Football

Equipe de Suisse: les enjeux d’un rassemblement

Avant le match contre la Lettonie, ce samedi à Genève, Vladimir Petkovic a réuni ses hommes à Lausanne pour tout à la fois dépoussiérer les automatismes tactiques, gérer les ego, rencontrer le public romand et dégonfler les polémiques naissantes

Qu’est-ce qu’un entraîneur de football peut mettre en place en une courte semaine avec ses joueurs? Répondre à cette question est le grand défi qu’acceptent les techniciens qui prennent la tête d’une équipe nationale plutôt que d’un club. Comme lors de chaque rassemblement, Vladimir Petkovic a dû le relever ces derniers jours, avant le match que disputera, samedi à 18h à Genève, son équipe de Suisse contre la Lettonie, dans le cadre des qualifications pour la Coupe du monde 2018.

Cinq jours, cinq entraînements. C’est peu. Alors, le sélectionneur n’a pas le choix. Il faut tabler sur les acquis individuels et sur le vécu collectif de l’équipe. «Quand nous nous retrouvons, même après quatre mois comme cette fois-ci, nous ne partons pas de zéro. Plutôt de quatre, disons, sur une échelle de dix», a-t-il estimé. Voilà donc sa mission: faire passer l’état de préparation de sa troupe de quatre à dix sur dix avant la rencontre.

L’enjeu physique

S’il n’y avait que le domaine sportif à gérer (les automatismes, les principes de jeu, les schémas tactiques), ce serait une chose. Mais une équipe nationale est un amalgame de situations personnelles qui, toutes, présentent leurs propres problématiques. Il y a d’abord les questions de santé: «Le premier défi est de mettre à niveau les joueurs sur le plan physique, explique le médecin du groupe, Pierre-Etienne Fournier. Cette fois-ci, beaucoup se plaignent de la fatigue, d’autres reviennent de blessure…» En délicatesse toute la semaine avec une cuisse, le milieu de terrain Valon Behrami finira par déclarer forfait jeudi soir après l’entraînement.

De manière générale, les charges d’entraînement doivent être maîtrisées. «En équipe nationale, il y a plus de variations dans l’intensité des séances qu’en club, car il faut aussi laisser une place importante à la récupération», estime le latéral François Moubandje. Ainsi, à l’opposition très engagée de mercredi soir a succédé une séance plus qualitative et avec moins de contacts le jeudi.

L’enjeu médiatique

Puisque les médias de tout le pays suivent l’équipe nationale au quotidien, chaque rassemblement a son histoire, son fil rouge. Avant le match contre les Iles Féroé en novembre dernier, Vladimir Petkovic avait imagé son envie de gagner en disant vouloir atteindre les Fêtes «la panse pleine comme l’ours qui se prépare à hiberner». Lundi, il a repris la métaphore là où il l’avait laissée en expliquant que l’animal était maintenant réveillé, et qu’il était affamé.

Les journalistes se sont bien saisis du thème de l’alimentation, mais ont préféré s’inquiéter de celle de Xherdan Shaqiri, soupçonné – en gros – de manger n’importe quoi et de s’exposer ainsi aux pépins physiques. Le sélectionneur et des nutritionnistes ont été priés de s’exprimer sur la question avant que le principal intéressé vienne lui-même affronter l’assemblée, en habitué tranquille de l’exercice. «Les raisons de mes petites blessures? Ce n’est en tout cas pas ce que vous avez écrit», a-t-il lancé, sourire taquin aux lèvres, face au tribunal médiatique, avant d’affirmer qu’il était un vrai professionnel.

L’enjeu de séduction

Polémique (tristounette) ou pas, l’attaquant de Stoke City demeure la vedette de l’équipe nationale. Il en a eu une nouvelle preuve dès son arrivée au Royal Savoy, le palace situé en contrebas de la gare de Lausanne où la Nati a pris ses quartiers, avec une foule d’ados en délire qui l’attendait. Bis repetita en marge des entraînements: il n’y en a que pour lui ou presque. Aller à la rencontre du public romand: c’était précisément un autre enjeu de ce rassemblement au bord du Léman.

