Nouvelle aventure. Nouveau timonier. L'équipe de Suisse débute ce samedi à Zurich, face à la Russie, les qualifications à la prochaine Coupe du monde. A sa tête: Enzo Trossero. Le nouveau sélectionneur, arrivé en Suisse à la mi-juillet, n'a pas eu beaucoup de temps pour préparer ce premier rendez-vous. Un seul match amical (2-2 face à la Grèce le 16 août dernier), mais l'Argentin ne se plaint pas du manque de temps. Ce n'est pas dans sa nature profondément optimiste. A 47 ans, Enzo Trossero a accepté ce poste car il aime les défis, mais aussi parce qu'il croit aux chances de qualification de son équipe. Avant ce premier match, nous l'avons rencontré pour mieux le connaître, parler de sa vision du football et, aussi, du long parcours qui l'attend.

Le Temps: Comment êtes-vous au quotidien?

Enzo Trossero: J'aime faire beaucoup de choses. Je ne suis pas un type qui recherche le temps libre. Quelques fois, avec la sélection nationale, j'en ai davantage et je le passe devant la vidéo. Mon hobby c'est le sport. Je suis très sportif. J'aime courir.

– Dur, passionné, chaleureux, optimiste sont les qualificatifs qui reviennent très souvent lorsqu'on parle de vous. Etes-vous vraiment ainsi?

– Je suis un type qui aime beaucoup parler. Je suis passionné par le football. Il est difficile pour moi de retrouver les joueurs seulement quelques jours avant le match. Malgré tout ce qui se dit de bien à mon sujet, je suis conscient que si tu fais des bons résultats, c'est extraordinaire, si tu en fais des mauvais, on oublie tout. Je le comprend bien. Mais les résultats ne changent pas ma manière d'être. Il doit toujours y avoir le respect: il y a un chef et des joueurs de football. A côté de ça, on peut parler, rigoler, boire un café, cela n'a rien à voir avec le boulot. En définitive, le football est un travail comme tous les autres.

– Vous connaissez la France pour avoir joué à Nantes de 1979 à 81 et la Suisse. Quelle différence y a-t-il entre ces deux pays?

– Il n'y en a pas. Moi et ma famille, on s'est adapté à la France, à la Suisse, au Mexique (ndlr: Enzo Trossero a joué à Toluca en 1985 et 86). C'était à nous de le faire parce qu'on arrivait de l'extérieur.

– Quelles sont les valeurs auxquelles vous accordez le plus d'importance?

– La famille, le travail, le respect. Je n'aime pas la tricherie. Je dit toujours que je suis un type qui fait confiance. Comme je ne suis pas tricheur, je pense que personne ne va tricher.

– Comment êtes-vous devenu entraîneur?

– Dans ma tête, c'était clair que je le deviendrais après ma carrière de footballeur. J'ai arrêté de jouer à 33 ans et trois mois après, j'étais l'adjoint de Carlos Bilardo en équipe d'Argentine.

– Des entraîneurs vous ont-ils marqué?

– Pas particulièrement. J'ai toujours eu de bons entraîneurs et je les ai toujours respectés.

– Le football a-t-il changé par rapport à l'époque où vous étiez joueur?

– Les systèmes changent, la manière d'entraîner change. C'est comme la mode, elle change toujours. Je ne sais pas si celle d'aujourd'hui est meilleure ou pire. Je ne pense pas que le passé soit meilleur, mais plutôt que le présent et le futur le sont. En football, personne ne détient la vérité. Surtout, ce qui a changé, c'est l'argent dans le football.

– A ce propos, certains prétendent qu'avec tant d'argent en jeu, le football a perdu son âme. Qu'en pensez-vous?

– Pas du tout. Pourquoi ne critique-t-on pas les entreprises qui font de gros bénéfices? Quel est le problème?

– Pour beaucoup, le football est aujourd'hui dominé par la force physique et la peur de perdre. Partagez-vous cette vision?

– Aujourd'hui, un joueur qui court beaucoup peut gagner contre un joueur très fort techniquement, mais qui ne court suffisamment. En ce sens, le football a changé. J'aime beaucoup les joueurs techniques, mais tu ne gagnes pas s'il n'y a qu'eux sur le terrain. Le football commence par une bonne défense.

– Quelles sont les valeurs que le footballeur ne doit jamais oublier?

– La première chose: jouer avec le cœur chaud (tout donner), mais la tête froide (le plus intelligent va gagner). Mais il y a beaucoup d'autres éléments: l'enthousiasme, l'optimisme, la solidarité, la concentration – vivre le match 90 minutes –, la personnalité.

– Pourquoi avez-vous accepté ce poste de sélectionneur?

– Je crois que la Suisse a la possibilité d'arriver à la Coupe du monde. Pour moi, c'est un grand défi. Entraîner une sélection est quelque chose d'extraordinaire, peu de personnes y arrivent. Maintenant, je vais tout essayer pour qualifier l'équipe et dans deux ans je retournerai en Argentine.

– Quel est le favori du groupe?

– Au niveau international, la Yougoslavie a toujours eu une équipe très forte. Ensuite, il y a la Slovénie, la Russie et la Suisse. Un peu derrière, le Luxembourg et les îles Féroé. Si tu regardes le classement de la FIFA, la Suisse est loin, mais ce ne sont que des papiers, ensuite il faut jouer. Nos chances sont bonnes. Il y a de très bons joueurs. Mon équipe, pour moi, est toujours la meilleure.

– Dans une compétition qui compte dix matchs, que faut-il faire pour se qualifier?

– Gagner.

– Et pour battre la Russie ce samedi?

– Bien jouer. Car a priori, il est plus facile de gagner quand tu joues bien que quand tu joues mal. Si on marque à la 90e minute en jouant mal, on sera peut-être critiqué, mais le plus important ce seront les trois points. Je préfère la victoire aux louanges.

– Vous avez une image positive auprès du public. Ressentez-vous une pression supplémentaire?

– Non. Je connais ma force et mes limites.

– Quelles sont-elles?

– Ma force est ma façon d'être, toujours positif. Mes limites sont personnelles. Mais le plus important ce n'est pas l'entraîneur. Ce sont les joueurs.

– Il n'y a pas beaucoup de passion en Suisse. Est-ce un obstacle?

– Tout le monde me dit que les supporters suivent l'équipe nationale lorsque les matchs sont importants. Face à la Grèce, les supporters grecs étaient plus bruyants. Je pense que contre la Russie le stade va être plein et le public de notre côté. Je l'espère.

– Que doit représenter l'équipe nationale pour un joueur?

– Comme dans tous les sports, c'est l'apogée. Il y a toujours des défis et le plus grand est de participer à la Coupe du monde. Quand un joueur de très haut niveau n'y arrive pas, il manque quelque chose à son palmarès.