Pour ses débuts en Bundesliga,

Hakan Yakin n'a pas cassé des briques. Difficile de lui en vouloir, il n'a joué que quinze minutes. Sa tardive entrée sur le terrain, dimanche dernier, n'a pas empêché son nouveau club, VfB Stuttgart, de perdre (1-0) contre le mal classé FC Kaiserslautern. Flamboyante jusqu'à Noël, la «meute sauvage» qui terrassa Manchester United en automne est devenue une énigme. Elle ne marque plus. Elle ne gagne plus – une seule victoire sur les huit derniers matchs de championnat. Elle a subi une mortifiante élimination en Coupe d'Allemagne. «Les fans sont envahis par le doute», témoigne Peter Stolterfoht, journaliste sportif au Stuttgarter Zeitung.

Que Yakin fasse du banc renforce le désarroi des supporters. Le transfuge suisse est arrivé à Stuttgart précédé d'une flatteuse réputation. «Il sera notre demi offensif capable de marquer des buts», a annoncé l'entraîneur Felix Magath. Dépité, le Bâlois s'est vite plaint: «Je ne comprends pas pourquoi je ne joue pas.» Son chef a dû le lui expliquer durant la semaine écoulée. Dimanche, Yakin avait changé de ton: «On me prépare lentement. Je dois être patient.»

La fièvre de la Ligue des champions offre à l'équipe allemande une belle occasion de se relancer. Mercredi, contre Chelsea, l'opposition de style sera radicale. Stuttgart est l'invité surprise de la compétition. Géré avec parcimonie et des réflexes conservateurs, le club allemand s'est propulsé au premier plan grâce à l'audace et au talent de jeunes joueurs solidaires. Chelsea, c'est la nouvelle Rolex du foot anglais: une clique de vedettes achetées à coups de millions de pétrodollars par le milliardaire russe Roman Abramovitch. Les Anglais doivent gagner, car le nouveau propriétaire n'est pas un donateur désintéressé: il attend un retour sur investissement et rêve de positionner son club comme un produit international exclusif, rival du Real Madrid. Les Allemands, eux, n'ont rien à perdre; c'est sans doute leur plus grande chance.

Il y a trois ans, VfB Stuttgart échappait de justesse à la relégation en deuxième Bundesliga. L'épreuve est oubliée. Entre- temps, le cadre de l'équipe a été presque totalement renouvelé. Arrivé il y a deux ans, Felix Magath a déniché des perles qui promettent. Il a surtout su créer un esprit de corps exemplaire. Timo Hildebrandt,

24 ans, est candidat déclaré à la succession du monument Oliver Kahn comme premier gardien d'Allemagne. Le Turc naturalisé allemand Kevin Kuranyi, 23 ans, est un redoutable chasseur de buts. Sa réussite – il a fini par décliner les rapides sollicitations d'Italie – doit beaucoup à l'altruisme du brillant Szabics, recruté en Autriche pour le seconder à la pointe de l'attaque. Andreas Hinkel (21) et Philipp Lahm (20) ont tout pour s'imposer comme deux défenseurs parmi les meilleurs du monde. Alexander Hleb (22), un virtuose de la balle venu de Biélorussie, illumine le jeu de ses traits de génie. Seul routinier au milieu des jeunes pousses, le créateur Horst Heldt,

34 ans au compteur, tire ses dernières cartouches. Hakan Yakin (27) devra le remplacer au plus tard la saison prochaine.

Rarement un entraîneur n'a imprimé sa marque aussi vite que Felix Magath sur le VfB Stuttgart. Cette ancienne gloire nationale brilla avec le HSV Hambourg quand le club de l'Elbe avait volé au Bayern

Munich son leadership allemand. Aujourd'hui, il intrigue. N'est-il pas le seul entraîneur de Bundesliga à cumuler la fonction de manager? On lui prête des «méthodes inhabituelles». Distant avec ses joueurs, taciturne, grinçant ou même cassant, rarement content, il exerce une étrange autorité tutélaire sur sa meute de jeunes loups. «Dompteur silencieux» (Spiegel) ou «supercerveau», Magath est un intellectuel du foot. Passionné des échecs, il a, dit-on, toujours deux coups d'avance sur ses adversaires. Ainsi orchestre-t-il la renaissance de son club en véritable stratège, fidèle à une seule devise: viser le long terme.

La baisse de régime de son équipe a déçu Felix Magath, mais il n'en fait pas une maladie. Dimanche, il prenait la défense de ses joueurs pourtant vaincus: «Je n'ai rien à leur reprocher, l'équipe est sur la bonne voie. J'ai pleine confiance pour le match contre Chelsea.» Le «magicien» (Bild) prépare un coup, mais lequel? Les stars londoniennes sont averties.