Le calendrier était un peu étrange. Après deux victoires contre la Bulgarie et la Lituanie comptant pour les éliminatoires de la Coupe du monde 2022, et avant de retrouver leurs clubs pour une fin de saison aux allures de sprint, les joueurs de l’équipe de Suisse de football devaient encore affronter la Finlande ce mercredi soir en match amical.

Comment motiver les troupes dans un tel contexte? En insistant sur la perspective quasi immédiate de l’Euro, bien sûr: les hommes de Vladimir Petkovic ne se retrouveront qu’en mai, au moment de préparer le tournoi qui doit les voir affronter le Pays de Galles, l’Italie et la Turquie au premier tour. Le sélectionneur a décidé de profiter de cette partie sans enjeu pour défier les évidences. Un autre système. D’autres hommes. Comme pour voir si certains de ses choix méritaient d’être réévalués ces prochaines semaines.

Au bout du compte, il y eut un succès 3-2 sur des buts de Mario Gavranovic, Ruben Vargas et Haris Seferovic. Cela lui donnera bien sûr matière à réfléchir. Mais il faut bien le dire: son plan estival paraît d’ores et déjà assez clair.

Système de jeu: un 3-5-2 avec Xherdan Shaqiri en majesté

Jusqu’à la Coupe du monde 2018 en Russie, Vladimir Petkovic a articulé son équipe de Suisse en 4-2-3-1, la formation quasiment incontournable de l’époque, dans une version qui mutait vers le 3-5-2 en phase offensive. Depuis, l’absence en sélection de certains joueurs clés (Valon Behrami surtout) et la montée en puissance de plusieurs défenseurs centraux l’ont poussé à adopter un vrai 3-5-2. Deux particularités:

  • Les joueurs de couloir peuvent être indistinctement des latéraux (Mbabu, Widmer) ou des ailiers (Zuber, Vargas, Edimilson), ce qui ouvre de nombreuses possibilités mais lance un sacré défi d’abattage aux élus, qui sont attendus tant en repli dans les phases défensives qu’en soutien à l’attaque. La capacité à amener le danger dans le camp adverse sera sans doute déterminante.

  • Le système semble presque avoir été composé pour mettre Xherdan Shaqiri en majesté, c’est-à-dire dans un rôle de numéro 10 à grande liberté d’action. Dans un passé pas si lointain, le manque de temps de jeu à Liverpool du feu follet laissait Vladimir Petkovic chafouin et il rechignait à véritablement construire son équipe autour de lui. C’est aujourd’hui ce qui semble se profiler pour l’Euro, impression renforcée par le brassard de capitaine qui lui fut confié contre la Finlande (en l’absence du titulaire Granit Xhaka).

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Mercredi, le sélectionneur a mis ce dispositif entre parenthèses pour lui préférer un 3-4-2-1 avec deux milieux offensifs (Shaqiri et Fernandes) derrière un seul attaquant (Gavranovic). Il s’agit sans doute d’une variante envisagée soit dans certaines circonstances de match, soit en fonction des joueurs à disposition.

Titulaires: un «onze» clair à 80%

Il peut évidemment se passer beaucoup de choses jusqu’au mois de juin, à commencer par des blessures. Mais dans le cas où Vladimir Petkovic devait pouvoir compter sur tous ses hommes, son «onze» de base devrait ressembler à celui-ci:

Deux positions restent relativement incertaines.

  • Débat 1: qui sur le flanc gauche? Il y a quelques années, ce poste de couloir aurait été taillé sur mesure pour Ricardo Rodriguez, mais à 28 ans, le latéral a un peu perdu de sa superbe. Cela fait quelques années qu’il joue un rôle offensif moins affirmé en équipe de Suisse (malgré quelques buts), et son temps de jeu au Torino s’est considérablement réduit depuis début 2021. Pour un homme appelé à multiplier les courses de haute intensité, cela peut poser problème. Vladimir Petkovic ne l’a même pas testé sur cette position ces derniers jours, le faisant évoluer en défense contre la Bulgarie et la Lituanie. A vrai dire, le sélectionneur semble privilégier une option plus offensive pour ce flanc, avec soit Steven Zuber, soit Ruben Vargas. Le premier est plus puissant, plus expérimenté, peut-être plus travailleur. Le second possède une qualité rare dans le groupe: la capacité de provoquer, de dribbler, d’éliminer en un contre un.

  • Débat 2: qui avec Granit Xhaka dans l’axe? Il y a débat, mais il n’y a pas de problème, car les deux possibilités sont tout aussi excellentes l’une que l’autre. Il y a d’abord Remo Freuler, qui sans faire beaucoup de bruit approche de sa trentième sélection en équipe nationale. A l’Atalanta, le demi occupe une position plus offensive et se met davantage en évidence, mais il faut reconnaître qu’il ne rend jamais une mauvaise copie avec la Nati non plus. Son concurrent n’est autre que Denis Zakaria. La puissance, l’abattage et l’énergie du milieu genevois font de l’œil aux plus grands clubs et il y a peu de doutes sur le fait qu’il sera l’un des patrons de l’équipe ces prochaines années. Mais son heure a-t-elle déjà sonné?

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Pour le reste, les choses sont assez limpides. Yann Sommer ne bougera pas de sa cage. S’il peut faire son retour, Fabian Schär retrouvera sa place dans l’axe au bénéfice de sa qualité de relance et de son jeu de tête. Manuel Akanji, Nico Elvedi, Granit Xhaka, Xherdan Shaqiri, Haris Seferovic et Breel Embolo ne seront pas inquiétés. Et sur le flanc droit, Kevin Mbabu semble partir avec une bonne longueur d’avance sur Silvan Widmer.

La liste des 23: quelques places à prendre

Au-delà des joueurs évoqués, dont la place dans les 23 est assurée, reste à voir qui Vladimir Petkovic emmènera à l’Euro. La liste établie pour les trois matchs qui viennent d’être disputés (disponible ici) était assortie d’une réserve de dix joueurs, dans laquelle les éventuelles surprises sont à chercher.

A moins que le sélectionneur ne pioche dans les jeunes talents qui disputaient ces jours le Championnat d’Europe des moins de 21 ans? Ce n’est pas impossible, surtout pour un profil tel que celui de Jordan Lotomba, déjà régulièrement aligné à l’OGC Nice, en Ligue 1 française.

Il faut se rappeler que Vladimir Petkovic, à la manière d’un joueur d’échecs, a toujours un coup d’avance. Il aime convoquer pour les grands tournois quelques joueurs dont il sait qu’ils n’auront pas un rôle de premier plan à endosser, mais qu’il souhaite préparer pour l’avenir. A ce titre, la présence du très jeune Becir Omeragic (19 ans) ne serait pas vraiment une surprise.

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Le camp d’entraînement de la Nati en vue de l’Euro débutera le 24 mai à Bad Ragaz. Vladimir Petkovic devra communiquer ses choix définitifs le 1er juin, entre des amicaux contre les Etats-Unis (30 mai) et le Liechtenstein (3 juin).