Tout vient à point pour qui sait attendre. L'adage résume fort bien le début de saison de Sonja Nef. Toujours sur le podium quand elle était à l'arrivée (2e du géant de Sölden, 3e du slalom de Sestrières et 3e du géant de Copper Moutain), il ne lui manquait qu'un peu de réussite pour renouer avec la victoire. C'est fait. Sur la piste Oreiller-Killy, théâtre huit jours plus tôt de l'accident de Silvano Beltrametti, la jolie Appenzelloise n'a laissé aucune chance à ses adversaires. Deuxième de la première manche, elle a accéléré sur le second tracé, laissant la Suédoise Anja Paerson (2e) et l'Autrichienne Michaela Dorfmeister (3e) à plus d'une demi-seconde.

Dans l'aire d'arrivée, quelques minutes après la course, la skieuse de Grub avait conscience d'avoir frappé un grand coup. Et ce pour plusieurs raisons. Avec ce succès, son dixième dans un géant de Coupe du monde, la championne du monde en titre s'est tout d'abord enrichie de 35 000 francs, soit le montant de la prime promise au vainqueur. Elle a aussi – et surtout – prouvé aux sceptiques qu'elle restait la référence en slalom géant, confortant son dossard rouge de leader de la Coupe du monde de la spécialité. Elle a enfin renforcé son potentiel confiance, un élément décisif dans la lutte psychologique qui va s'intensifier à mesure que l'on s'approche des Jeux olympiques de Salt Lake City. Rencontre avec une championne radieuse.

Le Temps: Vous remportez – enfin – votre première victoire cette saison. Attendiez-vous cet instant avec impatience?

Sonja Nef: Je suis bien évidemment comblée, d'autant que je n'avais jusqu'ici jamais fait mieux que 5e à Val-d'Isère. Mais si cette 1re place tombe à pic, je n'ai jamais été inquiète. Je me sens bien depuis le début de saison. J'étais donc certaine de savoir encore gagner. Aujourd'hui, j'ai réalisé deux bonnes manches – même si la 1re n'était pas parfaite –, ce que je n'avais pas encore réussi à faire depuis le début de saison.

– Les JO de Salt Lake City sont votre principal objectif cette saison. Avez-vous effectué une préparation particulière en vue de cette échéance capitale?

– Oui, car les Jeux représentent un événement à part. L'ambiance est différente, les pistes nouvelles et la pression supérieure à celle des courses de Coupe du monde. Afin de mettre toutes les chances de mon côté, je suis partie cet automne me préparer en Nouvelle-Zélande avec Sepp Brunner, mon entraîneur. Je ne regrette pas ce choix, les conditions étaient parfaites. Je me suis entraînée sur de la neige artificielle à seulement 1100 mètres d'altitude. En Europe, à cette période-là, il faut monter à 3500 mètres au moins pour trouver de la neige, ce qui éprouve l'organisme. Résultat: je ne me suis jamais sentie aussi en forme au mois d'octobre que cette année.

– Quel sera votre objectif aux Jeux? L'or en géant et en slalom?

– Non (en riant)... J'ai beaucoup d'espoirs… Comme je maîtrise bien ces deux disciplines, je serais bien entendu déçue de ne pas monter au moins une fois sur le podium. Mais sur une course, tout peut arriver. Jusque-là, j'espère rester en bonne santé et emmagasiner un maximum de confiance pour être la plus forte possible le jour «J».

– Comment avez-vous géré ce début de saison noir, avec le décès de Régine Cavagnoud et la terrible chute, ici à Val -d'Isère, de Silvano Beltrametti?

– La semaine dernière a été très difficile à vivre pour nous tous. Tout cela quelques semaines seulement après le décès de Régine… La vie est parfois très dure. Cela m'a fait réfléchir à la finalité de notre sport. Alors, bien sûr, même si j'ai des ambitions sportives et la passion de mon métier, elles passent au second plan après de tels accidents. D'un autre côté, je me dis que ça fait partie de la vie… et du ski de compétition. On sait toutes et tous que les risques existent. En particulier dans les disciplines de vitesse.

– Dans un registre plus agréable, vous venez d'être sacrée «sportive suisse de l'année». Une distinction qui ajoute encore à votre popularité, particulièrement forte en Suisse alémanique. Comment vivez-vous cet engouement? Ressentez-vous une pression supplémentaire?

– Je dois tout d'abord dire que je suis très fière de cette nomination, car elle provient d'un vote populaire. Cette reconnaissance me touche donc beaucoup. Concernant la pression, peut-être que ce remue-ménage l'accentue un peu. Mais c'est une composante de mon métier, et je suis habituée à focaliser l'attention.

– Pouvez-vous encore passer une journée tranquille à la maison?

– Oui, j'en ai d'ailleurs besoin. S'il y a un coup de fil, je laisse mes parents répondre…

– A 29 ans, pense-t-on déjà à sa reconversion?

– Bien sûr. Mais je ne sais pas quand je vais m'arrêter. C'est une réflexion qui surgit à chaque fin de saison quand on s'approche de la trentaine. Je pense que je continuerai tant que je me sentirai bien et que les résultats suivront. J'aimerais bien participer aux Mondiaux de Saint-Moritz, en 2003. Quant à ma reconversion, je suis consciente qu'il serait très difficile de couper avec un milieu dans lequel j'ai évolué si longtemps. Je me vois donc bien faire un travail de représentation pour l'un de mes sponsors.