphanois

Le Temps: Geoffroy-Guichard en chantier, ça vous met un coup de blues ou un coup de boost?

Dominique Rocheteau: Surtout un coup de boost, parce qu’on va avoir un super-stade. C’est vrai qu’on joue devant moins de spectateurs pendant deux-trois ans, mais il faut passer par là. Ensuite, on aura notre stade terminé, tout en gardant le concept du «chaudron» Geoffroy-Guichard, avec un esprit à l’anglaise.

– Donc, vous n’avez pas de problème de nostalgie…

– Non, non: Geoffroy-Guichard reste Geoffroy-Guichard.

– Coordinateur sportif, ça veut dire quoi, concrètement?

– Je suis au directoire avec Roland Romeyer et je suis responsable de toute la politique sportive du club. Tout ce qui est supervision, formation, au présent et sur l’avenir... les transferts, aussi.

– On évoque une «âme des Verts». Quels mots mettriez-vous dessus?

– On sent que les gens s’identifient à cette équipe, parce qu’il y a une âme. On a retrouvé des valeurs. Tout le monde parle de Saint-Etienne en ce moment grâce à ça, pas seulement pour les résultats. On donne beaucoup de solidarité, de générosité sur le terrain. A l’époque, c’étaient déjà ces valeurs-là qu’on montrait. Il y a aussi Christophe Galtier à la baguette, qui apporte beaucoup, avec son caractère, bien sûr, son ouverture et son talent.

– Vous vous retrouvez dans l’équipe actuelle?

– Oui, je me reconnais complètement. On dit toujours que, le football, ce n’est plus pareil… Moi, je dis que non. On a réussi à construire ce groupe, dans un contexte où personne ne tire la couverture à soi. C’est un facteur de réussite, avec une certaine stabilité aussi. Quand on change souvent d’entraîneur ou de dirigeants, ce n’est jamais bon. Ce n’est pas comme ça qu’on obtient des résultats. Il faut du temps, que les personnes apprennent à bien se connaître.

– Ce n’est pas pour vous cirer les pompes mais… Est-ce un hasard si le regain de ces valeurs originelles coïncide avec votre retour au club?

– Je ne veux pas dire ça, j’ai juste toujours défendu ces valeurs. Mais Christophe aussi, le président aussi. On est en osmose.

– «L’Ange vert», ce fameux surnom, il paraît qu’il vous agace… Ça doit être lourd à porter, non?

(Il se marre.) Bof, c’est tellement ancré dans le truc, maintenant. Voilà, quoi… Je suis l’Ange vert, bon, je me suis fait une raison. Je me dis: finalement, c’est qu’on ne m’a pas oublié.

– Vous trouvez que ça vous va bien?

– Pas forcément, non. Je ne me sens pas du tout dans la peau d’un ange.

– S’il fallait sortir un souvenir de votre album personnel?

– Moi, personnellement? Ah, c’est Kiev, le quart retour, quand je marque le troisième but [avril 1976]… Un match de légende.

– Arrivez-vous encore à dire ce que vous avez ressenti dans les secondes qui ont suivi ce but?

– J’en ai tellement parlé… Ce qu’on ressent, c’est furtif. Vous savez, je suis moins tourné vers le passé. Je pense surtout à l’avenir du club puisque je fréquente les joueurs au jour le jour.

– Le coach lyonnais Rémi Garde a déclaré que, tous les soirs, en s’endormant, il rêvait du titre. Et vous, vous rêvez à quoi?

– A battre Lyon.

– Mais encore?

– Faire en sorte que Saint-Etienne retrouve les soirées européennes. Que Saint-Etienne se stabilise, ce qui n’est pas évident dans le football moderne. Il y a l’aspect économique et, nous, nous essayons de suivre une politique un peu différente, avec environ 50 millions d’euros de budget. Il faut qu’on forme et qu’on vende bien.

– Et puis le retour au terrain, avec Saint-Etienne. Ça vous manquait?

– C’est un retour aux sources, dans le club où je suis arrivé à 16 ans. S’il y avait un club dans lequel j’avais envie de retourner, c’était ici. C’était à la fois un grand bonheur et un challenge difficile, parce qu’il y a beaucoup d’attentes. Je suis toujours resté dans le football, à la fédération, au conseil de l’éthique, dans diverses commissions… J’ai aussi été consultant pour Radio France pendant longtemps. Même sans club, j’étais en lien direct avec le football. J’ai organisé des stages pour des jeunes, monté une académie au Vietnam…

– Vous avez aussi connu des parenthèses cinématographiques, notamment dans «Le Garçu» de Pialat. N’avez-vous pas eu envie de persévérer?

– J’ai bien aimé, mais ce n’était pas mon but qu’il y ait une suite à ça, même si je continue à faire des apparitions. J’ai tourné dans le dernier film de Catherine Deneuve, qui va sortir bientôt. J’aime bien faire des petites parenthèses dans d’autres domaines, c’est enrichissant. Là, je lance une ligne de costumes sur mesure avec un jeune créateur. Mais bon, il y a toujours eu le foot d’abord.

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