Quel sportif a récemment fait la une, le même jour, des trois quotidiens sportifs italiens (La Gazzetta dello Sport, Il Corriere dello Sport et Tuttosport) et reçu un message d’encouragement du pape François, pour qui sa vie est «une leçon d’humanité»? Il ne s’agit pas d’un footballeur mais d’un athlète handisport, que «la foudre» vient de frapper une seconde fois – percuté sur son handbike par un camion le 19 juin sur la nationale 146 – et dont le sort critique fige tout un pays dans l’attente fébrile des bulletins de santé de l’hôpital de Sienne.

Dans une première vie, Alessandro Zanardi était pilote automobile, d’abord en formule 1 (chez Jordan, Minardi et Lotus entre 1991 et 1994, chez Williams en 1999) puis en championnat nord-américain de monoplaces CART, qu’il remporta deux fois (1997 et 1998). Jusqu’à ce qu’en septembre 2001, un violent accident sur le circuit allemand du Lausitzring le laisse pour mort. Il fait trois arrêts cardiaques, reçoit l’extrême-onction, est opéré quinze fois. Mais il survit, coupé en deux. Amputé des deux jambes, il choisit immédiatement, et à sa grande surprise, de voir le verre à moitié plein. «Avant mon accident, j’avais pitié des gens comme moi et j’aurais voulu mourir plutôt que de me retrouver ainsi. Et pourtant, dès mon réveil, j’ai choisi de vivre. Et de vivre avec intensité.» Trois mois plus tard, il quitte l’hôpital en conduisant la voiture familiale.

En fauteuil sur un circuit de F1

Commence alors la deuxième vie de celui dont l’Italie s’amourachera et qu’elle n’appellera plus que «Alex». Zanardi s’inspire de Clay Regazzoni, collabore avec les prothésistes comme jadis avec les ingénieurs et revient dans la course, en 2003, au Championnat du monde des voitures de tourisme (WTCC). Il dispute sept saisons et remporte quatre courses. En 2006, il devient le premier amputé des deux jambes à piloter une formule 1, une Sauber adaptée à son handicap.

Mais il solde le passé, car l’important est ailleurs: il a commencé à s’intéresser au handisport, et déjà participé en 2008 au marathon de New York, où il s’est classé quatrième dans la catégorie H4 (vélo à propulsion manuelle) en continuant d’appliquer sa «règle des cinq secondes». «Quand tu as absolument tout donné, continue encore cinq secondes. C’est là que tu fais la différence.»

L’année suivante, il abandonne la course automobile, se lance à corps perdu dans l’aventure du handisport, travaille à améliorer les capacités de son engin et à changer le regard des gens. Sa victoire à New York en 2011 lui ouvre les portes des Jeux paralympiques de 2012. A Londres, clin d’œil du destin, il remporte sa première médaille d’or sur l’ancien circuit de F1 de Brands Hatch. Il en gagnera une autre, puis encore deux autres en 2016 à Rio. Il est plus titré que durant sa première carrière, mais surtout plus connu et plus aimé. Il est ainsi l’une des voix de la franchise des films d’animation Cars.

«Il a changé notre perception du handicap»

Par son courage, sa ténacité, mais aussi son optimisme et son humour, Alex Zanardi est en effet rapidement devenu l’une des personnalités préférées des Italiens, souvent dégoûtés des dérives des stars ordinaires. Il n’est pourtant pas sans défaut mais il sait en rire: «Je suis Alex Zanardi, j’ai toujours eu besoin de me faire remarquer et j’ai parfois la grosse tête.» Péchés d’autant plus véniels qu’il les met au service des handicapés, écrivant des livres, présentant des émissions de télévision. En 2013, il est même la caution morale du groupe Barilla qui, contraint de faire oublier les propos homophobes de son président, le nomme au sein d’un comité pour la diversité et l’intégration. «Par ses résultats et son charisme, Alex a changé notre perception du handicap», a rappelé La Gazzetta dello Sport, citée par l’AFP.

Visage souriant de la résilience, il participait il y a quelques semaines à «Ne jamais renoncer», un programme télé conçu pour soutenir le moral du pays en plein confinement. «Il est toujours possible que la foudre me tombe dessus une deuxième fois, expliquait-il en 2014. Mais rester à la maison pour l’éviter, ce serait arrêter de vivre.»

Le 19 juin, au détour d’une vie aventureuse, un banal camion a brutalement jeté à terre son handbike en carbone, reconnaissable au cocon central dans lequel il glissait ses cuisses atrophiées. Alex Zanardi a été placé en coma artificiel. Il souffre de plusieurs fractures du crâne et d’une grave blessure à l’œil. L’Italie le veille et prie pour ne pas devoir le pleurer.