Football

Entre l’Allemagne et l’Italie, la plus folle séance de tirs au but de l’histoire de l’Euro

Dix-huit penalties, dont sept ratés, et à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne. La plus belle affiche des quarts de finale a attendu la fin des prolongations pour tenir toutes ses promesses

A quoi tient une place en demi-finale d’un Championnat d’Europe des nations? Pour ceux qui ont allumé leur poste de télévision samedi soir au moment du neuvième tir de l’Italie contre l’Allemagne, la réponse est évidente: à presque rien. L’Italien Matteo Darmian, latéral de 26 ans, s’élance et décoche un tir pas assez appuyé sur la gauche de Manuel Neuer qui plonge bien et l’arrête. Mouvement d’humeur, il dégage la balle haut dans le ciel, sait que tout peut se terminer dans un instant.

L’Allemand Jonas Hector, latéral de 26 ans, s’élance et décoche un tir pas assez appuyé sur la gauche de Gianluigi Buffon qui plonge (trop) bien et touche la balle. Mais elle lui glisse sous le ventre. A une minute d’intervalle, deux penalties pas très bien exécutés et quasiment pareils – le premier du pied droit, le second du pied gauche. Mais Jonas Hector se fait rédempteur de l’Allemagne et Matteo Darmian fossoyeur de l’Italie.

Il en faut forcément un. Ça, Granit Xhaka le sait mieux que personne, lui qui aura été le seul à manquer son affaire lors du huitième de finale entre la Suisse et la Pologne. La séance de tirs au but avait alors été une autoroute de filets qui tremblent, jusqu’à l’accident. Rien à voir avec celle parcourue par l’Allemagne et l’Italie, trépidante de suspense, affolante d’aberrations. Elle restera comme la plus mémorable de l’histoire de l’Euro. Elle égale le record du nombre de tirs au but nécessaires pour trouver un vainqueur (18), une première fois atteint lors de la finale pour la troisième place en 1980 entre la Tchécoslovaquie et… l’Italie.

Mais à l’époque, seul Fulvio Collovati avait raté. Ils ont été sept samedi, soit près de 40% des tireurs. Les recherches scientifiques indiquent que, selon les époques et les compétitions, entre 70% et 85% des penalties sont réussis. «Je n’ai jamais vécu un truc pareil. J’ai déjà fait quelques séances de tirs au but, mais autant de tireurs, c’était très particulier et vraiment dramatique», a commenté Manuel Neuer, héros de son équipe désigné homme du match de la rencontre.

Première bizarrerie

Tout avait bien commencé. Lorenzo Insigne, entré douze minutes avant l’exercice fatidique, semble stressé mais prend Neuer à contre-pied. Sobre, efficace, parfait. Toni Kroos lui répond sans plus de fioriture. S’avance Simone Zaza. Antonio Conte l’a introduit à la 120e minute de jeu. Précisément pour tirer un penalty. Il n’a pas encore touché le ballon. S’élance. Des (tout) petits pas. Beaucoup. Trop. Comme s’il réalisait un exercice d’agilité. Il frappe enfin, loin à côté. Première bizarrerie d’une séance de tirs au but qui en comportera beaucoup, surtout de la part des stars expérimentées dont on pouvait tout attendre sauf qu’elles tournent ainsi autour du pot.

Thomas Müller et Graziano Pellè: des frappes tout en dilettante à ras de terre sur le côté du gardien – le pire endroit pour placer sa balle selon les statistiques – captées sans difficulté. Leonardo Bonucci: mis en confiance par son penalty réussi pendant le temps réglementaire (1-1), il refait le même coup: élan, temps d’arrêt. Comme la première fois, Manuel Neuer ne plonge pas. Comme la première fois, il part du bon côté lorsque le défenseur italien tire. Mais l’Allemand n’est pas «un gardien extraordinaire à tous les points de vue» (c’est son homologue Gianluigi Buffon qui le dit) pour rien et cette fois, il s’interpose.

Le souvenir de Panenka

Etonnant de voir les Italiens s’adonner à tant de coquetteries. Ils avaient bâti leurs succès, lors de cet Euro où personne ne les attendait, sur une organisation implacable et une abnégation incroyable. Le souci? «Parcourir le terrain du milieu jusqu’au point de penalty, ce n’est pas facile et on ne peut pas préparer ça à l’entraînement», a expliqué le coach allemand Joachim Löw à la fin de la rencontre. Antonio Conte avait tout prévu, fait accepter à ses hommes la nécessité de s’en remettre aux idées (tactiques) pour compenser le déficit de génie.

Mais il n’avait là plus prise. Et certains joueurs ont fait du skipping ou des pauses dans leur élan plutôt que d’aller à l’essentiel. Avaient-ils en tête la seule séance de tirs au but perdue par l’Allemagne, en 1976? La Tchécoslovaquie avait remporté l’Euro grâce à l’invention de la «panenka», signée Antonin Panenka.

Samedi à Bordeaux, ceux qui ont fait simple ont fait juste: Barzagli, Giaccherini et Parolo ont tiré plein centre, là où le taux de réussite se monte à 87% selon différentes études. Côté allemand, ce sont les vedettes (Müller, Özil, Schweinsteiger) qui ont fait flirter la Mannschaft avec l’élimination, quand les petits jeunes (Julian Draxler, 22 ans, et surtout Joshua Kimmich, 21 ans, 4 sélections) ont assuré.

Une curiosité parmi les autres de cette mémorable séance de tirs au but. Qui ne s’est jouée à presque rien, mais envoie les favoris allemands – champions du monde en titre – en demi-finale et la (prétendue) «pire Squadra Azzurra de l’histoire» à la maison.

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