Tennis

A Dubaï, 18, Paire et passe pour Roger Federer

Un mois après sa victoire à l’Open d’Australie, le Suisse a rejoué. Il a battu Benoît Paire (6-1 6-3) dans un premier tour qui n’avait d’autre enjeu que de fêter ses retrouvailles avec le public

Avec sa piscine digne d’un club de vacances, son petit lac où barbotent tortues et canards et sa boutique souvenirs qui hésite commercialement entre le magasin de sport, le duty free et le souk, le tournoi de Dubaï est une étape à part dans le calendrier de l’ATP. C’est particulièrement vrai ce lundi 27 février: en fin de journée, Roger Federer joue contre Benoît Paire. Son premier match depuis sa victoire le 29 janvier en finale de l’Open d’Australie.

Dans cette cité-Etat où tout doit être «le plus (quelque chose) du monde», la présence du plus grand joueur de l’histoire du tennis est un événement digne d’intérêt. La presse locale en a abondamment parlé, et s’est ruée dimanche sur le Bâlois, sans trop de considération pour les autres têtes d’affiche du tournoi. Andy Murray, Stan Wawrinka et Gaël Monfils sont pourtant respectivement le meilleur joueur du monde, le second joueur le plus titré du monde en Grand Chelem ces trois dernières années, le joueur le plus spectaculaire du monde.

Federer convoité

Dans les allées de l’Aviation Club, les spectateurs ne se forcent pas non plus. Premier à ouvrir les feux, Philipp Kohlschreiber sort Gilles Müller (6-4 7-6) devant des sièges vides. Le public préfère se réserver pour le match du soir. Avachis autour d’une chicha, deux hommes se laissent gagner par une douce torpeur, mélange de soleil retrouvé, de vapeurs de narguilé et de promesse de Federer. Ils portent un tee-shirt avec le slogan «BEL18VE», lancé il y a quelques années, lorsque le Bâlois chassait en vain son dix-huitième titre du Grand Chelem. Depuis Melbourne, la profession de foi est devenue prophétie et les «believers» savourent leur victoire sur les «haters».

Partout, il n’y en a que pour le champion de retour. «Nous n’avons jamais reçu autant de demandes pour lui, s’étonne le bureau de l’ATP. Tout le monde veut l’interview.» Pas facile, même si le Suisse fait de son mieux. Federer évite d’ailleurs de tirer la couverture à lui. A Gaël Monfils, qu’il croise dans un ascenseur, il ne parle que de l’exploit de Beat Feuz, qu’il a vu remporter la descente des Championnats du monde à Saint-Moritz. A la presse, il assure qu’il n’est pas favori du tournoi et qu’il repart de zéro. «Ma pause a été trop grande pour que je puisse arriver et jouer comme en Australie. Les conditions sont rapides, ce qui rend les marges étroites, je dois prendre chaque chose en son temps.»

Lire l’interview de Roger Federer: «Revenir après ma blessure, ç’a été comme une seconde chance. Je ne voulais pas la gaspiller»

Et d’abord battre Benoît Paire. Les officiels ne cachent pas qu’une défaite face au Français – le joueur le plus fantasque du monde, pourraient-ils dire – ferait un peu tache dans le décor, que les ouvriers s’emploient à rendre impeccable pour le grand moment. Paire semble vouloir se donner toutes les chances. Le match précédent s’étant terminé tôt (victoire de Roberto Bautista Agut sur Karen Khachanov 6-1 7-6), il s’échauffe sur le court central une heure avant le début du match, spectacle rarissime.

Il rejoint néanmoins Federer au players' lounge et c’est ensemble, Paire devant, Federer derrière, qu’ils fendent la foule pour traverser le site et entrer dans le stade, qui est enfin comble. Le public n’a bien sûr d’yeux que pour le Suisse, qui porte la même tenue zébrée qu’à Melbourne. Autour de lui, des compatriotes arborent le drapeau rouge à croix blanche, des femmes voilées portent la casquette RF. Beaucoup sont là pour les photos plus que pour le match. Et ça tombe bien, parce que le match…

Paire blessé au talon

Sur le deuxième point de la partie, Benoît Paire se fait mal au talon. Une vieille blessure qui se réveille. Dix minutes plus tard, déjà mené 3-1, il demande un temps mort médical. C’est le seul moment de suspens de la rencontre. Le Français va-t-il abandonner et laisser le public en plan? «C’est ce que j’ai craint à un moment», dira Federer. Le Français repart, mais les jeux défilent. En vingt-sept minutes, le premier set est bouclé (6-1). Paire réussit quelques jolis coups, court autant que son talon le lui permet mais n’a pas la constance et la densité nécessaire pour soutenir durablement la comparaison. Federer break à 2-2, Paire balance trois fois sa raquette dans le jeu suivant, frustré de ne pas pouvoir donner plus.

Le public le siffle puis, lorsqu’il revient sur le court (après avoir changé de raquette, forcément), l’encourage. On joue depuis quarante-cinq minutes, le match est déjà presque fini et le public a le sentiment de n’avoir rien vu. Roger Federer boucle l’affaire 6-1 6-3 en cinquante-cinq minutes sans plus de sentiment qu’un tueur à gage. «Ce genre de match est faussement facile, explique-t-il. D’abord parce qu’on ne sait jamais à quel point l’adversaire est diminué, ensuite parce que Benoît est capable de ne jouer que des coups gagnants. En plus, revenir après un mois, sur une surface très rapide, ce n’est jamais évident. Il n’y a pas de plan B; il faut sauter sur chaque balle de break et bien tenir son service, être très vigilant sur les deuxièmes balles, qui sont toujours moins précises lorsqu’on revient à la compétition.»

Le public verra du beau tennis une autre fois. Lundi, il a revu Federer et cela semblait suffire à son bonheur.

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