Sèche désillusion dans l’humidité d’une soirée de novembre à Schaffhouse: l’équipe de Suisse féminine de football ne participera pas à la Coupe du monde 2019 en France, après avoir enchaîné des qualifications à l’édition 2015 et à l’Euro 2017. Elle a échoué à renverser la sélection des Pays-Bas, championne d’Europe en titre, malgré un nul honorable mardi soir (1-1). 

Les Suissesses abordaient la rencontre avec un passif qui paraissait insurmontable. Vendredi dernier, elles s’étaient inclinées 3-0 contre des adversaires patientes et sûres de leur force. Mais pour la dernière partie de la sélectionneuse Martina Voss-Tecklenburg, celles qui furent ses protégées pendant six ans devaient se forcer à maintenir vive la flamme de l’espoir. «Nous devons prendre des risques, martelait Lia Wälti avant le match retour. Nous n’avons plus rien à perdre.»

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Après tout, le football contemporain a su produire des retournements de situation spectaculaires. Alors, quand l’arbitre Stéphanie Frappart a brandi son carton rouge au visage de la capitaine néerlandaise Anouk Dekker – coupable d’avoir retenu une Ramona Bachmann qui partait seule au but – dès la 7e minute de jeu, le public du Lipo Park s’est pris à rêver d’une «remontada» à la mode schaffhousoise. Et avec lui ses favorites, et leur staff soudainement survolté.

Sans occasion…

Sur le terrain, le pressing des championnes d’Europe – terrible dans les premiers instants de la partie – s’est estompé pour laisser les Suissesses prendre la possession du ballon et le contrôle du match. Par moments, elles n’ont pas manqué de panache. Il y eut de belles ouvertures. D’intéressantes triangulations. Des mouvements inspirés de Ramona Bachmann. Des fulgurances techniques d’Eseosa Aigbogun. Mais à la mi-temps, le constat était terrible: pas une fois la gardienne Loes Geurts n’avait été mise en danger. Sans occasion, point de but, et encore moins de «remontada».

Le public le savait, et avec lui ses favorites, et leur staff aussi. Au retour des vestiaires, la flamme de l’espoir avait pâli. Les Suissesses ont tout de suite eu plus de peine à garder le ballon et à la 52e minute de jeu, la centre-avant Vivianne Miedema a classé l’affaire en ouvrant la marque d’une belle frappe croisée. Pour renverser la vapeur, la Nati devait marquer cinq fois. C’était mission impossible, même si l’égalisation de Coumba Sow (71e) a permis à son équipe de sauver l’honneur et à sa sélectionneuse de ne pas s’en aller sur une défaite.

Un cadre encore jeune

A courber l’échine lors d’un barrage contre les championnes d’Europe en titre, il n’y a pas de honte. Les Suissesses n’ont de regrets à nourrir que quant à la manière dont elles ont négocié la fin de la phase de groupes des éliminatoires. Crispées par l’enjeu, elles avaient enchaîné une défaite en Ecosse (2-1, avec deux buts encaissés dans les six premières minutes de jeu) et un nul contre la Pologne (0-0) pour être privées d’une qualification directe.

Emaillée de nombreux succès depuis 2012, l’ère de Martina Voss-Tecklenburg à la tête de la Nati s’achève ainsi sur un échec. Il appartiendra désormais au Danois Nils Nielsen de reprendre le travail. Il pourra vraisemblablement s’appuyer sur un noyau dur de joueuses intact. Seules deux des vingt-trois footballeuses présentes à Schaffhouse ont atteint la trentaine (la gardienne Gaëlle Thalmann, 32 ans, et la demi Vanessa Bernauer, 30 ans) en plus de Lara Dickenmann (33 ans), blessée, qui manquait à l’appel. Cinq de leurs coéquipières ont 20 ans ou moins, et n’attendent que de rallumer la flamme de l’équipe de Suisse.