Il était 18 h 58, jeudi soir, lorsque Dominique Wavre a franchi la ligne d'arrivée du Vendée Globe aux Sables-d'Olonne, terminant en cinquième position ce tour du monde en solitaire sans escale ni assistance, après 105 jours 2 heures 47 minutes et 12 secondes de mer. S'il n'est pas parvenu à boucler ce périple en moins de 100 jours, comme les trois premiers de la course, Desjoyeaux, MacArthur et Jourdain, le navigateur genevois a battu de quelques heures le record de 105 jours et 20 heures détenu par Christophe Auguin, le vainqueur de la précédente édition, en 1997.

Le voilier «Union Bancaire Privée» est arrivé toutes voiles dehors à grande vitesse, entouré d'une flottille de bateaux spectateurs. Aussitôt la ligne d'arrivée franchie, Wavre a laissé exploser sa joie, évacuant le stress de plusieurs journées de contrariété dues à une météo particulièrement peu coopérative (lire ci-contre). Sa compagne, Michèle Paret, a immédiatement grimpé à bord pour enlacer le héros. «C'est l'arrivée la plus romantique», glissera Magali Jousselin, l'une des membres de l'organisation de la course.

Excité comme une puce debout à l'avant de son bateau, Dominique Wavre a lancé des fusées de détresse en guise de salutation au public nombreux. Ils étaient à nouveau des milliers, venus se masser le long du chenal, pour accueillir le retour du marin. Sur le ponton l'attendaient non seulement une horde de journalistes, mais également une vingtaine de membres de son groupe de soutien et de nombreux amis.

Le sourire jusqu'aux oreilles, Wavre a levé les bras au ciel pour manifester sa jubilation., avant d'écarquiller les yeux derrière ses grandes lunettes pour essayer de découvrir les nombreux visages connus. «Salut maman! Je suis finalement arrivé dans les temps», a-t-il plaisanté. Allusion au fait qu'il avait jusqu'à 19 h 40 pour entrer dans le chenal à marée haute. En arrivant plus tard, il aurait été contraint de passer la nuit sur son voilier avant de pouvoir rentrer au port. «Le vent de nord-est tant attendu est enfin arrivé. Avec Thomas (ndlr: Coville, le prochain skipper attendu), on n'osait même plus en parler. ça a été un beau cadeau cet après-midi que ce beau bord de reaching (ndlr: vent de travers). J'ai goûté chaque seconde du bateau qui filait tout seul sur l'eau.»

A ses amis étonnés de le voir en si grande forme, Dominique Wavre a expliqué qu'il avait eu le temps de se refaire une santé ces dernières semaines en raison de sa progression au ralenti. Comme ivre d'émotion: «Je ne touche pas terre. Je suis comme dans un rêve.» Michèle Paret aussi était comme dans un rêve. «Ca ne peut pas mieux aller. Je l'ai enfin retrouvé, mais c'était long!»

Quand il est enfin monté sur le podium devant une foule compacte, le navigateur a eu une nouvelle bouffée d'émotion. «J'ai fait quatre tours du monde avec escale, mais il n'y a aucun port, même en Nouvelle-Zélande qui est pourtant la Mecque de la voile, où l'on est accueilli comme ça. C'est un soulagement l'arrivée, c'est fantastique. Et vous êtes tous là, c'est génial! Cet accueil est extraordinaire. J'en ai les jambes coupées.»

Dominique Wavre a tenu ensuite à rendre hommage à son bateau. «Nous avons une grande complicité. Je l'adore. C'est un fabuleux coursier, une bête de course. Je me dis que je n'ai pas été à sa hauteur puisque je termine cinquième. J'ai fait des erreurs. Comme cette option à l'ouest prise peu après le départ. Puis une autre vers les îles Kerguelen. Mais dans l'ensemble, je suis content de ma course. L'objectif premier était d'arriver jusqu'ici avec un bonhomme et un bateau en bon état.» Des mots accueillis par des cris et des applaudissements d'un public qui, traditionnellement, salue la performance de tous les concurrents jusqu'au dernier.

Comme ses prédécesseurs, Dominique Wavre a pu passer un court moment en tête-à-tête avec ses proches, avant la conférence de presse au cours de laquelle il est revenu sur sa course. «C'est l'aboutissement d'un rêve. Un accomplissement. J'ai enfin réussi ce pour quoi je me suis battu depuis des années. Tout s'est bien articulé. J'ai un sentiment de plénitude après avoir réussi ça. Je me sens différent, car j'ai appris énormément.»

Et d'insister sur l'intensité d'une telle expérience: «Tu vas chercher des choses au fond de toi en termes d'énergie, de besoin, que tu ne sollicites pas autrement. Tu vas au bout de ton épuisement, de ta fatigue, tout en restant lucide Tu apprends beaucoup de choses sur toi, sur ton bateau. J'ai appris à me comporter dans les moments difficiles. J'ai appris à mener un projet. J'ai appris ce que signifie ramener seul son bateau au port. J'ai appris le sens marin…»