Edson Carpegiani fait partie du Servette FC depuis septembre dernier. Ami de Marc Roger, il est arrivé en catimini, avec la fonction d'interprète – il parle parfaitement le portugais, l'espagnol et le français – au service d'un groupe miné par des soucis de communication. Deux mois plus tard, le Brésilien de 45 ans, ancien joueur de Botafogo et de Cannes notamment, est officiellement directeur sportif du club genevois. Avec réalisme et modestie, il expose son projet. Et demande du temps pour le mener à bien.

Le Temps: Depuis le mois de septembre, vous avez tour à tour fait office d'interprète à l'ex-entraîneur Marco Schällibaum, d'adjoint à son successeur Adrian Ursea, de conseiller en management, puis de directeur sportif. Quelles sont aujourd'hui vos fonctions concrètes au sein du Servette FC?

Edson Carpegiani: Je n'aime pas me mettre en avant et je me considère comme un homme de l'ombre. Je suis responsable de tout ce qui concerne le secteur sportif. Je réfléchis et je travaille, tout en sachant que les joueurs sont les seuls véritables acteurs d'un club. Ma tâche consiste à faire le lien entre l'équipe, le staff technique et la direction.

– Aviez-vous prévu de prendre aussi vite autant d'importance dans l'organigramme du club?

– Non, je n'ai jamais rien demandé. Depuis que j'ai organisé la venue de Pelé à Genève, en avril dernier, je suis revenu voir un match de temps à autre, sans jamais intervenir dans l'organisation du club. Mais le poste de directeur sportif était vacant. Lorsque Marc Roger m'a demandé de m'impliquer, j'ai accepté par amitié.

– Le connaissez-vous depuis longtemps?

– Je l'ai rencontré il y a 20 ans, lorsque je jouais à Alès, sa ville. Nous sommes devenus amis alors qu'il n'avait encore aucun rôle dans le football. Lorsqu'il est devenu, par la suite, agent de joueurs, il nous est arrivé de collaborer. Mais notre relation va bien au-delà du sport.

– Servette connaît une première partie de saison décevante et mouvementée. Quelle est votre stratégie pour la suite?

– Le football ne se parle pas, il se travaille. Si j'ai accepté ce challenge passionnant, c'est parce que je crois en ce club. Mais on ne vient pas à bout d'un tel chantier du jour au lendemain. Nous avons besoin de temps et d'indulgence. Petit à petit, nous nous organisons pour que Servette retrouve une place digne de son rang. Vu la situation actuelle, nous devons faire preuve d'humilité. Agissons d'abord, nous parlerons ensuite.

– Marc Roger n'a-t-il pas commis une erreur en affirmant, avant même le début du championnat, que Servette serait champion?

– Il a le défaut de ses qualités. Marc est quelqu'un d'extrêmement généreux, bosseur et enthousiaste. Parfois, cela peut déborder. Nous avons la même vision des choses, mais je suis un peu plus pondéré. L'enthousiasme est indispensable à la réussite, mais il ne doit pas l'emporter sur la raison.

– Malgré votre pondération, vous avez passé un sacré savon aux joueurs à la mi-temps du match de Coupe finalement perdu face à Sion. Quelle a été la nature de votre discours?

– Joker. Que les choses aillent bien ou non, un vestiaire a besoin de garder ses petits secrets. C'est une question de confiance. Disons que ce match revêtait une signification particulière pour nos supporters et tous ceux qui soutiennent le club. Nous avons désormais une dette envers ces gens.

– Comment les faire revenir au stade?

– Servette est un emblème à Genève. Ce club possède 114 ans d'histoire et les joueurs doivent prendre conscience de tout ce que cela représente. En respectant tous ceux qui accompagnent l'équipe, du modeste ouvrier au client le plus huppé. Nous devons être l'instrument de leur passion. Pour moi, l'union est la finalité du sport. Ceci dit, tous les publics du monde ont le même souhait: ils veulent une équipe qui gagne.

– Intervenez-vous dans les choix tactiques concernant l'équipe?

– Du premier supporter aux dirigeants, nous sommes tous des entraîneurs dans l'âme. Je donne parfois mon avis, mais Adrian Ursea et Stefano Ceccaroni ont les pleins pouvoirs.

– En tant que Brésilien, vous devez avoir une vision plutôt festive du football.

– Je suis fier d'être Brésilien et je pense qu'une équipe doit offrir du plaisir à son équipe. Mais je reviens à la nécessité du résultat. Il s'agit de trouver le bon équilibre entre spectacle et performance comptable.

– Servette, qui a engagé une vingtaine de joueurs cette saison, possède-t-il le contingent adéquat pour atteindre cet objectif?

– Tous les joueurs avaient signé avant mon arrivée. Il est toujours possible d'améliorer les moyens à disposition, mais j'ai confiance en ceux qui sont là. A nous de leur donner les moyens d'être plus performants que jusqu'à présent.

– En engageant, comme vous l'avez fait, un préparateur psychologique?

– En football, le succès dépend d'une somme de petits détails et il faut tous les soigner. Je pense que Daniel Cohen, très réputé dans son domaine et habitué à intervenir auprès de grosses sociétés, peut optimiser le rendement des joueurs, même s'il ne marquera jamais un but. Là aussi, il faudra du temps avant d'enregistrer les bénéfices de cette démarche.

– Qu'en est-il du dossier Pelé, dont vous aimeriez faire un ambassadeur servettien?

– Pelé, dont je suis proche, s'est déclaré très convaincu par sa visite au printemps dernier. Il a été très touché par l'accueil des Genevois et souhaite jouer un rôle pour le club. Je considère qu'il s'agit là d'un honneur pour le sport suisse en général. Comme Pelé a beaucoup de contrats publicitaires, il y a plusieurs choses à régler d'un point de vue juridique avant de finaliser notre collaboration. Mais plus on flirte avant de se marier, plus il y a de chances que cela fonctionne ensuite. Là aussi, nous avons besoin de temps.

– Vous ne cessez de réclamer du temps. C'est donc que votre action s'inscrit sur le long terme.

– Pas obligatoirement. Cela peut paraître vieux jeu, mais le seul contrat que j'ai passé avec Marc Roger est d'ordre moral. Je suis très flatté de la confiance que Servette m'accorde et j'espère l'honorer. Tant que j'éprouverai du plaisir et que je croirai en le succès de l'opération, je serai là. Mais je ne maîtrise pas tous les paramètres.