BASKET

La draft NBA ou quand l’Amérique combat les inégalités

Cette nuit se déroulait la draft annuelle de la NBA, la prestigieuse ligue de basket-ball américaine. Par souci d’équité, les moins bonnes équipes ont le premier choix. Le pivot de Kentucky Anthony Towns est ainsi arrivé numéro 1 et a été choisi par les très peu performants Minnesota Timberwolves.

La draft, quand l’Amérique rebat les cartes

Recrutement Dans les ligues américaines, les moins bonnes équipes ont le premier choix

Tandis que les amateurs de sport européens, et notamment les fans de football, se passionnent pour la période des transferts, les Américains, eux, vibrent cette semaine pour la draft, littéralement la «conscription». L’expression «bourse aux athlètes» vaut synonyme. Celle de la NBA, la ligue de basket, a eu lieu dans la nuit de jeudi à vendredi; celle de la NHL, la ligue de hockey sur glace, se tiendra ce week-end. Au pays de la libre entreprise, les sports professionnels ont encadré les mouvements de joueurs, qui pour l’essentiel respectent la règle des trois unités du théâtre classique: unité de temps (une soirée), de lieu (le Barclay Center de Brooklyn pour la NBA, à Sunrise en Floride pour la NHL) et d’action (toutes les franchises et tous les nouveaux joueurs sont réunis).

Il existe également une draft pour la MLB, la Ligue majeure de baseball, qui s’est tenue début juin à Secaucus dans le New Jersey. Celle de la NFL, le championnat de football américain, a quitté début mai le traditionnel Radio City Music Hall de New York pour s’installer à Chicago. C’est la plus ancienne (1936) et la plus populaire. Elle a même eu droit en 2014 à son film, Draft Day, réalisé par Ivan Reitman, avec Kevin Costner en manager d’équipe échangeant des joueurs contre des tours de choix. Le film n’est pas très bon (il est sorti directement en vidéo cet hiver en Europe) mais il a le mérite de bien expliquer ce particularisme américain.

Pour bien comprendre, il faut intégrer une chose: les sports américains s’exercent dans des ligues fermées. L’intérêt général (un championnat attrayant) prime sur les ambitions particulières (le palmarès des équipes). Les franchises les moins performantes ne pouvant ni être reléguées ni reporter leurs ambitions sur une éventuelle coupe (comme le FC Sion en Suisse), la draft a pour mission de rebattre les cartes chaque année en offrant aux derniers le droit de recruter en priorité les meilleurs nouveaux joueurs. Imaginez le FC Grenade pouvant choisir Lionel Messi avant le FC Barcelone, et Messi ne pouvant pas refuser.

Les joueurs sont libres de s’inscrire mais ils doivent savoir deux choses: on ne peut prendre part à la draft qu’une seule fois, et seuls les 30 choisis au premier tour sont assurés de signer un contrat garanti (d’un million de dollars annuels). Ce pourrait être le cas dans la nuit de vendredi à samedi pour Timo Meier (18 ans). L’ancien junior de Herisau, qui s’est fait les côtes au jeu ultra-physique de NHL avec l’équipe de Halifax, possède un gabarit (1,86 m, 96 kg) taillé pour les patinoires nord-américaines. On l’annonce même parmi les dix premiers choix. A ce jour, seuls sept hockeyeurs suisses ont été draftés au premier tour.

Un huitième Suisse en NHL?

En basket, ils sont encore moins nombreux: deux. Thabo Sefolosha en 2006 et Clint Capela en 2014. Le Veveysan avait été choisi au 13e tour par les 76ers de Philadelphie. Accueilli comme le veut la tradition par le commissaire de la NBA David Stern, Sefolosha était immédiatement cédé à Chicago. Evidemment, le joueur n’a pas son mot à dire dans ce genre de transaction. L’an dernier, Clint Capela fut sélectionné à la 25e position par les Houston Rockets. C’est le successeur de Stern, Adam Silver, qui lui souhaita la bienvenue. Il signa son contrat un mois plus tard mais patienta quatre mois avant de faire réellement ses débuts sur les parquets NBA, le 6 novembre 2014 face aux Spurs de San Antonio. Quatre jours plus tard, il était prêté en ligue mineure avant de revenir en février 2015 et, enfin, de convaincre ses employeurs de son potentiel au travers de quelques très bons matches. La draft n’est surtout pas un aboutissement.

La légende voudrait que la draft soit une sorte de rite de passage dans le monde adulte pour de jeunes sportifs qui seront «rookies» la première année, puis «sophomores» la deuxième. La réalité est plus nuancée. Même s’ils sortent de l’université ou du lycée, ces joueurs sont presque professionnels. Les meilleurs sont parfois déjà de véritables stars, qui ont pu se mettre en valeur lors des finales universitaires de mars, le March Madness. En 2003, le jeune LeBron James avait déjà fait la une de Sport Illustrated («L’Elu») et signé un contrat de 90 millions de dollars avec Nike avant d’être drafté par Cleveland.

Stephen Curry, le meilleur joueur de la saison régulière, champion NBA cette saison avec Golden State, n’avait été pris qu’en septième position. En 1984, Portland avait laissé filer Michael Jordan. Mais ces accidents industriels sont plutôt rares. Les entraîneurs savent tout de chaque joueur et le calcul d’un potentiel sportif est devenu une science dans le sport américain. Une étude du Wall Street Journal a montré que lors des 32 dernières finales NBA, 50% des joueurs étaient issus de premiers tours de draft.

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