C’est important de montrer que l’équipe nationale appartient à tout le monde.

«Bienvenue à Lausanne», a lancé, en français, Vladimir Petkovic en début de semaine. Le sélectionneur aime l’idée de faire voyager l’équipe nationale dans toutes les régions et la concrétise en renonçant à systématiquement choisir les bords du lac de Zurich comme camp de base. «C’est important de montrer que l’équipe nationale appartient à tout le monde, développe Claudio Sulser, délégué aux équipes nationales. Organiser un match international à Genève, c’est aussi une manière de faire la promotion du football d’élite dans une ville qui en est orpheline.»

En attendant, les supporters ont pu applaudir l’équipe lors de deux entraînements ouverts au public au Stade Juan Antonio Samaranch, à Vidy. Mardi matin, l’horaire n’était pas idéal pour réunir la grande foule, mais mercredi, les tribunes étaient pleines et les (jeunes) fans de foot bruyants. Mais pas question de faire n’importe quoi pour amuser la galerie. «L’équipe nationale ne doit pas sacrifier son sérieux pour le spectacle. A ce niveau, chaque détail est important. Il faut montrer aux gens la légitimité de chaque action», affirme Claudio Sulser.

L’enjeu sportif

Car au-delà des enjeux de santé, du jeu médiatique et de l’opération séduction, il y a au bout de la semaine un match à gagner. Et seulement cinq séances collectives sur le terrain pour le préparer. Nous avons pu assister à trois d’entre elles en intégralité, les deux autres se tenaient à huis clos. «Franchement, il n’y a pas de différence fondamentale avec les entraînements publics, nous glisse Vladimir Petkovic. Lorsque nous sommes seuls, la concentration est peut-être un peu meilleure, donc les séances peuvent être un peu plus complexes et c’est aussi là que nous travaillons les balles arrêtées. Mais pour l’essentiel, nous faisons la même chose.»

Ce que j’entends développer cette semaine? Un jeu encore plus rapide vers l’avant et encore plus efficace.

De fait, les entraînements publics se ressemblaient beaucoup, tous articulés autour de la même notion de circulation du ballon. «Ce que j’entends développer cette semaine? Un jeu encore plus rapide vers l’avant et encore plus efficace.», avait annoncé le sélectionneur dès le début de la semaine. Tout au long de la semaine, Vladimir Petkovic et son staff ont décliné la projection vers l’avant en une multitude d’exercices évoluant vers toujours plus de complexité. La séance de jeudi soir l’a parfaitement illustré, avec des «toros» pour commencer, puis des petits matches à cinq contre cinq sans gardien, des actions pour remonter le ballon en équipe de onze rapidement sans opposition et, enfin, la même chose à onze contre onze. La stratégie qu’appliquera la Nati est alors apparue clairement: il s’agira de garder le ballon bas dans le terrain pour étirer un bloc letton attendu compact, puis de remonter le cuir en quelques passes seulement pour profiter des espaces.

L’enjeu des hommes

Pour diriger la manœuvre, le sélectionneur se tient toujours au cœur du jeu. Il exhorte à augmenter le rythme, puis élève la voix de plus belle pour que ses hommes se replacent. Son projet de jeu est simple et limpide. Quant aux titulaires qui devront l’appliquer au Stade de Genève, il assurait les connaître «à 100%» avant même le premier entraînement, même si, a-t-il précisé, «ils devront apporter confirmation lors des entraînements».

La grande question de la semaine: qui pour remplacer Ricardo Rodriguez sur le flanc gauche, la doublure naturelle François Moubandje (excellent cette saison à Toulouse) ou Michael Lang, brillant mais barré sur le flanc droit par l’inamovible Stephan Lichtsteiner? Tous les observateurs ont guetté des signes lors des séances sans en retirer de grandes certitudes. «Sincèrement, je n’ai pas l’impression qu’on puisse déduire qu’on va être titulaire ou remplaçant en fonction des alignements à l’entraînement», glisse le défenseur central Léo Lacroix. Vendredi, lors de la conférence de presse officielle, Petkovic est encore resté vague, comme sur le sujet du remplaçant de Valon Behrami. Il faudra attendre le coup d’envoi pour en savoir plus. Et nonante minutes supplémentaires pour déterminer, à l’aune du résultat, si la Nati a réussi sa semaine en Suisse romande.


