La couverture du livre est déjà disponible sur Internet. Elle montre une maison en ruine, avachie au bord d'un chemin boueux, dans une campagne morne. Patty Schnyder est prostrée, tête basse, raquette en bout de main. Entre les planches qui barrent les fenêtres jaillissent des larves pullulantes, puis une chauve-souris. L'ouvrage s'intitule The White Mile, il sortira en libraire l'an prochain et il dira toute la vérité, notamment la plus glauque.

Patty, promis, racontera les «talibans», ces géniteurs qui l'ont dépouillée de son insouciance et de son compte en banque. Elle racontera Rainer Harnecker, obscur guérisseur au regard exorbité, grand prêtre du jus d'orange pressé dont elle s'était follement éprise. «Le livre racontera ce dont les humains sont capables pour l'argent et le pouvoir», prévient la notule. «Les bons et les méchants apparaîtront au public de manière limpide, sans que nous les désignions d'un doigt accusateur», met en garde Patty Schnyder qui, au bord de la paranoïa, précise: «Quand je joue beaucoup, je laisse Rainer écrire.»

Rainer, patronyme Hofmann, fut le détective privé engagé par la famille Schnyder pour, entre autres, vérifier les fonctions roboratives de l'orange pressée. Les conclusions du rapport d'enquête furent impitoyables: «Votre fille est naïve. Elle se laisserait envoûter par n'importe qui.» Tant qu'à faire, ce fut lui, Rainer Hofmann, un procès pour escroquerie, une interdiction d'entrée sur sol américain, plusieurs plaintes pour non-reconnaissance de paternité, dont une a abouti. Rainer Hofmann, débrouillard par métier, ancien commerçant, détrousseur de vertus et détective privé, reconverti en époux de célébrité, coach de tennis, joueur de billard et biographe d'écorchée.

Le couple a déjà écrit cent pages. Le sujet intrigue beaucoup à Paris, où la Bâloise a franchi le cap du deuxième tour, hier, à la lisière de la nuit, en battant la Slovaque Jarmila Gajdosova 6-4 6-2. La forme est bonne. Elle s'exprime aussi dans l'acrimonie et la colère. Contre les omissions de la télévision: «Où est la DRS? Je ne la vois jamais.» Contre l'ingratitude des quotidiens à grand tirage, dont un écope de ses silences pour n'avoir pas relayé ses résultats à Charleston: «Je mène une carrière de dimension planétaire. Curieusement, on écrit davantage sur moi à l'étranger que dans mon petit pays. Même l'Allemagne a voulu que j'adopte sa nationalité.» Contre le machisme de la Suisse nombriliste: «Parmi les cinquante personnalités les plus influentes de l'année ne figure aucune femme. C'est écœurant.»

Brillante numéro neuf mondiale, rejetée dans l'ombre de Roger Federer et Martina Hingis en Suisse, frappée par la désaffection d'un pays gâté, certes, mais aussi déçu. Au gré de ses amours sulfureuses, «unsere Patty» a terrassé l'image de Heidi que, jeune, elle fuyait avec des insurrections de midinette. «Je ne suis pas sur terre pour être gentille», avait-elle vainement tenté. A cette époque, la brave fille aurait pu vendre n'importe quel yoghourt entier ou fromage d'alpage sans risquer l'usurpation d'identité. Mais la Suisse bien-pensante l'a lâchée, faute de toujours pouvoir la suivre dans ses révoltes; plus d'empathie pour la Heidi des faubourgs, recluse dans une idylle ascétique et violemment contestée, dans des souvenirs sordides et des postures de militante, déclinées aujourd'hui à toutes les modes: Greenpace, Union suisse des paysans, Fondation Théodora, chenils, foyers pour handicapés.

Alors, sa carrière avance en sourdine, exagérément mésestimée, mollement menée. Pieds qui raclent le sol, jovialité patraque, soupirs boudeurs. Cinq, dix, quinze éliminations aux portes de l'adoubement, faute d'ambition et de hardiesse, en fonctionnaire de la confrontation sportive. Patty Schnyder fait commerce de son destin chaotique mais, hélas, la compétition ne sera jamais son exutoire. C'est son plus beau gâchis.