«Les enfants, cette semaine on part à Istanbul»

Tennis Roger Federer est inscrit à un petit tournoi pour garder sa fraîcheur et sa motivation

L’argent. Pour quelles autres raisons que financières Roger Federer aurait-il choisi de disputer cette semaine le Tournoi d’Istanbul, un ATP 250 (la plus petite catégorie du circuit) équivalent à Zagreb ou Metz?

Lorsque la nouvelle fut connue, le mythe de la munificence turque imagina un pont d’or entre les deux rives du Bosphore pour justifier la venue du Bâlois entre Europe et Asie.

Alors oui, Federer est très bien payé pour entrer directement au deuxième tour. Un million de dollars, sans doute. C’est le tarif qu’il réclame et obtient partout. Mais l’argent n’est pas sa motivation première. S’il a préféré Istanbul au Masters 1000 de Miami, c’est surtout pour découvrir quelque chose de nouveau. «Les gens n’imaginent pas combien il est plaisant et rafraîchissant de jouer un nouveau tournoi, de découvrir un nouvel endroit ou de revenir là où vous n’étiez plus allé depuis des années», dit-il.

A 34 ans, Roger Federer a passé la moitié de sa vie à voyager trente à quarante semaines par an. Citoyen du monde, il s’accommode de cette vie nomade d’autant mieux qu’il y introduit des escales impromptues. Pour durer, Roger Federer a besoin de se régénérer. Il fut le premier à s’intéresser profondément et sincèrement au Japon, puis à la Chine. En décembre 2012, il partit à la découverte de l’Amérique latine: São Paulo, Buenos Aires, Bogota. L’année suivante, il échoua à organiser une série similaire d’exhibitions en Afrique. En 2014, il se greffa à une tournée en Inde, encore une région qu’il ne connaissait pas.

Un rôle d’ambassadeur

En 2015, il n’a pas poussé le bouchon jusqu’à Liège (pour la Coupe Davis) mais la perspective de participer au premier tournoi ATP disputé en Turquie retint immédiatement son attention. «Lorsque le calendrier est sorti, j’ai tout de suite regardé si c’était compatible avec mon planning.»

Roger Federer est en outre très conscient de son rôle d’ambassadeur de son sport. En toute modestie, il estime de son devoir d’aller au-devant de nouveaux publics, de défricher de nouvelles terres, et même d’offrir son corps à de nouveaux adversaires. «J’avais été heureux et reconnaissant qu’Andre Agassi reste aussi longtemps dans le circuit pour me permettre de l’affronter souvent», admit un jour celui qui n’affronta qu’une fois Pete Sampras.