La semaine de l’équipe de Suisse

Lundi: arrivée des joueurs à Lausanne en fin d’après-midi.

Mardi: entraînement public en fin de matinée; conférence de presse de Vladimir Petkovic et interviews individuelles durant l’après-midi.

Mercredi: entraînement à huis clos en fin de matinée; entraînement public et «bain de foule» en fin d’après-midi.

Jeudi: entraînement sans public (mais ouvert aux médias) en fin d’après-midi.

Vendredi: conférence de presse officielle d’avant-match et entraînement à huis clos au Stade de Genève dans l’après-midi.

Samedi: match contre la Lettonie à 18 heures au Stade de Genève.


Léo Lacroix: «L’ambiance est incroyablement stimulante»

Le défenseur central vaudois Léo Lacroix (25 ans) est un des cinq Romands du cadre de l’équipe de Suisse. Il raconte ces semaines passées en groupe, à préparer des matches internationaux.

Le Temps: Le quotidien en club ressemble-t-il à un stage de préparation de l’équipe nationale?

Léo Lacroix: Non, cela n’a rien à voir. En club, nous allons nous entraîner, puis nous rentrons à la maison. Ici, nous sommes toujours ensemble, à l’hôtel, pour les repas. On crée des liens particuliers à force de se côtoyer, c’est une ambiance incroyablement stimulante.

– Avez-vous beaucoup de temps libre?

– Pas tant que ça. Au-delà des entraînements, nous avons beaucoup de rendez-vous avec le staff médical, différents soins, des moments de récupération qui font aussi partie de la préparation. Mais du temps libre, il y en a quand même un peu. Juste avant de vous parler, j’étais avec ma femme et ma fille, née en janvier. Sinon, en chambre, nous sommes très libres, c’est chacun son truc. Moi, je regarde des films, je lis un livre…

– Les horaires sont-ils fixes?

– Chaque soir, on nous indique le programme du lendemain. Le petit-déjeuner est libre jusqu’à 10 heures et le staff nous demande d’être en chambre à 23 heures. Mais il n’y a pas de contrôles, on n’est pas à l’école non plus (rires).

– Vous préférez être là que de profiter de la trêve internationale pour vous reposer?

– Evidemment! Tous les joueurs rêvent de défendre les couleurs de leur pays. Le faire avec cette équipe, cette génération, c’est génial.

– La Lettonie sera votre quatrième match avec l’équipe de Suisse, mais vous n’avez encore jamais joué…

– Je travaille, je suis patient, je suis sûr que cela va venir. Le coach a son équipe et c’est normal. Chaque joueur doit faire en sorte de lui mettre le doute.

– Votre transfert de Sion à Saint-Etienne a-t-il été déterminant pour être sélectionné?

– Bien sûr. C’est un grand club français. J’ai pu y enchaîner des matches, en Europa League aussi, et j’ai été bon. Le fait d’être aux prises tous les week-ends avec de grands attaquants m’a clairement aidé à rentrer dans les plans du sélectionneur. Je ne pense pas que jouer à l’étranger soit une condition sine qua non, mais c’est un plus.

– Remarquez-vous certains progrès dans votre jeu?

– C’est clair! Je me suis amélioré balle au pied, dans mes relances, et aussi au niveau de ma concentration.

– Et en une semaine passée avec l’équipe nationale, on progresse également?

- Beaucoup. Le niveau est encore un cran au-dessus, car il y a ici des gens qui jouent dans différents championnats et qui amènent toute leur expérience. Pour un défenseur central comme moi, discuter avec un Johan Djourou, ça n’a pas de prix. Il m’aide autant dans la gestion de ma vie privée que dans mes positionnements sur le terrain. Grâce à mon club et à la Nati, j’avance énormément.

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