Football

En équipe de Suisse, la malédiction du capitaine

La Juventus n’a pas retenu Stephan Lichtsteiner pour la Ligue des champions et il n’a pas commencé le championnat comme titulaire. Sa situation pourrait à terme fragiliser sa position au sein de la Nati

Eté 2004. L’équipe de Suisse de football dit adieu à l’Euro portugais, après trois matches sans victoire, et à trois joueurs. Deux Romands, Fabio Celestini et Stéphane Chapuisat, qui poursuivront leur carrière en club quelques années, et un Alémanique, Jörg Stiel. Le gardien a 36 ans et prend sa retraite comme chaque footballeur en rêve: au sommet. Ses années au Borussia Mönchengladbach (2001-2004) auront été les plus belles; il était pendant la même période un capitaine apprécié de la Nati. Il peut rendre le brassard en toute légèreté. Et il sera le dernier dans ce cas pour dix ans au moins.

Depuis, c’est comme si une malédiction s’abattait sur les capitaines successifs de l’équipe de Suisse. Un sortilège protéiforme aux conséquences toujours identiques: l’histoire se finit mal. En 2007, le Genevois Johan Vogel est abruptement évincé de la Nati par Köbi Kuhn, ce qui déclenche une tempête autour et au sein de l’équipe. Le buteur Alex Frei hérite du brassard mais prend sa retraite internationale en 2011, émoussé par le flot des critiques et devenu la cible de menaces très graves. Gökhan Inler prend le relais mais, en 2016, en manque cruel de temps de jeu à Leicester City, est sifflé hors-jeu par Vladimir Petkovic à quelques mois de l’Euro.

Statut mis à mal

Intronisé fin mars dernier, Stephan Lichtsteiner était ce latéral d’expérience à l’énergie de jeune homme, ce défenseur à l’apport offensif décisif, ce titulaire indiscutable dans l’un des meilleurs clubs du monde, la Juventus. Avec Ricardo Rodriguez et lui, la Nati disposait – disait-on volontiers – de l’une des meilleures paires de latéraux qui soient. Depuis? Ses performances à l’Euro ont été très critiquées (manque d’assurance derrière, d’entente avec Shaqiri devant) et, alors que débute la nouvelle saison, son statut s’est dégradé à Turin.

Les 26 petites minutes disputées lors des deux premières journées de Serie A le laissaient présager; la liste des 23 joueurs retenus par la Juventus pour la Ligue des champions l’a confirmé: Stephan Lichsteiner n’y apparaît pas. Le flanc droit de la «Vieille Dame» se prête désormais plus volontiers aux caresses sud-américaines de Dani Alves (arrivé de Barcelone) ou de Juan Cuadrado (prêté par Chelsea) qu’à celles du Lucernois.

Stephan Lichtsteiner sera bien titulaire, mardi, pour la rentrée de l’équipe de Suisse contre le Portugal. Son rival, Michael Lang, s’est blessé cette semaine, et de toute façon, au début du rassemblement à Feusisberg, Vladimir Petkovic avait indiqué que la saison n’était pas encore assez avancée pour avoir livré ses enseignements. Mais le sélectionneur et son capitaine savent que si la situation n’évolue pas, elle deviendra intenable. Petkovic veut des joueurs régulièrement alignés en club. C’est l’un des points-clés de sa ligne de conduite.

Le cas Inler, un précédent

L’hiver dernier, à six mois de l’Euro, il l’avait clairement fait savoir à Gökhan Inler. Barré à Leicester City, le milieu de terrain n’avait pas profité du mercato pour filer à l’anglaise et, au printemps, il n’avait participé au sacre de champion d’Angleterre de son équipe que du bord du terrain. Et, conséquence, à l’aventure suisse à l’Euro de chez lui. Il s’est ouvert de nouvelles perspectives cet été en quittant la Premier League pour Besiktas, en Turquie.

Stephan Lichtsteiner, de son côté, a aussi alimenté la rubrique «rumeurs du mercato» des médias ces dernières semaines. Allait-il rejoindre le deuxième gardien de la Nati Roman Bürki au Borussia Dortmund ou la pépite du football suisse Breel Embolo à Schalke 04? Ni l’un ni l’autre au final. La fenêtre des transferts s’est refermée mercredi à minuit. Stephan Lichtsteiner continuera à porter le maillot de la Juventus, avec lequel il a été cinq fois champion d’Italie et titulaire en finale de la Ligue des champions (en 2015, défaite 3-1 contre Barcelone).

Je vis chaque match et chaque entraînement pour le maillot que je porte et le succès de mon équipe

Un maillot dont les rayures pourraient se transformer en barreaux de prison. Sur Facebook, le latéral a réaffirmé ses principes de bon soldat. «Je vis chaque match et chaque entraînement pour le maillot que je porte et le succès de mon équipe.» Sa bonne réputation de footballeur tient à sa capacité à ne jamais abandonner, aussi continuera-t-il à le faire cette saison.

Il dit aussi croire «aux faits plus qu’aux mots». Alors ne lui demandez pas de prêter attention à une supposée malédiction du capitaine. Et il a bien raison: en NHL, une croyance tenace veut que le joueur au maillot marqué d’un «C» joue de malchance et voie ses performances décliner. Faux, a démontré une étude en 2004: obtenir un statut de leader pousse au contraire à se dépasser et rend les concernés plus performants.

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