Jeudi, dès l'annonce de la sélection de Lorenzo Manta en simple comme remplaçant de Marc Rosset, malade, nombre d'observateurs avaient émis des doutes. Craintes justifiées. Pas facile de fabriquer en quinze jours un jeu efficace sur terre battue. Auteur d'un non-match (6-4 6-0 7-6 en 1 h 51) vendredi face à l'espoir belge Xavier Malisse, le joueur de Winterthour a servi aux journalistes le même refrain qu'après sa cuisante défaite face Albert Costa à Gstaad: «Mon jeu dépend de mon service. Celui-ci n'a pas fonctionné, et je n'ai pas réussi à attaquer dans de bonnes conditions.»

Malisse n'étant pas Costa, on aurait aimé voir chez Manta un peu plus de révolte. Mais le Zurichois a mal débuté la partie et dû écarter d'emblée deux balles de 0-3. S'il est parvenu à recoller au score dans cette première manche, il a dû s'incliner en fin de compte sur une double faute, sa sixième déjà de la rencontre. La suite allait être pire encore. Manta n'a pas réussi à inscrire le moindre jeu dans le deuxième set et a encaissé, entre la fin de la première manche et le début de la troisième, pas moins de neuf jeux consécutifs.

Tandis que Xavier Malisse paraissait s'envoler vers un succès très facile, Manta a profité d'une petite baisse de régime du Belge pour se détacher 3-1. Mais, par manque de conviction, il a perdu le bénéfice de cet avantage et conclu tristement la rencontre par trois doubles fautes dans l'ultime jeu décisif.

Roger Federer a fait mieux, mais cela ne consolera pas le camp suisse. Le Bâlois a livré une partie courageuse, mais son manque d'expérience lui a coûté la victoire (7-6 3-6 1-6 7-5 6-1 en 3 h 21). Au contraire de son camarade d'équipe, Federer a pris un départ convaincant et dominé une première manche qu'il aurait dû remporter: après avoir réalisé le premier break, il a eu au douzième jeu une balle de set sur laquelle il n'a pas fait preuve d'assez d'esprit de décision. Une occasion gâchée qui allait lui coûter cher.

Car, même en n'étant pas toujours souverain dans sa mise en jeu, Federer a pris le jeu à son compte dès le deuxième set, déclassant le pauvre Van Garsse. Dans les deuxième et troisième manches, les spectateurs bruxellois, venus relativement peu nombreux pour un événement de cette importance, ont pu voir un formidable Federer.

Hélas, alors que la situation semblait favorable, les deux premiers jeux du quatrième set ont joué un rôle déterminant. Menant 15-30 dans le premier jeu sur le service de Van Garsse, Federer a envoyé dans le filet un passing facile, et le Belge a fini par s'adjuger ce jeu. Quand son tour est venu de servir, Federer a subi un break après avoir mené 40-0. Bien involontairement, il venait de remettre le favori du public en selle.

Le champion du monde junior a réussi à se reprendre après ce passage à vide, et la quatrième manche a été un moment fort de cette Coupe Davis dont on connaît l'intensité dramatique. Les deux joueurs ont été contraints de demander des soins, le Belge pour des problèmes de dos, le Suisse à cause de la première crampe de sa carrière, alors qu'il devait servir pour écarter une troisième balle de set. Apte à poursuivre la partie, il n'a pu éviter de disputer une cinquième manche. Un dernier set où il s'est incliné nettement, en partie à cause d'une mobilité amoindrie par les crampes.

«Fier quand même»

Bref: une défaite bien amère, quelques larmes, mais un motif de satisfaction tout de même pour le Bâlois: «Malgré ma déception, je crois que je peux être fier de moi. Ce doit être un de mes meilleurs matchs sur terre battue. J'ai peut-être manqué de confiance et d'expérience sur deux ou trois points importants.» Mais cette prestation est de bon augure pour l'avenir de l'équipe de Suisse de Coupe Davis. D'autant qu'il s'agissait de la seconde rencontre seulement en cinq sets de Federer depuis ses débuts professionnels.

On préfère parler là du moyen terme. Car l'avenir immédiat paraît plutôt sombre. Samedi et dimanche, la Suisse n'a plus droit à l'erreur. Le retour dans la formation helvétique de Marc Rosset dès ce samedi en double aux côtés de Lorenzo Manta augmente certes les chances de l'équipe de Claudio Mezzadri. Mais la forme du Genevois constitue un gros point d'interrogation. Or, il faudrait un grand Rosset pour rétablir une situation bien compromise. Qui a dit que rien n'était impossible en Coupe Davis?