Lendemain de veille sur les cimes. Alors qu'un cas de dopage à l'EPO à la Patrouille des Glaciers a été annoncé hier, le petit monde du ski-alpinisme soigne son mal de tête comme il peut. La nouvelle pose un triple dilemme dans le milieu.

Le premier est d'ordre proprement sportif. Une contre-expertise devra confirmer le verdict des éprouvettes de Swiss Olympic, mais le malaise est grand parmi les athlètes. Florent Troillet (le vainqueur de la PDG 2008) et les autres disent leur déception. Mais on fait déjà de ce petit scandale un syndrome. Comme si le gros nuage du cyclisme dérivait lentement sur les neiges immaculées des montagnards en collant.

L'alpiniste pas prévenu

Pierre Dollo, vice-président de la Fédération internationale de ski-alpinisme, a beau prétendre que «cette nouvelle n'émeut malheureusement pas plus que cela dans le milieu», au sein de la Fédération française, concernée au premier plan puisque l'athlète contrôlé positif à l'EPO en est membre, la consternation agite les esprits. A ce point même que la communication y est défaillante. On disait hier que le principal intéressé n'avait même pas été informé officiellement de son cas, en attendant la contre-expertise.

Outre ces désillusions, ce cas de dopage pèse lourd sur l'institution PDG. Pour le brigadier Marius Robyr, déceler un produit dopant à la PDG, c'était comme trouver des amphétamines dans le sac à dos d'un vieux Suisse en tricounis. Jusqu'au bout, il aura cru qu'on perdait ses gènes de tricheur en enfilant une paire de skis. Le patriarche digère à peine sa naïveté. «Ne croyez pas que je suis mort. Je résiste. Mais je dois reconnaître mes torts. Et je suis profondément déçu.» «Si le cas est confirmé par la contre-expertise, le fautif sera très sévèrement puni...» Marius Robyr, qui avait déjà annoncé sa retraite, laissera le soin à son successeur de gérer la suite des événements.

Naïveté triste

L'avenir. C'est là le troisième dilemme que pose cette sale révélation à l'institution PDG. Epreuve vénérée par certains, elle est décriée par d'autres. On la juge trop superficielle ou trop chère. L'armée articule un coût net de 200 000 francs. A Berne, dans les coulisses du pouvoir, on la juge souvent trop romande. Et, puisque le temps de la succession est également propice aux grandes réflexions, on se demande forcément si la tuile du dopage pourrait compromettre la manifestation. Officiellement, le chef de la communication des Forces terrestres, Jean-Luc Piller, l'exclut. «Le nouveau commandant n'a pas encore été désigné, mais nous nous activons à préparer l'édition 2010. Si l'événement devait être menacé, cela devrait venir de l'échelon politique...»

Le conseiller fédéral Samuel Schmid, en l'occurrence, aurait alors à choisir entre deux parties de lui. En tant que ministre des Sports, il peut bâtir sur cet outrage pour remettre en cause la PDG. En tant que ministre de la Défense, il doit aussi se féliciter d'avoir soumis les épreuves militaires aux contrôles de Swiss Olympic. La première baptisée, la PDG, a été porteuse de succès. Et si le succès est un peu aigre, il confirme pourtant une certaine lucidité de l'institution militaire. Il y aura une PDG en 2010. Il y aura des contrôles antidopage. Et il y aura toujours autant de soupçons sous les lattes des montagnards en collant, élites ou populaires, que d'étoiles dans les yeux des concurrents propres.