Lorsque la fin février approche en NHL (la ligue professionnelle nord-américaine de hockey sur glace), une pression palpable se propage à travers des dizaines de clubs. Les franchises une décision stratégique à prendre: déterminer s’ils aspireront à remporter la Coupe Stanley, emblème de la suprématie du hockey mondial, ou simplement à planifier l’avenir de leur équipe sur le long terme. S’ils seront, comme on les appelle, des «acheteurs» ou des «vendeurs».

Décision assumée par le directeur général

Cette décision stratégique est assumée par le directeur général du club, celui qui sélectionne le coach et signe les contrats des joueurs. Si son équipe se positionne parmi les meilleurs après – approximativement – 50 matches sur les 82 de la saison régulière, il tentera de lui obtenir quelques joueurs en renfort, afin de maximiser ses chances de titres début juin prochain. Il devient un «acheteur».

Par contre, si son club est mal classé et de toute évidence ne soulèvera pas la Coupe Stanley, le directeur général optera possiblement pour une reconstruction orientée vers l’avenir. Il enverra certains joueurs plus âgés ou coûteux vers des équipes aux objectifs établis sur le court terme en retour de jeunes talents, ou même de futures sélections pour la prochaine draft. Il devient un «vendeur».

Un quart de la saison à jouer

La date limite des transactions pour la NHL était fixée au mercredi 1er mars à 15 heures (heure de la côte est). Au Canada, et dans une moindre mesure aux Etats-Unis, cette journée est folle pour les partisans et journalistes qui suivent le hockey. Télés et radios sont en direct dès 6 heures du matin pour analyser et commenter les transactions de la journée. La passion qui anime les fans est incroyable; tous espèrent voir leur club obtenir «le» joueur manquant.

Cette année, au passage, on aura donc vu un grand total de 18 transactions effectuées et 33 joueurs actuels ou choix de repêchage changer de clubs. Le 2 mars, chacune des trente équipes de NHL dispose de son contingent définitif. La date limite met donc un terme aux transferts de joueurs pour la saison. Sa raison d’être: éviter de voir des équipes renflouer leur effectif à une date trop proche des play-off, ce qui pourrait augmenter leurs chances de gagner. Avec une date limite du 1er mars, les équipes ont toutes approximativement encore 20 matches à jouer. Un quart de la saison.

Lorsqu’un directeur général décide de bouger, il est soit motivé par le désir d’apporter une plus-value à son équipe pour la fin de saison, soit mû par la sollicitation d’une autre équipe désirant acquérir un de ses joueurs.

Une décision d’avenir

Deux raisons importantes ont conduit au transfert de Mark Streit à la date limite. La première: les Flyers de Philadelphie (son club jusque-là) ne sont pas encore qualifiés pour les play-off et risquent de les manquer. La seconde: Streit arrive au bout de son contrat de quatre ans avec les Flyers le 30 juin prochain. Il deviendra alors un «free agent», un agent libre sans restriction, ce qui signifie qu’il pourra choisir son prochain club lui-même et prendre la meilleure offre qui lui sera présentée. Et ce sans la moindre compensation pour les Flyers.

Streit coûte cher, avec un salaire de 5,25 millions de dollars par saison, et malgré son apport très positif, il est âgé de 39 ans, ce qui est relativement vieux pour un défenseur dans la NHL.

Alors, afin d’éviter de ne recevoir aucune indemnité pour son Suisse en juillet, les Flyers l’ont envoyé au Tampa Bay Lightning en échange du Finlandais Valtteri Filppula et de deux choix lors de la draft 2017. Les Flyers ont pris une décision d’avenir.

Première occasion de gagner la Coupe Stanley

A ce moment, Tampa Bay a immédiatement redirigé Streit vers les Pittsburgh Penguins, champions en titre, en échange d’un choix de quatrième ronde du repêchage. Pittsburgh, qui déplore actuellement l’absence de plusieurs joueurs blessés, cherchait un défenseur d’expérience. Les Penguins, prétendants naturels à la Coupe Stanley, souhaitaient renforcer leur équipe. Ils pensent que Mark Streit peut contribuer à leurs projets à court terme, raison pour laquelle ils l’ont attiré. En quelques heures, le Suisse a changé deux fois de club. Mais il aura ainsi une première vraie occasion de gagner la Coupe Stanley.


* Ray Lalonde est une personnalité du sport au Canada. Il a été, entre autres, directeur du bureau NBA Europe à Genève (basket), vice-président des Canadiens de Montréal (hockey), General Manager des Alouettes de Montréal (football américain) et membre du Comité olympique canadien. Il est aujourd’hui consultant indépendant en management du sport et intervient dans divers médias canadiens.