Le climat, méditerranéen et très sec, n'a rien à voir avec la Nouvelle-Zélande. Le décor est lui aussi très différent. Mais il règne quand même une atmosphère de Coupe de l'America ces jours-ci à Porto Cervo, où se déroule, jusqu'à dimanche, le Championnat du monde Rolex de Farr 40. Sur les pontons de La Mecque italienne du yachting, on croise les mêmes visages qu'il y a six mois à Auckland. Tous les défis engagés lors de la dernière édition de la plus prestigieuse compétition de voile sont représentés.

Les regards se portent surtout sur Ernesto Bertarelli et Russell Coutts, dont c'est le premier retour sur l'eau ensemble depuis leur brillante victoire avec Alinghi. Le duo, entouré de plusieurs autres membres du Défi suisse, vient essayer de remporter une nouvelle fois le titre de champion du monde de Farr 40 décroché en 2001. «Ce sera difficile, car le niveau est monté et il y a aussi davantage de bateaux», souligne Ernesto Bertarelli, qui refuse de se mettre la pression.

Le patron d'Alinghi est là pour prendre du plaisir à la barre de son voilier. Le règlement de cette série de monocoques monotypes de 11,92 m stipule que les propriétaires doivent être amateurs (ndlr: ne pas gagner leur vie avec la pratique de la voile) et barrer leur bateau. En revanche, rien ne les empêche de s'attacher les services des meilleurs tacticiens et autres membres d'équipage. Et ils ne s'en privent pas.

Les avis divergent quant au potentiel de l'équipage d'Alinghi de rééditer son exploit d'il y a deux ans à Cowes (Angleterre). «Ce ne sont pas forcément les favoris. Ils n'ont pas beaucoup navigué en Farr 40 cette saison et le niveau est plus élevé», estime le champion olympique français Thierry Peponnet, tacticien à bord du voilier italien Madina Milano. Ce n'est pas l'avis de l'Américain Terry Hutchinson, membre de Star and Stripes et tacticien à bord du voilier Barking Mad: «Ils vont être dangereux. Ils ont gagné en 2001 et il ne faut pas sous-estimer le fait qu'Ernesto Bertarelli, même s'il ne barrait pas, a beaucoup appris ces deux dernières années en naviguant avec Alinghi.» Ce qu'en pense Russell Coutts? «Nous faisons peut-être partie des favoris, mais il reste encore à le prouver», répond en souriant le Néo-Zélandais, très détendu et surtout ravi de régater à nouveau après plusieurs mois de gestion à la tête du Défi suisse: «C'est une super régate et j'ai beaucoup de plaisir à m'occuper de la tactique. Cela change. La compétition va être intense.»

Si, sur l'eau, la bagarre fait rage, à terre, en revanche, l'ambiance est très bon enfant. Rien à voir avec l'hostilité de la Coupe de l'America. Cela n'empêche pas les conversations sur la prochaine édition d'aller bon train. «Chacun se raconte les derniers potins sur les éventuels transferts», avoue le Néo-Zélandais John Cutler, ancien directeur sportif d'Oracle BMW Racing, annoncé par le Défi français K-Challenge. Confirmé? «On verra bien. C'est encore loin.» Même réponse de son compatriote Rod Davis, qui a disputé les deux dernières coupes avec Prada Challenge et qui est pressenti pour rejoindre les Français Loïck Peyron et Bertrand Pacé si leur projet de Team France voit le jour. «Il est trop tôt pour décider. Je me donne un an, élude Davis. Tout dépendra de quelles équipes trouvent le financement au bon moment.»

Pour l'instant, seuls Alinghi et Oracle BMW Racing sont assurés de participer à la prochaine édition. Il règne donc le plus grand flou, nourri par toutes sortes de rumeurs, sur le marché de la Coupe de l'America. L'Américain John Kostecki, bras droit du Franco-Américain Paul Cayard en 2000, aurait signé avec Team New Zealand. Dixit Grant Dalton, le nouveau patron du défi kiwi. Mais Kostecki se refuse lui aussi à confirmer cette information. «Chacun veut s'engager tout en restant disponible», résume parfaitement bien Thierry Peponnet, engagé pour l'instant avec K-Challenge.