Tennis

Entre arbitres et joueurs, une relation ambiguë

Mohamed Lahyani s’est-il rendu coupable de coaching en faveur du joueur australien Nick Kyrgios au deuxième tour de l’US Open? La question, forcément polémique, relance le débat de la proximité des stars et des officiels

Nick Kyrgios avait particulièrement mal commencé sa partie contre Pierre-Hugues Herbert au deuxième tour de l’US Open et, alors qu’il était mené 6-4 3-0, le langage corporel du fantasque Australien hurlait son abattement.

Et puis, scène surréaliste aux yeux des habitués, l’arbitre de la rencontre, Mohamed Lahyani, est descendu de sa chaise et s’est approché de lui avec des mots destinés à le faire réagir. «Je veux t’aider, je veux t’aider. Je sais de quoi tu es capable», lui souffle-t-il devant les indiscrètes caméras de télévision. Quarante-cinq secondes plus tard, le joueur de 23 ans revient sur le court remonté à bloc. Il remporte 19 des 25 jeux qui suivent, et le match.

Le coaching gagnant de l’officiel est instantanément devenu le sujet de discussion numéro un sur la planète tennis. En conférence de presse, Nick Kyrgios a écarté la polémique du revers de la main en assurant que l’intervention arbitrale ne lui avait été d’aucune aide. Dans un communiqué, les organisateurs du tournoi ont affirmé que Mohamed Lahyani avait voulu déterminer si l’Australien avait besoin d’une assistance médicale. Sur Twitter, Pierre-Hugues Herbert a fini par s’agacer: «Ils nous prennent tous pour des imbéciles en nous faisant croire que l’arbitre n’a absolument pas outrepassé ses fonctions…»

Interdiction de «socialiser»

Aussi singulière soit-elle, cette affaire n’est qu’un énième épisode du feuilleton qui documente la relation ambiguë existant, à un haut niveau, entre les joueurs de tennis et les arbitres. Ces derniers n’étant pas très nombreux à jouir d’un statut professionnel et à officier dans les plus grands tournois, ils finissent par bien connaître les athlètes, jusqu’à développer des sympathies ou des inimitiés avec certains, même si le code dont ils répondent leur interdit de «socialiser avec les joueurs ou de devenir intimes avec eux».

Au-delà des sentiments humains, le rapport de force entre joueurs et officiels est très fortement déséquilibré. Surtout lorsqu’il implique une star. A Roland-Garros en 2015, Rafael Nadal avait expressément demandé à ne pas être arbitré par le Brésilien Carlos Bernardes, qui, estimait le Majorquin, lui «mettait de la pression». Et il avait eu gain de cause. C’est ainsi que les meilleurs joueurs font planer une épée de Damoclès au-dessus des officiels, qui peuvent raisonnablement craindre pour leur carrière.

Federer irrité

Mohamed Lahyani a-t-il pris un risque en «coachant» Nick Kyrgios? «Connaissant Mohamed, je ne pense vraiment pas qu’il ait voulu faire cela pour une autre raison que celle de vraiment essayer d’aider Nick à comprendre que s’il continuait comme ça, il risquait d’être averti, ou de recevoir une amende ou une sanction», l’a défendu Novak Djokovic, évoquant un arbitre «très différent des autres», «très positif» et qui «essaie d’apporter son énergie sur le court».

Mais «Momo», ainsi que tout le monde l’appelle sur le circuit, en a aussi irrité plus d’un. Roger Federer lui-même a dénoncé son intervention après sa victoire jeudi contre le Français Benoît Paire: «En tant qu’arbitre, vous prenez des décisions depuis votre chaise, que ça vous plaise ou non. Mais vous ne descendez pas parler comme ça.»

Le Bâlois, qui justement affrontera Nick Kyrgios ce samedi, estime que l’arbitre est resté trop longtemps auprès de l’Australien. «C’était une conversation. Une conversation peut changer votre état d’esprit. Que ce soit avec un kiné, un médecin ou un arbitre. C’est pour ça que ça ne se reproduira plus.»

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