Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Dominic Thiem s'est incliné devant Novak Djokovic vendredi.
© Clive Brunskill

Le projet Godard

Pour «Dream Thiem», un rêve hors de portée

Après le Français Barrere et le Belge Goffin, «Le Temps» suit le tableau de Roland-Garros aux côtés de Dominic Thiem. La route du jeune Autrichien s’est arrêtée en demi-finale face au Serbe Novak Djokovic (6-2 6-1 6-4)

Le projet Godard

En 2007, dans une interview à L’Equipe, Jean-Luc Godard expliquait comment rendre compte au mieux d’un tournoi de tennis: prendre un joueur inconnu qui dispute le premier tour, le suivre jusqu’à ce qu’il perde, puis poursuivre avec son vainqueur, et ainsi de suite jusqu’à la finale. En 2016, Le Temps réalise le projet Godard.

«Aucune chance!» Son entraîneur Gunter Bresnik l’a dit et répété la veille, Dominic Thiem n’a «aucune chance» en demi-finale de Roland-Garros contre Novak Djokovic. Les éléments qui tendraient à prouver le contraire sont balayés d’un revers à une main. Ses 41 matchs gagnés cette saison (le meilleur total après Djokovic)? Ils l’ont surtout fatigué. Ses victoires sur Nadal et Federer sur terre battue? C’était en deux sets (à Buenos Aires et Rome), pas trois. La prédiction de Rafael Nadal, qui assure que le jeune Autrichien (22 ans) gagnera un jour Roland-Garros? Il n’a pas dit quand…

Dominic Thiem n’est pour l’heure que le meilleur représentant de la nouvelle vague. Novak Djokovic, lui, est le meilleur joueur du monde. Pour ce choc des générations, la foule se presse enfin Porte d’Auteuil. Après trois jours à jouer devant des sièges vides, la vente de billets à 20 euros a provoqué un bouchon devant l’entrée du court Suzanne-Lenglen, généralement délaissé à l’approche des finales. L’organisation est calamiteuse, indigne d’un Grand Chelem, mais au moins, il se passe quelque chose. Dans les gradins, les drapeaux serbes ont remplacé les Belges, repliés avec les polos de David Goffin.

Cette effervescence permet enfin au tournoi parisien de retrouver sa gouaille, et au court cette ambiance si particulière de théâtre. Il y a une scène, ocre, deux acteurs, un public, et même des souffleurs quand les entraîneurs glissent en douce des consignes. A part quelques Autrichiens en maillot de foot qui semblent égarés sur la route de l’Euro, tout le monde s’attend à une pièce en trois actes, plutôt qu’en cinq.

Dominic Thiem n’a aucune chance, mais il la joue à fond. A 4-2 Djokovic, il se procure deux balles de jeu sur le service de son adversaire. Le propre d’un champion est de hausser le ton dans les moments chauds, alors Novak renfile son costume de «Djoker». Thiem se démène, va chercher deux smashs quasiment dans la loge officielle mais finit par céder. Le sort de la première manche est réglé en 41 minutes: 6-2. La deuxième est encore plus expéditive: 6-1 en 25 minutes. Thiem n’est pas assez régulier pour tenir la cadence. A ce rythme-là, on sera rentré avant les bouchons, se disent les spectateurs.

Pour Dominic Thiem, l’essentiel est désormais de faire bonne figure. Il s’y essaye d’entrée et se procure deux balles de break sur le premier jeu de la troisième manche. Il concrétise la seconde sur un point incroyable: son coup droit croisé part si fort et si haut que le public exprime sa déception avant même que la balle n’atterrisse. Elle tombe pourtant à l’intérieur du court, dans l’angle, avec une marge de dix centimètres. Thiem confirme derrière et mène 3-0. Le public trépigne de plaisir, scande Do-mi-nic (il ne connaît pas Soeur Sourire), enchaîne les olas. «A mexican wave is never a good sign», a dit la veille un commentateur de football anglais. La tentation de surjouer rôde côté autrichien.

«Bravo, merci», se sent obligé de dire l’arbitre pour ramener le calme. Djokovic n’a besoin de personne pour éteindre les débuts d’incendie. C’est même un rabat-joie de première. Le Serbe gagne les 5 jeux suivants. Rideau! Au dernier changement de côté, Boris Becker, qui a réussi à choper un coup de soleil durant le pire mois de mai du siècle, se dresse au milieu de la tribune, les mains dans le dos, la barbiche pensive comme un général contemplant la victoire prochaine. La vraie bataille est prévue contre Andy Murray.

Sous lui, puis devant nous, précédant la foule, s’éclipse déjà Claude Lelouch, clin d’œil au projet Godard qui trouvera son épilogue dimanche lors de la finale.


Des précédents articles

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sport

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Les athlètes suisses reviennent des European Championships de Glasgow/Berlin, qui réunissaient les épreuves de sept fédérations, avec dix-neuf médailles. Retour en images sur les cinq performances les plus marquantes

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Switzerland's Lea Sprunger reacts after winning the women's 400m Hurdles final race during the European Athletics Championships at the Olympic stadium in Berlin on August 10, 2018. / AFP PHOTO / John MACDOUGALL
© JOHN MACDOUGALL