Ses médailles d'or de gymnastique, Donghua Li les a gagnées sous le maillot à croix blanche. Mais de retour en Chine, son pays natal, il n'en demeure pas moins un héros adulé. «Ce n'est pas tant sa force physique que nous admirons, mais son mental, sa détermination, qui lui ont permis de tout remporter», s'extasie un jeune reporter du quotidien de l'Armée populaire de libération venu l'interviewer. «Ici, les gens veulent tout savoir de ma vie. Cela fait treize ans que j'ai quitté la Chine, mais on se souvient très bien de moi», explique le champion.

Depuis son retour à Pékin il y a une semaine, comme membre de la délégation suisse aux Universiades (le championnat du monde des universités), Donghua Li est assailli par les médias locaux. Mais ici, davantage que ses médailles, ce sont ses batailles qui inspirent le respect. Ses médailles, pourtant, il les exhibe volontiers. Le temps d'une poignée de main et il vous remet une carte postale autographiée avec le rappel de ses victoires au cheval d'arçons: champion d'Europe, champion du monde et médaillé d'or aux Jeux olympiques d'Atlanta en 1996.

Il faut dire que son parcours n'est pas banal. Lorsqu'il abandonne la Chine, en 1989, Donghua Li est déjà un sportif confirmé. Il s'aventure alors dans un pays – la Suisse – où les conditions d'entraînement sont beaucoup moins bonnes. Isolé, il doit de plus affronter trois méchantes blessures, et ce n'est qu'à force d'abnégation qu'il gravit les plus hautes marches du podium. Tout cela sur fond d'une histoire d'amour dont rêvent nombre de Chinois. C'est en indiquant le chemin à une touriste égarée au bord d'un lac de la capitale qu'il scellera son destin avec Esperanza, une Suisse alémanique. Cette marche vers le succès et cette rencontre, Donghua Li les a racontées dans une biographie parue il y a trois ans en Chine. Quand on lui demande s'il serait d'accord d'adapter son histoire à l'écran, l'intéressé répond: «Pourquoi pas, si le scénario est bon.» En attendant, il espère traduire prochainement le livre en allemand et en anglais.

Reste qu'en Chine, on ignore encore souvent que Li Donghua (le nom de famille précède le prénom en chinois) est aujourd'hui citoyen suisse. D'aucuns ont encore été surpris de le voir défiler sous la bannière helvétique lors de la cérémonie d'ouverture des Universiades. Il ne manque d'ailleurs pas de faire des mises au point sur son pays d'adoption. Ainsi, dans une interview effectuée par Internet avec les lecteurs du plus grand quotidien populaire de la capitale, La jeunesse de Pékin, un fan demande s'il est le premier Suisse à obtenir une médaille d'or olympique. Réponse de l'intéressé: «Le premier Suisse à devenir champion olympique au cheval d'arçons a été couronné en 1896. Je suis arrivé un siècle plus tard. C'est comme une réincarnation.»

Plus agressif, un autre internaute l'interroge: «N'avez-vous jamais craint de vous faire insulter par les Chinois lorsque vous devanciez l'un de nos athlètes?» «Jamais, explique Donghua Li. Les gymnastes, les entraîneurs et les officiels chinois m'ont toujours félicité.» «Comment c'est, d'être un mercenaire du sport chinois?» «Le terme d'ambassadeur me paraît plus approprié. Après mon arrivée en Suisse, j'ai lavé des voitures, peint des murs, effectué beaucoup de travaux pénibles avant de devenir un champion. Quand j'ai fait la gloire de la Suisse, j'ai obtenu son respect. De ce point de vue, c'est bien pour la Chine.»

Donghua Li est un ambassadeur actif. Ces derniers mois, il a ardemment défendu la candidature de Pékin pour organiser les Jeux olympiques de 2008. «Ce seront les plus beaux jeux de l'histoire car le peuple et le gouvernement chinois y attachent une grande importance.» Et quand on lui parle de droits de l'homme ou de l'occupation du Tibet, il a une réponse toute diplomatique: «Les Suisses connaissent mal la Chine. Allez voir par vous-mêmes de quoi il en retourne.»

A 34 ans, Donghua Li ne participe plus aux compétitions. Il fait parfois encore des démonstrations. Chaque année, il a plusieurs fois l'occasion de retourner en Chine pour des raisons sportives ou pour faire du commerce, notamment dans l'immobilier. Dans sa ville natale de Chengdu, au sud-ouest du pays.