Elles rient et parlent comme deux copines qui se sont bien amusées après un entraînement. Belinda Bencic et Viktorija Golubic viennent de battre les Brésiliennes Laura Pigossi et Luisa Stefani en deux manches (7-5 6-3). Elles sont en finale du double des Jeux olympiques de Tokyo, assurées d’une médaille au moins d’argent, et elles l’accueillent dans la joie et une forme d’incrédulité. Quatre heures plus tôt, c’est dans les larmes que Belinda Bencic avait célébré sa qualification pour la finale du double. Une journée historique pour elle et pour le tennis suisse.

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Ces finales, probablement samedi pour le simple et dimanche pour le double, seront le cadre d’une double confrontation tchéco-suisse, car la République tchèque peut elle aussi rêver de doublé, avec trois joueuses différentes. Vainqueur en trois sets (7-6 4-6 6-3) de la Kazakhe Elena Rybakina, Belinda Bencic jouera d’abord la finale du simple contre la Tchèque Marketa Vondrousova, tombeuse de l’Ukrainienne Elina Svitolina (6-3 6-1) après avoir éliminé Naomi Osaka au deuxième tour.

Bencic est mieux classée mais Vondrousova (42e WTA) a remporté leur seule confrontation, en mars à Miami. La paire Bencic/Golubic disputera ensuite la finale du double contre la paire tchèque Barbora Krejcikova/Katerina Siniakova, tête de série no 1 du tableau et victorieuse de trois titres du Grand Chelem.

Comme les sœurs Williams

Belinda Bencic est la cinquième joueuse à se qualifier pour les deux finales dames du tournoi olympique. Si la Britannique Edith Holman échoua deux fois en 1920 à Anvers, l’Américaine Helen Wills réussit le doublé en 1924 à Paris. Depuis la réintroduction du tennis dans le programme olympique en 1988 à Séoul, les sœurs Williams ont chacune accompli cet exploit, Venus en 2000 à Sydney, Serena en 2012 à Londres, à chaque fois en gagnant le double avec l’autre (qu’elles remportèrent également à Pékin en 2008).

La demi-finale contre Rybakina fut le match le plus difficile de tous ceux disputés par Bencic à Tokyo, malgré le soutien moral et vocal en tribune d’une Viktorija Golubic très impliquée, au point d’attirer à sa coéquipière une remontrance de l’arbitre, qui croyait à un flagrant délit de coaching. En panne sur son service (12 doubles fautes, 6 breaks concédés), la Saint-Galloise eut le mérite de ne jamais lâcher, ce qui lui permit de toujours revenir dans la partie. Menée 5-2 dans la première manche, elle sauva six balles de set (deux à 4-5, quatre à 5-6) avant d’empocher la manche au tie-break (7-2). Elle mena ensuite 2-0 dans la deuxième manche mais laissa revenir son adversaire, particulièrement efficace elle au service (14 aces). Dans la manche décisive, elle fut menée 0-2 puis 2-3.

Au bonheur du tennis suisse

A chaque fois, elle refit son break de retard. Recollant une nouvelle fois à 3-3, elle se mit à mieux servir, à ne plus donner de points, à mettre la pression sur sa rivale qui se sentit dès lors obligée de jouer les lignes ou de tenter des coups gagnants. Bencic ne concéda plus une balle de break, empocha les quatre derniers jeux du match et conclut symboliquement sur un service gagnant (6-3). Dans le double, malgré la fatigue, elle ne commit aucune double faute. Demi-finaliste de l’US Open 2019, quatrième mondiale début 2020, Belinda Bencic a signé à Tokyo le plus bel exploit (à ce jour) de sa carrière.

Avec ce doublé, le tennis suisse confirme sa vitalité et place l’un de ses représentants en finale olympique pour la quatrième fois consécutive. Sport olympique depuis Séoul en 1988, après le sacre de Marc Rosset en 1992, il y a eu celui de Stan Wawrinka et Roger Federer en 2008 en double. Roger Federer fut encore médaillé d’argent quatre ans plus tard à Londres (battu par Andy Murray), tout comme Martina Hingis et Timea Bacsinszky en 2016. C’était bien le tour de Belinda Bencic, très talentueuse mais trop souvent freinée par des blessures, et de Viktorija Golubic, dont le très beau tennis passe trop souvent inaperçu aux côtés des cogneuses du circuit WTA.