Depuis les années 70, la prévalence de l’obésité continue à augmenter et représente un problème majeur de santé publique. En effet, elle engendre des risques accrus de contracter des pathologies chroniques, telles que l’hypertension artérielle, le diabète de type 2 et certains types de cancer, qui peuvent augmenter le risque de mortalité. Selon une étude publiée en 2016 dans The Lancet, le pourcentage de la population mondiale considérée comme obèse [indice de masse corporelle (IMC) > 30 kg/m2] est passé de 3,2% en 1975 à 10,8% en 2014 chez l’homme, et de 6,4% à 14,9% chez la femme.

L’étiologie de l’obésité est un phénomène multifactoriel et complexe qui dépend essentiellement d’un déséquilibre de la balance énergétique, avec une augmentation des apports énergétiques (prise alimentaire) et une diminution de la dépense énergétique journalière. Une étude menée par le centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et l’école polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) a mis en évidence que des conditions socio-économiques défavorables, et notamment un niveau de précarité plus élevé, peuvent engendrer un risque accru de développer un surpoids pour les personnes ayant une prédisposition génétique à l’obésité.

La communauté scientifique partagée

Afin de rééquilibrer la balance énergétique, nous pouvons agir sur la diminution des apports énergétiques, en mangeant moins et/ou mieux, et sur l’augmentation de nos dépenses énergétiques journalières, en augmentant notre niveau d’activité physique journalière et/ou sportive. Dans le sport, l’entraînement en endurance peut donc avoir un rôle central dans la prévention du surpoids et dans la prise en charge de la personne obèse, grâce à ses effets sur l’augmentation de la dépense énergétique journalière, mais surtout sur l’amélioration de l’aptitude physique; permettant ainsi de diminuer les risques de pathologies secondaires liées à l’obésité.

Mais la question de l’entraînement d’endurance le plus adapté pour optimiser la prise en charge de la personne en surpoids ou obèse fait débat au sein de la communauté scientifique. Faut-il un entraînement intermittent de courte durée à une intensité élevée ou un entraînement de moyenne/longue durée à une intensité modérée?

Selon les recommandations internationales, 150 minutes d’activité physique continue à intensité modérée [55-70% de la fréquence cardiaque maximale (FCmax)] par semaine seraient nécessaires pour la santé des personnes. D’autre part, sous l’impulsion des résultats récents de l’équipe de recherche du Professeur Gibala de l’Université de McMaster (Canada), l’entraînement intermittent (interval training), défini comme l’alternance entre des fractions d’effort à intensité élevée et des fractions de récupération à faible intensité, a été proposé pour la prise en charge des personnes sédentaires ou en surpoids.

Effets supérieurs de l’entraînement intermittent

Ces recherches démontrent que l’entraînement intermittent a des effets supérieurs, ou au moins équivalents, sur l’amélioration de l’aptitude physique et de la santé de ces personnes par rapport à l’entraînement continu. De plus, l’entraînement intermittent, de plus courte durée que lorsqu’il est continu, permettrait de limiter le principal frein déclaré à l’activité physique, à savoir le manque de temps.

L’entraînement intermittent peut se classer principalement en 2 catégories: le SIT (Sprint Interval Training) et le HIIT (High-Intensity Interval Training). Le premier est constitué de brèves fractions d’effort (10-30 secondes) effectuées en sprint, tandis que le HIIT est caractérisé par des fractions d’effort plus longues (1-4 minutes) effectuées à 90-95% de la FCmax. Même s’il a été montré que les différents types d’entraînements intermittents sont réalisables, sûrs et efficaces pour les personnes en surpoids ou obèse, le HIIT semble être le plus adapté à cette population.

Effets plus durables de l’entraînement continu

Une étude menée à l’ISSUL a comparé les effets d’un entraînement continu (40-50 minutes à 60-70% de la FCmax) de 2 semaines à un entraînement intermittent (10 x 1 minute à 90% de la FCmax avec une 1 minute de récupération) chez des personnes obèses. Les résultats de cette étude démontrent que les deux types d’entraînement ont la même efficacité pour diminuer la masse corporelle et améliorer l’aptitude physique aérobie.

Cependant, si le travail intermittent permet une amélioration plus importante et plus rapide de cette aptitude, seul l’entraînement continu améliore de manière significative la sensibilité à l’insuline après une intervention de courte durée. De plus, une nouvelle étude portant sur les femmes obèses indique un moindre plaisir associé aux séances de type intermittent, ce qui rend donc plus difficile l’utilisation de cet entraînement sur le long terme avec cette population.

Les résultats de ces deux dernières études suggèrent que les entraînements intermittents et continus doivent être utilisés de manière complémentaire avec les personnes en surpoids ou obèses afin d’optimiser l’entraînement, de favoriser la motivation à participer aux séances et au final l’efficacité des programmes. En parallèle à cette prise en charge par l’entraînement, le maintien, voire l’augmentation, du niveau d’activité physique journalière doit aussi être favorisé. Ces principes sont également applicables à des personnes sédentaires qui ne sont pas en surpoids afin de les inciter à l’activité physique et sportive.


* Davide Malatesta est Maître d’enseignement et de recherche à l’Issul (Université de Lausanne)