La voilà qui refait parler d’elle. Après les lugeurs, au tour des bobeurs de se faire de grosses frayeurs. S’ils étaient parvenus à oublier la mort tragique de Nodar Kumaritashvili, la piste leur aura administré une sale piqûre de rappel. Huit accidents. Tel fut le bilan du premier entraînement de bob à 2, mercredi. Le duo Beat Hefti/Thomas Lamparter était de ceux qui se sont retournés. Le pilote argovien est encore sonné. «Il a une commotion. Malheureusement, je doute qu’il puisse courir samedi», nous soufflait, jeudi, Cédric Grand, le pousseur de la paire suisse adverse. Verdict confirmé vendredi matin par les médecins.

Pour le Genevois, qui forme une solide paire avec le pilote Ivo Rüegg, c’est le statut de novice de Hefti au guidon de ces bolides de la glace qui n’a pas pardonné sur cette piste sélective. «Elle est rapide, dangereuse aussi. Toutes les pistes le sont un peu, mais celle-ci exige plus de concentration que les autres. Les pilotes doivent être expérimentés. Pour les nouveaux comme Beat, c’est rude. Il a encore du mal sur de telles descentes.» L’ancien pousseur du retraité Martin Annen a commencé à piloter il y a un an seulement.

Grand le reconnaît, «il faut en avoir» pour s’envoyer à si grande allure sur ces toboggans glacés. Et sur celui de Whistler, il faut quasi flirter avec l’inconscience. «C’est une piste technique, difficile. Elle va très, très vite. On atteint des vitesses de 150 km/h en bob à 2 et de 160 km/h en bob à 4», précise le Genevois. Il explique que le passage le plus délicat et le plus impressionnant, c’est l’enchaînement des courbes 12, 13 et 14: «La 13 est surnommée «fifty-fifty», parce que ça passe ou ça casse. Ce sont des temps de passage à vitesse élevée où l’erreur ne pardonne pas.» Il ne s’en émeut pas.

Pour les chevronnés

Rompu à l’adrénaline, l’athlétique Genevois – un quintal culminant à 1 m 89 – semble ne plus avoir froid aux yeux: «La peur, on la connaît. On sait dans quoi on s’embarque.» Mais il ne faut pas la laisser s’inviter. «Ici, si tu penses trop au risque, tu vas monter en stress, faire de grosses erreurs et perdre la course. On ne pense pas trop aux accidents. Cela fait partie de notre métier et il faut savoir faire abstraction de ces choses-là. On sait que c’est une piste dangereuse. On se met en symbiose avec elle et on essaie de se calmer un peu.»

Se calquant sur le discours officiel de la Fédération internationale de glace, le champion du monde en titre de bob à 2 réfute l’hypothèse d’une piste qui aurait dépassé les limites du tolérable. Pour lui, elle est juste réservée aux chevronnés: «Les JO sont ouverts aux pays plus exotiques. Des petites nations comme la Géorgie, qui ne sont que très rarement avec nous sur le circuit de la Coupe du monde ou aux Mondiaux, qui ne participent qu’à deux ou trois courses dans la saison, manquent d’expérience. C’est une piste tout à fait praticable pour ceux qui ont le niveau.»

L’expérience. C’est le mot clé sur ce toboggan de la peur. A Whistler, c’est l’expérience qui fera la différence. L’humilité aussi. «Il y a des pistes où le pilote peut corriger et changer de ligne pour essayer d’avoir une meilleure vitesse, explique encore Grand. Là, surtout pas. Il faut avoir une super-poussée avec du matériel qui glisse bien et, ensuite, il faut essayer de faire le moins d’erreurs possible. Plus il va vouloir piloter, plus il va faire des erreurs et, à 150 km/h, ça ne pardonne pas.»

Les subtilités des patins

En bob, la formule gagnante, c’est 30% de poussée, 30% de pilotage, et 40% de matériel. Celui des Suisses est ripoliné. Que ce soit au niveau construction, géométrie et aérodynamisme. Mais le détail qui compte, c’est le choix et le réglage des patins le jour J. Le Genevois précise: «On en a différentes sortes. C’est un peu comme en Formule 1. On a des patins pour la glace chaude et d’autres pour la glace dure. Certains sont mieux adaptés pour les lignes droites, d’autres pour les grosses courbes. Pendant les entraînements, on fait des essais pour voir lesquels conviennent le mieux à cette piste. Pour l’instant, la neige n’est pas trop dure. On a une glace à –2° –3° alors que, parfois, elle atteint –8° à –10°. On va donc opter pour des patins avec un alliage de métal plus souple.» Question métal, le duo Rüegg-Grand, déjà médaillé de bronze à Turin, est clairement venu ici en chercheur d’or.