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Pas facile pour le sportif de se tourner vers d'autres objectifs que la victoire...
© LAURENT GILLIERON / Keystone

Témoignages

Entre coup de blues et plénitude, la retraite sportive

La retraite est vécue comme un cap pas toujours évident à franchir par les athlètes de haut niveau, pour qui la quête olympique a été jusque-là le principal moteur

Retraite. Le vocable lui-même renvoie à l’ambivalence véhiculée. Pour un athlète de haut niveau, se retirer de la vie sportive est parfois vécu comme un renoncement. Le champion, habitué à avancer, nourri par la volonté de concrétiser ses rêves, a le sentiment de les abandonner au bord du chemin. Il ne peut plus faire de la quête de titre et de médailles son pain quotidien et doit se trouver de nouvelles aspirations, se réinventer. Tout en acceptant de passer petit à petit de la lumière à l’ombre.

Le Temps a interrogé quatre athlètes romands qui ont mis récemment un terme à leur carrière sportive. Avec des expériences très différentes. Chacun raconte, avec ses mots, ce passage, non pas à une existence de retraité mais à une deuxième vie active, à une existence allégée du poids des sacrifices imposés par le sport de haut niveau. Une étape tout sauf anodine et forcément chargée d’émotions.


Virginie Faivre, ski half-pipe, 34 ans

Triple championne du monde, la Vaudoise a décidé de raccrocher en décembre dernier suite à la commotion de trop. Un choix encore douloureux: «J’avais décidé de continuer jusqu’aux Jeux olympiques 2018 mais les problèmes de santé et les blessures à répétition m’ont fait revoir mes priorités. J’ai réalisé qu’il était plus important de prendre soin de moi et de mon corps que d’aller chercher d’énièmes résultats. J’avais encore un objectif. Il me manquait quelque chose. Mais j’ai dû me faire une raison et accepter. En tant que sportif, on apprend à ne pas baisser les bras, à ne jamais abandonner et là ça allait à l’encontre de cette philosophie. J’aurais voulu essayer encore. C’était difficile d’admettre que ce n’était pas un abandon mais une finalité.»

«Il m’a fallu des mois pour accepter cette décision. Et je ressens un gros vide. Fixer des objectifs sportifs, on sait faire. C’est quelque chose qui était en moi ces dix dernières années. Je savais où je voulais aller, ce que je voulais faire, et ce que j’étais prête à m’imposer au quotidien pour atteindre mes objectifs. Et tout à coup, il faut se dessiner de nouveaux buts, moins évidents. On a beau être préparé, savoir que ce moment arrivera, ce n’est pas facile».

«Vivre de sa passion, il n’y a rien de mieux dans la vie. Je quitte une activité de rêve – même si ce n’était pas toujours tout rose – et trouver quelque chose qui me fera autant vibrer ne se fait pas du jour au lendemain. Il y a un travail de reconstruction. Le fait d’être blessée n’aide pas. Un après, je commence tout gentiment à m’en remettre mais je ne peux toujours pas faire de sport. Et ce manque d’activité pèse aussi sur le moral. Mais je sais que la suite sera faite de belles choses.»


Ludovic Chammartin, judo, 32 ans

Un titre de vice-champion d’Europe des moins de 60 kilos en 2013 a motivé le Fribourgeois à aller jusqu’à Rio 2016: «C’était clair qu’après les JO, ce serait fini. Je sentais que j’arrivais au bout de mon truc. Une usure mentale due à la pression que je me mettais. A aucun moment, je n’ai regretté ma décision. Je savais que je ne réussirai pas aux Jeux olympiques 2020 là où j’avais échoué en 2012 et en 2016. Néanmoins, j’ai vécu un gros moment de blues. Du jour au lendemain, c’est fini et on se demande: quel est mon but maintenant dans la vie?»

«J’étais tellement concentré sur les JO que je n’avais pas pensé à mon après-carrière. Ça laisse un gros trou. D’abord, je me suis laissé porter sans me fixer de but mais on se sent désorienté. Ensuite, la vie continue. J’ai commencé l’école de police. Pas facile quand on n’a pas l’habitude d’étudier. C’est un gros challenge et ça permet d’avancer. Ça me remet un but, à court-moyen terme. Même si je n’ai pas atteint mes objectifs, à savoir une médaille aux Jeux, je ne reste pas aigri par mon passé olympique.»


Swann Oberson, nage libre, 32 ans

La Genevoise a longuement mûri sa décision d’arrêter avant de l’annoncer. «C’était il y a un an, à la fin des Championnats suisses. Le lendemain, je partais en camp de ski pour mon diplôme universitaire. C’était difficile, car j’étais loin de ma famille et de mon entraîneur mais d’un autre côté, ça m’a permis de ne pas ressasser ça en lisant les journaux. J’étais sur les pistes et je pouvais penser à autre chose. Mais j’avoue avoir pleuré sur le télésiège en lisant les messages que je recevais de nageurs ou d’amis. J’étais touchée de voir tout ce qui se passait autour de moi. Que des choses positives. Et même si j’étais au clair avec ma décision, ça ne m’a pas empêché d’être submergée par l’émotion. Une émotion qui traduisait une forme de reconnaissance. Tout à coup, j’ai pris la mesure de tout ce que j’avais fait pendant ma carrière.»

«Le fait d’avoir pu mûrir ma décision m’a permis de passer le cap sereinement sans passer par des moments de déprime ou l’envie de reprendre. J’ai eu la chance d’avoir préparé la suite et de terminer mon bachelor universitaire juste après. J’avais des projets, envie de plein d’autres choses et je n’ai pas eu le temps de regarder dans le rétroviseur. J’ai mes soirées, mes week-ends, des vacances, bref: une vie normale! Mais je suis consciente que si je suis heureuse maintenant, c’est parce que j’ai pu vivre de mon sport avant, et aller deux fois aux Jeux olympiques. J’ai ouvert mon académie de natation et je suis remplaçante dans l’éducation physique. J’essaie de transmettre le respect de l’autre, le fair-play, toutes ces valeurs qu’on apprend dans le sport de haut niveau.»


Tiffany Géroudet, escrime, 30 ans

La Valaisanne avait hésité à arrêter après Londres, mais un changement d’entraîneur l’a motivée à poursuivre l’aventure jusqu’à Rio 2016. «Les dernières années, j’avais l’impression que ça devenait une routine. Après les Jeux, il y a eu de la déception. Je n’avais pas atteint mon objectif. Alors j’ai pesé le pour et le contre pour réaliser que je ne me sentais plus capable de donner autant. J’arrivais à un moment où on aspire peut-être à autre chose. En Suisse, on ne gagne rien avec l’escrime, à part le plaisir. On doit travailler à côté. On accepte les sacrifices jusqu’à un certain âge.»

«Mais après on finit par se demander ce qu’on veut faire de sa vie. Avec le sport de haut niveau, on est toujours la tête dans la compétition. On ne profite pas des vacances parce qu’on culpabilise de ne pas être à l’entraînement, on n’ose pas manger ce qu’on veut de peur de prendre trois kilos. Depuis que j’ai pris la décision d’arrêter, je me sens beaucoup plus légère. Je me suis rendu compte que j’avais un gros poids. Il suffisait qu’on me parle d’escrime pour que je commence à pleurer. J’avais un trop-plein d’émotions qui avait besoin de sortir. J’ai accepté d’être sparring-partner. J’ai du plaisir à le faire mais la compétition ne me manque pas du tout. Je suis contente de pouvoir apporter mon expérience.»

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