Football

De Dortmund à Bastia, une semaine de cauchemar sur la planète foot

Attaque à l’explosif contre un bus, terrain envahi, joueurs agressés… Une succession d’événements violents interroge le milieu du ballon rond: jusqu’à quel point le jeu reste-t-il la priorité absolue?

«Le football sera plus fort que ce type d'actes ignobles», affirmait mercredi dernier Vadim Vasilyev, vice-président de l'AS Monaco. La veille, le car emmenant les joueurs du Borussia Dortmund au stade pour affronter l'équipe de la Principauté avait été la cible d'une attaque à l'explosif. Trois explosions. Un blessé. Un traumatisme collectif pour tous les footballeurs de l'équipe allemande. Et un match reporté au lendemain, moins de 24 heures après le grave incident. L'UEFA a très concrètement exaucé le voeu du dirigeant monégasque, que Freddie Mercury avait mieux que personne exprimé voilà déjà plus de 25 ans: «The show must go on.»

Le monde du football l'ignorait alors, mais cette noire soirée de Ligue des champions ne marquait que le début d'une semaine cauchemardesque. Jeudi, le coup d'envoi du match d'Europa League entre l'Olympique Lyonnais et Besiktas a dû être repoussé suite à l'envahissement de la pelouse par des supporters des deux équipes. Des jets de projectiles et d'engins pyrotechniques par des fans turcs auraient incité ceux de Lyon à se réfugier sur le terrain. 45 minutes après l'heure initialement prévue, la rencontre débutait et pouvait aller à son terme.

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Dimanche, des supporters de Bastia sont descendus sur le terrain pour s'en prendre aux joueurs de l'Olympique Lyonnais - décidément pas épargnés cette semaine - avant la partie qui devait opposer les deux formations en Ligue 1 française. Entamée avec une heure de retard, elle a été définitivement arrêtée à la mi-temps, suite à une altercation entre le gardien de l'OL Anthony Lopes et le secrétaire général de Bastia, Anthony Agostini, qui a rapidement dégénéré en de nouvelles échauffourées.

Le joueur comme cible

Ligues des champions, Europa League, championnat national: aucune compétition n'a cette semaine été épargnée par les actes violents. Entre les différentes histoires, pas de liens directs mais une trame presque imperceptible, un fil rouge sang bien identifié par le journaliste Grégory Schneider dans Libération: «Pas bien compliqué de comprendre quel est le dénominateur commun: ces six derniers jours, un verrou a sauté. Et ce verrou, c'est le joueur.»

Adulé ou honni, célébré ou sifflé, le joueur de football n'avait pas trop de craintes à avoir quant à sa sécurité, son intégrité physique. Cette semaine, il est devenu une cible. Analyse validée par la présidente de la Ligue de football professionnel Nathalie Boy de la Tour: «Des supporters qui agressent des joueurs, c'est du jamais vu dans l'histoire de la Ligue 1.»

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La mésaventure survenue samedi à l'équipe de Servette a eu moins d'écho à l'échelle internationale mais illustre parfaitement la problématique. De retour de Wil, où ils s'étaient imposés 0-3, les Grenats terminaient une pause-ravitaillement sur l'aire d'autoroute de Würenlos, à la sortie de Zurich, lorsque leur bus a été attaqué par des supporters du FC Sion, qui, eux rentraient de Vaduz. «On parle là de plusieurs personnes qui se sont agglutinées autour du car, tapant sur les vitres, jusqu’à ce que l’une d’entre elles ne balance une bouteille de verre sur la vitre gauche du chauffeur du bus», détaille La Tribune de Genève, qui a révélé l'affaire.

De grandes questions

Les Servettiens étaient déjà tous de retour dans le véhicule lorsqu'il a été encerclé, «mais à une minute près, c'était le drame», a témoigné Tibert Pont. Après avoir fui, appelé la police et répondu à ses questions, l'équipe est arrivée à Genève aux alentours de 2 heures du matin le dimanche de Pâques. Au moins, elle n'a elle pas eu à disputer un match de football devant des dizaines de milliers de spectateurs et des caméras de télévision quelques heures après avoir été victime d'une agression.

Car cet enchaînement d'actes regrettables pose de grandes questions. Jusqu'à quel point la priorité absolue doit-elle être de disputer un match? Jusqu'à quel degré de menace les joueurs peuvent-ils exercer leur métier?

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De manière générale, les observateurs ont été choqués que la partie entre le Borussia Dortmund et l'AS Monaco soit reprogrammée au lendemain de la triple explosion. Même si le club allemand avait laissé ses joueurs libres de ne pas jouer, aucun ne s'est défilé, mais avaient-ils vraiment la tête au sport? «A aucun moment nous n’avons été consultés. L’UEFA a pris sa décision en Suisse. C’était comme si une bouteille de bière avait été balancée sur le bus», a dénoncé l'entraîneur allemand Thomas Tuchel. Une fois la pelouse dégagée, la première mi-temps de Bastia-Lyon fut insipide, les joueurs manifestement marqués par ce qu'ils venaient de vivre. «Faut arrêter, faut arrêter hein, ils ont frappé les joueurs, lançait dimanche à Bastia le coach lyonnais Bruno Genesio à son président Jean-Michel Aulas, dans les couloirs du stade. On va pas à la guerre!»

Le spectacle continue

Le football commence une nouvelle semaine chargée de compétitions européennes en espérant que le cauchemar est terminé. Le temps des sanctions viendra. L'Olympique Lyonnais craint de devoir disputer des rencontres à huis-clos après les incidents survenus contre Besiktas. Bastia, dernier du classement de Ligue 1, redoute que l'affaire du match arrêté dimanche le condamne à la relégation. Le FC Sion, par la voix de son président Christian Constantin cité dans Le Matin, menace de rendre public les noms des supporters qui ont attaqué le bus de Servette.

Ces prochains jours, ces prochaines semaines, ces prochains mois, Lyon s'en ira en Turquie pour le match retour de son quart de finale d'Europa League. Le FC Sion se rendra à Genève pour affronter le FC Bâle en finale de la Coupe de Suisse. Il y aura des matches à haut risque. Il y aura la Coupe du monde 2018 en Russie. The show must go on.

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