Hockey sur glace

En éliminant Langnau, le LHC a remporté plus qu’un match

Fondé il y a près d’un siècle, le Lausanne Hockey Club disputera dès mardi, face à Zoug, la première demi-finale des play-off de son histoire. Ambitieuse, l’équipe vaudoise est en train de réussir son pari: six ans après son retour en National League, elle peut espérer à moyen terme viser le titre

Pour Heinz Ehlers, l’histoire se répète. L’entraîneur des Langnau Tigers n’a pas réussi à hisser son équipe en demi-finale des play-off, perdant samedi soir lourdement (8-1) le septième match de la série qui l’opposait au Lausanne Hockey Club. Ce LHC avec lequel il avait également frôlé l’exploit il y a quatre et cinq ans lors de quarts de finale homériques contre Berne et Zurich, deux séries elles aussi disputées en sept matchs.

C’est donc finalement Ville Peltonen qui est entré dans l’histoire du club vaudois, lui permettant, à l’approche de son centenaire, de disputer sa première demi-finale. En début de saison, certains observateurs se demandaient si l’entraîneur finlandais avait les capacités de s’imposer sur le banc d’une équipe pour laquelle Ken Stickney, son propriétaire américain, a de grandes ambitions. A savoir en faire un cador se battant chaque année pour le titre. Mission accomplie: à quelques mois de l’ouverture de sa nouvelle patinoire, le LHC a clairement passé une étape décisive en éliminant avec Langnau un club difficile à jouer, car préférant la rigueur défensive à l’inventivité offensive.

Premier but libérateur

Lors des trois premières rencontres disputées à domicile, le LHC avait par deux fois été terrassé 1-5 après avoir ouvert le score, se montrant incapable de gérer la pression, comme tétanisé par la peur de gâcher une saison bouclée à une belle 3e place. Samedi soir, l’équipe n’a jamais douté et a joué de manière totalement libérée, alors qu’on l’attendait fébrile. A l’issue du match, le capitaine Etienne Froidevaux confiait que le déclic était venu du premier but, inscrit par Dustin Jeffrey alors que le LHC évoluait en infériorité numérique. «Dans un match, il y a toujours des moments clés. Ce but est tombé au moment parfait, il a créé une bonne énergie et nous a calmé les nerfs.»

Il y a douze mois, le club vaudois avait connu une énorme désillusion, devant se contenter des play-out alors qu’en début de saison il se voyait déjà batailler pour une place en demi. En octobre dernier, après six défaites consécutives, il avait de nouveau douté. Mais Peltonen n’a pas tremblé et les résultats ont suivi. Pour Froidevaux, ces mauvaises passes ont incontestablement permis à l’équipe de grandir. «Ceux qui étaient là l’année dernière ont beaucoup appris, ça nous a rapprochés.» Joël Vermin, qui dispute sa deuxième saison sous les couleurs lausannoises, se montre plus pragmatique: «L’année dernière, les matchs étaient serrés et on les perdait; cette année c’est la même chose, mais on gagne. Il faut simplement jouer, car perdre ou gagner ne tient pas à grand-chose parfois.»

Equipe complémentaire

Dimanche matin, Jan Alston évoquait lui aussi l’adversité comme un mal nécessaire. «Nous avons l’équipe la plus jeune de la ligue. Avoir dû gérer une série en sept matchs, avec toutes les émotions qui vont avec, aura été une bonne expérience pour les joueurs; ça va leur servir pour la suite», analyse le directeur sportif, parfois critiqué pour ces choix par des supporters impatients, mais qui a su construire par étapes une équipe solide, attractive et complémentaire. La preuve samedi avec huit buts inscrits par huit joueurs différents. «Toutes les lignes ont marqué et c’est un bon signal, surtout si tu veux gagner les play-off», se réjouissait d’ailleurs Vermin à chaud.

Froidevaux évoquait des moments clés. Ce septième match remporté avec la manière en est assurément un, non pas uniquement dans cette saison 2018-2019, mais plus globalement dans l’histoire du club. Dès mardi, le LHC se frottera à Zoug, qu’il a battu à trois reprises en quatre matchs durant la saison régulière. Une équipe qui aura eu neuf jours de repos après avoir facilement éliminé Lugano en quatre matchs. «Est-ce que ça change quelque chose? On en reparlera après cette demi-finale, sourit le capitaine. J’ai vu des équipes capables d’enchaîner les matchs et de garder le rythme, alors que d’autres ont besoin de pauses. J’espère que l’énergie de ce septième match va nous aider à bien commencer.»

«Zoug n’est pas archi favori»

La saison du LHC est d’ores et déjà réussie. Si une élimination face à Langnau aurait été perçue comme un camouflet, une défaite face à Zoug n’aurait rien de honteux. La pression sera d’ailleurs du côté alémanique. Mais forcément, les Lausannois ne veulent pas s’arrêter là. «Ils étaient 2es de la saison régulière, nous 3es; ils ne sont donc pas archi favoris», affirme Vermin. De son côté, Alston explique que «partout sur la planète, le premier tour des play-off est la série la plus difficile à gagner». Maintenant que Lausanne a fait sauter le verrou emmentalois, tout peut arriver. Et le directeur sportif de saluer le leadership de joueurs d’expérience, qui ont montré la voie à suivre, ainsi que le caractère affiché par toute l’équipe. «Ça compte plus que le coaching et les schémas tactiques.»

Le LHC a-t-il les moyens d’accéder à la finale? Oui. Mais le plus important est probablement la confiance insufflée dans le vestiaire par ce quart de finale riche en émotions. Dorénavant, le LHC sait qu’il a les moyens de ses ambitions, qu’il peut véritablement espérer à moyen terme viser le titre. Depuis la création du club en 1922, c’est une première.

Publicité