Football

Equipe de Suisse: les premières lignes du scénario idéal

Sa victoire contre le Portugal couplée au nul de la Hongrie contre les Iles Féroé place la Nati en position de force dans le groupe B des qualifications pour le Mondial 2018. Mais personne ne s'emballe: les joueurs regardent plus loin

Grande est la tentation de refaire l’histoire. De faire de la Suisse une des quatre équipes demi-finalistes de l’Euro en France comme on met Paris en bouteille: avec des «si». Trois suffisent: «si» le pied de Granit Xhaka n’avait pas tremblé lors de cette maudite séance de tirs au but contre la Pologne en huitièmes de finale, «si» Robert Lewandowski avait lui raté son affaire et enfin «si» la Suisse avait, en quarts de finale, dompté le Portugal comme elle l’a fait mardi soir à Bâle.

Grande est la tentation, mais y résister n’est pas si difficile. Au lieu de fermer les yeux et de voir ce qui aurait pu être, les ouvrir et contempler ce qui est: la Nati a écrit les premières lignes d’un scénario idéal, qui doit aboutir à sa qualification pour le Mondial 2018.

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2-0 contre le Portugal, donc. Pendant ce temps, la Hongrie se contentait d’un match nul contre les modestes Iles Féroé. Le genre de faux-pas qui ne pardonneront pas dans ce groupe B des qualifications pour la Coupe du monde en Russie, où trois équipes convoitent la même première place. La Nati pointe en tête avec trois points. Début octobre, elle se rendra à Budapest où un deuxième succès de rang contre ses principaux contradicteurs la mettrait sur orbite. Le Portugal et la Hongrie sont déjà dos au mur. Un tel alignement des astres relève du conte de fée. «Nous avons signé un résultat de très, très grande classe», commentait le défenseur genevois Johan Djourou après la rencontre.

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Prudence suisse

Il n’y avait aucune raison de penser que la troupe de Vladimir Petkovic allait perdre cette première bataille, et c’est pourtant l’idée qui prédominait. Prudence suisse. Nourrie par de précédents affrontements initiaux contre des favoris de groupe qualificatif: l’Angleterre en 2010 (défaite 1-3) puis en 2014 (2-0). Et puis en face se tenaient les champions d’Europe fraîchement sacrés. Oubliées leurs prestations souvent peu convaincantes en France, leur accession au trône inattendue. Peu importe qu’ils se présentaient sans son altesse Cristiano Ronaldo, ni le prince Renato Sanches à Bâle. Comme à son habitude, le peuple suisse ne voulait pas (trop) y croire. Il y avait bien une vingtaine d’hommes qui claironnaient qu’il y avait un truc à faire. Par chance, onze d’entre eux étaient sur la pelouse au coup d’envoi et leur prophétie s’est réalisée.

Vladimir Petkovic est un sélectionneur ambitieux. Il l’avait rappelé pendant la semaine précédant la rencontre. «Je suis très content qu’on parle de l’Euro comme d’une déception. Car cela veut dire qu’on en veut plus.» Il a transmis sa manière de voir les choses à ses joueurs. Après le match, il y avait quelques sourires, mais déjà le regard braqué sur ce qu’il restait à améliorer. «En deuxième période, nous avons beaucoup souffert, lançait Valon Behrami, exemplaire dans l’effort. Franchement, on aurait pu faire mieux que ça.» Le gardien Yann Sommer dressait le même constat. «La première mi-temps a été très bonne, mais après la pause, nous perdions le ballon trop rapidement. Nous avons concédé beaucoup de centres. Il faut absolument que nous apprenions à garder le contrôle.»

Opportunisme

Même après avoir dominé l’équipe championne d’Europe, les joueurs de l’équipe de Suisse ne tombent pas dans l’autosatisfaction. Ils savent que la route est longue. Mais il faut aussi savoir remarquer les progrès réalisés. Pendant l’Euro, la Nati a buté sur un problème de réalisme qu’elle a résolu aisément mardi. «Derrière, dans le jeu, cela fait longtemps que nous sommes bien, remarquait Yann Sommer. Aussi, nous travaillons beaucoup pour réussir à concrétiser nos occasions et, ce soir, cela a payé.» Johan Djourou renchérissait: «Nous avons même été opportunistes! Avec ces deux buts marqués en première période, nous nous en sortions bien.»

Derrière les deux buts de l’équipe de Suisse, il y a un travail collectif, mais aussi des prestations individuelles de haute tenue. Chahuté pendant l’Euro pour ses ratés à la finition, Haris Seferovic a rappelé contre le Portugal pourquoi Vladimir Petkovic lui maintenait sa confiance même s’il ne scorait pas: l’avant-centre de l’Eintracht Francfort est un bon joueur de ballon, utile par ses courses, son abattage et son courage au duel. «S’il avait un vrai sens du but, il jouerait dans l’un des cinq meilleurs clubs du monde», osait un confrère pendant la partie.

La sensation Embolo

Et puis il y avait Breel Embolo. A 19 ans, l’attaquant incarnait l’avenir pendant l’Euro; c’est-à-dire qu’il n’était pas aussi prodigieux que les supporters l’espérait. Contre le Portugal, il a évolué à un tout autre niveau. Puissant et vif, dangereux et intelligent. «Je me suis senti vraiment libéré sur le terrain, commentait-il. J’ai essayé de prendre des risques, c’est-à-dire de faire ce que je sais faire.» En l’absence de Shaqiri et même s’il était excentré, c’était lui l’animateur du jeu helvétique en première période (c’est-à-dire tant qu’il y en a eu).

Un rôle taillé sur mesure par Vladimir Petkovic? «Le coach ne dit pas à un jouer de 19 ans qui affronte l’équipe championne d’Europe qu’il a carte blanche pour se faire plaisir, nuançait-il. Mais j’ai simplement essayé de savourer l’instant, de profiter du public du Parc Saint-Jacques», expliquait celui qui a quitté cet été le FC Bâle pour Schalke 04, en Allemagne. Un changement qui a son importance. «J’ai fait ce pas pour évoluer, pour avoir un autre rythme, affronter d’autres joueurs. Ce n’est pas si facile de quitter sa ville et de se retrouver ainsi dans un autre pays. Mais peut-être que cela paie déjà…»

La suite dans un mois

L’équipe nationale se retrouvera dans un mois pour poursuivre son chemin vers le Mondial 2018. C’est à la fois très court et très long. Contre le Portugal, Vladimir Petkovic a surfé sur la dynamique de l’Euro, sans (trop) tenir compte de ce que la nouvelle saison avait livré comme pistes d’avenir. Dans quelques semaines, Stephan Lichtsteiner aura-t-il eu à la Juventus un temps de jeu suffisant pour conserver son statut de titulaire indiscutable et son brassard de capitaine? Breel Embolo et Haris Seferovic auront-ils joué (et marqué) en Bundesliga? Xherdan Shaqiri sera-t-il d’attaque? Comment faudra-t-il compenser l’absence de Granit Xhaka, expulsé contre le Portugal? Ces questions, le sélectionneur a le temps d’y répondre. Il a quitté Bâle, mardi, avec une certitude importante: son équipe affirmait qu’elle voulait la première place du groupe B et le ticket pour le Mondial; elle sait désormais qu’elle peut l’avoir.

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