Tout à coup, le silence. Un centre de Sébastien Fournier trouve la tête victorieuse de Stéphane Chapuisat (85e). Le Vaudois inscrit son 19e but sous les couleurs de l'équipe nationale. Dans le stade du Partizan Belgrade, le ciel tombe sur la tête des quelque 34 000 supporters yougoslaves massés dans les gradins. Esquissée par le but de Sinisa Mihajlovic – un superbe coup franc (69e) –, la victoire s'envole. Une dernière débauche d'énergie de la formation de Milovan Djoric ne change rien au score (1-1). D'autant que le gardien suisse Marco Pascolo réalise une parade réflexe de haute facture sur un tir à bout portant de Savo Milosevic intervenue dans les arrêts de jeu. Ce samedi soir, la Suisse n'a pas raté la rencontre capitale qu'elle disputait face à la Yougoslavie en vue de la qualification à la Coupe du monde 2002. «Nous avons mérité le match nul. Les joueurs ont montré de la fierté. Parfois, il n'est pas nécessaire d'avoir des noms, mais des hommes», constate l'entraîneur helvétique Enzo Trossero au terme de la partie. La parité obtenue en Yougoslavie permet à la Suisse de conserver sa troisième place au classement, synonyme d'espoir. Analyse d'un succès qui se décline en deux mots: cœur et organisation.

S'il fallait résumer en une phrase la pensée d'Enzo Trossero avant la partie, nous dirions: «Que nous perdions ou que nous gagnions, finalement ce n'est pas le plus important si nous avons le sentiment d'avoir tout donné sur le terrain. Je veux être fier de vous.» Le message du sélectionneur est passé à 100%. La réaction d'orgueil qu'il attendait de son équipe après la déroute de février dernier à Chypre (défaite 4-0 contre la Pologne en match amical) s'est produite. Qui plus est dans un contexte particulièrement difficile. Car affronter la Yougoslavie lors de son premier match à domicile depuis l'accession au pouvoir de Vojislav Kostunica, le 5 octobre dernier, n'était pas une sinécure, les joueurs de Milovan Djoric souhaitant offrir une satisfaction sportive à tout un peuple.

Homme au caractère de feu, Enzo Trossero a lui aussi participé avec toutes ses tripes à la rencontre. L'arbitre l'a même expulsé pour ses contestations répétées, terminées en insultes (73e). Après la rencontre, la tension se lisait encore sur son visage. Le «gaucho» est encore furax: «Toutes les petites fautes étaient sifflées contre nous et, dans le football de haut niveau, ce sont les petits détails qui font la différence. La Yougoslavie est une grande nation de football qui n'a pas besoin de cela.» Ce coup de gueule démontre à quel point le sélectionneur accordait une grandissime importance à cette rencontre. Avait-il peur? «J'étais surtout très nerveux. Je suis très content et je remercie l'équipe. Sans joueurs, il n'y a pas d'entraîneur.» Se sentait-il déjà sur un siège éjectable? «Beaucoup de journalistes voudraient que je parte. C'est moi qui vais décider. Pas eux!»

Les joueurs avaient à cœur, eux aussi, de souligner leur excellent état d'esprit. Yvan Quentin: «Nous nous sommes bagarrés sur tous les ballons et avons donné tout ce que nous avions. Il aurait été dommage de perdre.» Marco Pascolo: «Nous sommes entrés sur le terrain en voulant faire un résultat.» Ou encore Stéphane Henchoz: «Après le match contre la Pologne, nous voulions montrer que nous valions mieux que cela.» Ces qualités seules n'auraient pas suffi à ramener un résultat positif de Belgrade. Il fallait une grande organisation et les choix d'Enzo Trossero ont été judicieux. Autour du duo Henchoz-Müller, deux latéraux combattants. Si Zellweger et Quentin n'ont rien apporté à la construction du jeu – lacunes techniques criardes –, ils ont effectué une prestation toute de rigueur sur les attaquants adverses. Le milieu de terrain a tenu le choc face à de redoutables techniciens. Le pressing de Vogel et Fournier ainsi que la sagesse tactique de Lonfat et Lombardo ont été la clef de la bonne performance collective. En attaque, Yakin a erré comme une âme en peine, mais Chapuisat a su se trouver au bon endroit au bon moment.

La copie conforme souhaitée par le sélectionneur a été rendue: un collectif bien disposé sur le terrain pour empêcher les Yougoslaves de développer leur jeu; peu d'espaces laissés à l'adversaire; une équipe compacte, haut dans le terrain, resserrée entre les lignes; un marquage strict en défense. Johann Vogel soulignait une qualité supplémentaire: «L'équipe est plus mature que l'année dernière. Après avoir encaissé le but, elle est restée calme et a réussi à faire pression sur l'adversaire.» Sur le plan des occasions de but, les Yougoslaves ont été dangereux essentiellement sur les coups francs tirés par Mihajlovic. Hormis cela, on notera un dégagement d'Henchoz sur la tête de… Fournier qui a terminé sur le montant du but de Pascolo (81e) et l'arrêt du gardien dans les dernières secondes du match. Côté suisse, Johann Lonfat a eu la seule réelle occasion de but (40e).

Le point pris à Belgrade permet donc à la Suisse de ne pas être

exclue de la course à la qualification. D'autant que Russes et Slovènes ont également partagé l'enjeu (lire ci-dessous). Au classement, les quatre premiers – avec un nombre de match différent – ne sont d'ailleurs séparés que par trois points. Prochain rendez-vous ce mercredi (20 h 15) à Zurich face au Luxembourg. L'occasion de continuer sur cette lancée positive et d'engranger trois points. Car là, seule la victoire sera un succès.