Emmanuel Magnien a été sanctionné, hier, par la formation disciplinaire de la Ligue du cyclisme professionnel français de six mois de suspension avec sursis, qui l'a également mis hors course du Tour de France. Il s'est dit «scandalisé par cette décision condamnant un innocent» qui pourrait le priver des Jeux olympiques. Le Français faisait l'objet d'une procédure disciplinaire après avoir été contrôlé positif lors de la 16e étape du Tour, à Morzine, où des corticoïdes avaient été retrouvés dans ses urines. Le 29 juin, soit deux jours avant le départ du Tour, il avait subi une injection de Kénacort 80, un médicament autorisé sous restriction thérapeutique. Son médecin, le docteur Gérard Guillaume, lui avait administré de la cortisone par voie intramusculaire, un acte interdit par l'Union cycliste internationale (UCI). Mais le praticien s'était défendu en expliquant que «c'était le seul moyen de soigner efficacement le coureur» pour qu'il puisse participer au Tour. Il avait ajouté qu'il aurait été «facile de mentionner que l'injection avait été intra-articulaire» (un mode d'administration autorisé par le règlement), mais qu'il avait «refusé de tricher».

Emmanuel Magnin, sur les conseils de son avocat, Me Didier Liger, a fait porter au docteur Guillaume, médecin de son équipe, l'entière responsabilité de son contrôle positif. «Quand le médecin m'a fait l'injection, je lui ai demandé si je pouvais avoir des problèmes, il m'a répondu que non à condition que je présente mon carnet de santé. J'avais entière confiance dans le docteur Guillaume. J'ai commis une erreur car, malheureusement, il ne connaissait pas bien le règlement» (le coureur lui aussi est censé le connaître). Le système de défense utilisé par Magnien a provoqué la consternation à la Française des Jeux où le directeur sportif Marc Madiot a apporté son «soutien total» au praticien connu en France pour être l'un des chantres de la lutte anti-dopage. Le docteur Guillaume a jugé l'attitude du coureur «minable et déplorable».

Fait unique dans les annales de la commission de discipline, il a été permis à la presse d'assister aux débats (à l'exception de la confrontation entre le coureur et le médecin). L'avocat a mis en exergue deux fautes que le praticien aurait commises: «Il n'a pas écrit le mode d'administration sur le carnet de santé, ni prévenu Magnien, par écrit, comme le prévoit la loi, que l'usage des corticoïdes était soumis à certaines restrictions. Emmanuel Magnien a été victime d'un médecin en qui il avait totalement confiance, dont la faute n'est pas gravissime, mais lourde de conséquences pour le coureur. La justice serait qu'il aille à Sydney.»

Sur le fond, les deux camps sont d'accord sur deux points. Primo, ni le médecin ni le coureur n'ont voulu tricher. Secundo, la thérapie proposée était la seule envisageable. Sur la forme, en revanche, il est clair qu'en «chargeant» son propre médecin, Emmanuel Magnien a d'abord cherché à sauver sa peau. Une petite phrase prononcée par le coureur semblait en dire long à ce sujet: «Je me suis défendu avec les armes que j'avais…»