Malgré la pluie et le vent qui étaient de retour lundi aux Sables-d'Olonne, les gens faisaient patiemment la queue, tout au long de la journée, pour pouvoir fouler le ponton et toucher les deux voiliers revenus de ce tour du monde.

L'admiration que suscitent auprès du grand public les concurrents du Vendée Globe est incommensurable. Ellen McArthur a pu le constater lors de son arrivée triomphale dimanche soir dans la cité vendéenne. Les gens étaient venus nombreux s'amasser le long des jetées et des quais, sur les balcons et les toits des maisons. En chœur, ils scandaient le nom de la jeune navigatrice anglaise, entrée dans la légende en ce 11 février 2001 en tant que première femme et plus jeune skipper à boucler un tour du monde en solitaire sans escale et sans assistance en moins de 100 jours. Certains étaient déjà venus samedi soir pour saluer le retour du vainqueur, Michel Desjoyeaux, mais pas tous. «Ce qu'il a fait est très bien sur le plan sportif. Mais c'est la dimension humaine d'Ellen qui nous a poussés à nous déplacer», expliquent deux passants.

Alors que l'arrivée de Desjoyeaux fut très festive, celle de McArthur fut davantage chargée d'émotion. De nombreuses personnes avaient les larmes aux yeux lorsque la jeune Anglaise s'est accrochée à son bateau, ce «meilleur ami», qu'elle ne voulait pas quitter alors que son équipe lui suggérait de poser pied à terre afin de respecter le programme minuté. «Bravo Ellen. Tu es l'un desjoyeaux du Vendée Globe», pouvait-on lire sur une banderole agitée au milieu de la foule.

«Je crois que les gens ont plus de facilité à s'identifier à elle. Michel (n.d.l.r.: Desjoyeaux) est un pro, expérimenté, depuis longtemps sur le circuit, bien préparé. Sa victoire est presque logique. Ellen est jeune, avec beaucoup moins d'expérience, analyse Philippe Jeantot, l'organisateur de l'épreuve. Elle a séduit par cette chaleur, cette spontanéité, cette fraîcheur, cette simplicité…» L'ancien navigateur est particulièrement touché par la manière dont elle parle de son bateau. «Cela me donne des frissons car j'avais le même rapport de communion avec le mien. Chez elle, c'est presque sensuel.»

Ellen McArthur n'a cessé de répéter depuis son retour que l'arrivée avait été l'un des moments les plus forts de sa vie, mais que le fait de devoir quitter son bateau avait été en revanche le moment le plus dur de sa course. «Oui, c'est vrai, je suis amoureuse de mon bateau, avoue-t-elle de sa petite voix. Je l'ai vu grandir. Nous avons vécu beaucoup de choses tous les deux. Il a pris soin de moi et j'ai pris soin de lui. C'est ensemble que nous avons fait ce tour du monde.»

Cet amour pour ce voilier dessiné et construit pour elle en Nouvelle-Zélande est ce qui lui a donné la force de monter à maintes reprises en haut de son mât de 27 mètres par une mer souvent agitée, de s'épuiser à réparer le moindre problème technique. «Chaque avarie était quelque chose de très dur pour moi. Je ne supportais pas de voir mon bateau endommagé. C'était comme de voir un ami malade», souligne-t-elle.

C'est cette immense sensibilité qui plaît chez cette jeune fille originaire du Derbyshire, une région éloignée des mers, qui dès l'âge de 9 ans a tout fait pour réaliser son rêve de tour du monde en solitaire. «J'espère que mon histoire servira à montrer aux enfants que, si on a un rêve au fond de soi, il est possible de le réaliser.»

Ce qui ne l'empêche pas d'insister sur sa chance d'avoir pu vivre ce qui restera longtemps pour elle la plus belle histoire de sa vie. «J'étais heureuse en mer avec mon bateau. Dans les moments très durs, lorsque je pleurais, j'étais portée par l'énergie de mon équipe et de tous ceux qui me suivaient. Et, surtout, je savais pourquoi j'étais là. Parfois c'était dur, mais je savais que c'était mon choix d'être là. Contrairement à des gens qui luttent dans des situations difficiles qu'ils n'ont pas choisies.»

Elle fait notamment allusion aux enfants souffrant de leucémie à qui elle a rendu visite dans plusieurs hôpitaux avant son départ et dont certains se sont déplacés dimanche soir pour son arrivée. «J'ai pu leur parler un petit moment. Voir le sourire de ces enfants qui luttent contre cette maladie qu'ils n'ont évidemment pas choisie, leur plaisir de me parler, m'a beaucoup touchée. Le fait de pouvoir partager ce que j'ai vécu et apporter un peu de soleil dans leur vie me remplit de bonheur.»

Les mots sont vrais, le ton timide. Ellen McArthur, à peine revenue sur terre, ne mesure pas encore l'ampleur de l'engouement qu'elle a suscité. «Il paraît que c'est de la folie en Angleterre, j'ai du mal à m'imaginer! J'espère que, quand je rentrerai – après avoir attendu le retour des autres concurrents que je tiens à accueillir – ,les choses seront comme avant. Car je n'ai pas changé. Je ne suis pas une superstar. Je suis Ellen, la même qui à 9 ans rêvait de ce tour du monde et qui aujourd'hui est heureuse d'avoir fait un petit voyage en bateau.»