Travail

Le droit des ouvriers de Qatar 2022, vaste chantier

Très observés par les ONG, les chantiers de la Coupe du monde alternent entre avancées sociales et retour aux vieilles pratiques

La construction des stades de la Coupe du monde 2022 au Qatar est particulièrement suivie par les organisations non gouvernementales (ONG), qui dénoncent régulièrement des atteintes aux droits de l’homme et au droit du travail, habituelles dans ce secteur et dans cette région du monde. Ces chantiers monumentaux emploient des centaines de milliers d’ouvriers, principalement venus du Népal, du Pakistan, d’Inde, du Bangladesh et des Philippines.

A ce sujet, lisez également notre temps fort : A quatre ans de sa Coupe du monde, le Qatar empile les stades vides

Des conditions de travail à revoir

Il n’existe pas de statistiques officielles sur le nombre de morts causées par les chantiers. En 2017, le comité d’organisation de la Coupe du monde en a reconnu dix. En 2013, se basant sur les rares données statistiques existantes, la Confédération syndicale internationale (CSI) extrapolait le nombre de 4000 ouvriers tués à la tâche d’ici à 2022. Une estimation contestée par les Qataris mais en 2016, la représentation indienne au Qatar estimait le nombre de ses seuls ressortissants décédés à 241 pour 2013 et 279 en 2014 et 2015. Souvent, les ouvriers meurent durant leur sommeil, de déshydratation. Le dernier accident mortel officiellement recensé est un jeune Népalais de 23 ans, tué cet été.

Lire encore un article de 2017: L'OIT classe la plainte contre le Qatar

Au contraire des autres grands chantiers du Golfe (le Louvre d’Abu Dhabi a été livré avec cinq ans de retard), les stades de la Coupe du monde doivent être achevés à temps, ce qui peut inciter les maîtres d’œuvre à imposer des cadences infernales: journées de 14 heures de travail, non-respect des pauses au moment le plus chaud de la journée (l’été, la température peut atteindre 50 degrés). En plus des classiques salaires de misère et confiscation du passeport.

Sous la pression des ONG, le gouvernement local a néanmoins concédé quelques avancées sociales pour les travailleurs du Mondial, dont le sort est devenu finalement un peu plus enviable que celui des travailleurs des autres chantiers. A l’automne 2017, l’Organisation internationale du travail (OIT) classait ainsi l’enquête ouverte en 2014 contre le Qatar pour travail forcé sur les chantiers de la Coupe du monde. Son directeur général, Guy Ryder, soulignait, en décembre 2017 lors d’une conférence à laquelle Le Temps assistait, «l’action constructive de Qatar 2022 pour améliorer la conformité aux normes du travail».

Lire finalement: Peut-on jouer avec tout le monde?

L’OIT a depuis ouvert un bureau à Doha pour aider le Qatar à abolir le système de la kafala («tutelle»), qui enchaîne littéralement les travailleurs étrangers à leur employeur. Mais en septembre 2018, Amnesty International dénonçait à nouveau des dizaines de cas d’ouvriers non payés depuis dix mois.

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