L'avant-dernière semaine a été riche en événements footballistiques de haut niveau. Ainsi avons-nous pu suivre France-Allemagne, Pologne-Suisse ou encore Italie-Argentine. Le plaisir y côtoyait la tristesse, l'admiration succédait à la rage et l'agacement.

Lors du match opposant Allemands et Français, il me revenait à l'esprit un propos déjà tenu dans ces colonnes: le rôle capital du corps arbitral. Devant la violence affichée par quelques joueurs germaniques dans les duels, et plus particulièrement face à Zidane, le laxisme de l'arbitre italien à l'égard des Hammann, Jeremies et autre Ballack contrastait trop grandement avec la volonté affirmée du président de la FIFA, Joseph Blatter, de protéger les meilleurs joueurs de la planète, ces artistes dépositaires du rêve. Au risque de me répéter, une règle a été émise contre le tacle par-derrière, contre la violence gratuite: carton rouge! Aujourd'hui on est loin des performances arbitrales des deux dernières Coupes du monde, et il est temps pour les instances arbitrales de replacer les directeurs de jeu face à leurs responsabilités.

Autres lieux, autres sentiments. Il s'y mêlait sans doute de la rage, mais surtout de la tristesse face à la performance helvétique contre la Pologne, à Chypre. Tout a été dit, mais mon rôle de formateur me pousse à relever des points qui nous ont fait cruellement défaut: l'intensité et le culot, la folie.

Le plus frappant, en Italie et en France, c'est cette agressivité saine développée dans le jeu, que ce soit en possession du ballon ou en phase défensive. Les Français, à qui on reconnaît de grandes qualités techniques, ont démontré un engagement correct et explosif dans la récupération du ballon. On doit absolument pousser nos jeunes joueurs à démontrer plus de volonté dans l'engagement et développer ces qualités mentales à l'entraînement le plus tôt possible.

L'autre aspect, les prises de risques françaises, argentines, italiennes ou polonaises, détonnait encore plus fort avec le manque de folie individuelle des joueurs helvétiques. Et là se pose toute la manière de diriger nos plus jeunes joueurs au niveau de la préformation et de la formation. Il faut donner des outils moteurs et techniques pour que chacun dispose d'une palette de choix dans les gestes, mais cela ne suffit pas. Il est capital de laisser les joueurs essayer, échouer, jouer plus librement, et cesser de les diriger et de décider à leur place. Le coaching des entraînements et du match doit pousser le jeune joueur à oser, à prendre des risques, à faire des choix qui ne soient pas toujours des alibis ou le résultat des choix de l'entraîneur.

Suivons l'exemple du jeune Lyonnais Sydney Govou, 22 ans, 27 matchs en première division, quand, par son agressivité offensive, sa capacité à ne pas calculer son effort, son envie d'aller vers le but adverse, sa folie à dribbler, il explose le grand Bayern Munich. Libérons notre football, des plus petits jusqu'aux joueurs les plus connus…

* Entraîneur-instructeur de l'ASF (Association suisse de football).