Football

En équipe de Suisse, le projet Petkovic prend forme

Victorieuse en Hongrie vendredi (3-2) avant d’affronter Andorre ce lundi, l’équipe nationale colle de plus en plus aux attentes du sélectionneur. Elle est désormais prête à marquer plus pour gagner mieux

Prochain arrêt, Andorre-la-Vieille. Ce lundi à 20h45, l’équipe de Suisse va changer de costume pour une année. Elle portait les habits d’un outsider ambitieux contre le Portugal champion d’Europe en septembre (victoire 2-0), ceux d’un favori méfiant vendredi soir contre la Hongrie à Budapest (victoire 3-2). D’ici les retrouvailles avec ces deux nations en octobre 2017 pour les deux derniers matches qualificatifs pour le Mondial 2018, elle étrennera dans les Pyrénées la tenue de l’équipe à battre.

Et elle doit la garder immaculée pendant six matches (allers et retours contre Andorre, les Iles Féroé et la Lettonie). «Bien sûr qu’on y pense désormais, reconnaissait un Xherdan Shaqiri conquérant à la sortie de la Groupama Arena. Nous avons battu les deux meilleures équipes du groupe. Nous pouvons viser le sans-faute.»

En conférence de presse, Vladimir Petkovic s’était montré plus mesuré. «La route est encore longue. Nous devons garder les pieds sur terre.» Ou la tête froide, comme le Tessinois le fait si bien devant un micro. Quand les choses se passent mal, il le reconnaît mais se garde de désigner des coupables ou de verser dans le pathos. Quand elles vont bien, il tempère les ardeurs. Il est l’inverse de ce que les journalistes appellent un bon client, une personnalité dont les déclarations fracassantes peuvent tenir la Une en elles-mêmes. En toute courtoisie, il répond aux questions, donne le change. Mais aux petites phrases, il préfère les grands projets. Et le sien prend forme.

Caractère et sang-froid

Dans la chaude ambiance du stade de Ferencvaros, face à une équipe hongroise plus séduisante sur le terrain que sur le papier, sa Nati a confirmé la transition opérée contre le Portugal. Elle est toujours aussi joueuse, mais désormais opportuniste et réaliste aussi. Moins crispée sur ses bases arrière. Elle a du caractère. Du sang-froid. Elle ressemble de plus en plus à son sélectionneur.

Vladimir Petkovic porte l’intention de miser sur l’attaque depuis son entrée en fonction après le Mondial 2014. Mais il a d’abord dû faire comprendre qu’il était possible de gagner autrement que pendant l’ère Hitzfeld, quand la Suisse obtenait de bons résultats en camouflant ses limites derrière une organisation défensive sans faille. La proposition de son successeur est différente: capitaliser sur le talent et la créativité de ses hommes. Qu’ils sortent de leur camp et de leur zone de confort. Révolution libertaire en douce Helvétie.

Il ne fallait pas compter sur Petkovic pour réchauffer les recettes d’un autre. Sa carrière d’entraîneur en club montre que son football est à l’opposé de son image publique: affirmé, radical, bouillant d’idées. L’ancien coach de la Lazio a horreur du football tiède. Il a construit sa réputation à Bellinzone, puis à Young Boys, en alignant des équipes très offensives qui finissaient par convaincre après avoir dérouté. «A Young Boys, on ne pensait pas au départ que j’allais pouvoir faire la différence. Et puis après une année, on disait que nous jouions le meilleur football de Suisse», déclarait-il début septembre à la Neue Zürcher Zeitung.

Transition par étapes

Le processus se reproduit à la tête de l’équipe nationale. Dans un premier temps, au début des qualifications pour l’Euro, les résultats n’y étaient pas et ses propositions passaient pour inappropriées voire incongrues. Dans un deuxième temps, à l’Euro, chacun a commencé à voir où il voulait en venir, mais pouvait trouver dérisoire de tout sacrifier sur l’autel du jeu et de l’attaque alors que la conclusion n’y était pas (trois buts en quatre matches). Le troisième temps a commencé avec la campagne qualificative pour le Mondial 2018: la Nati joue. Et marque. Et gagne. Et tant pis si elle encaisse des buts tant que c’est un de moins qu’elle n’en inscrit.

Au coup de sifflet final du match contre la Hongrie, le capitaine Stephan Lichsteiner refusait pourtant de voir une rupture au sein de l’ère Petkovic après ces deux victoires consécutives. «Nous jouons de manière offensive, mais nous le faisions déjà cet été. Et même s’ils ont été très critiqués, nous avions déjà les joueurs pour marquer.» Mais ils ne le faisaient pas. Vendredi, Haris Seferovic – qui a manqué tant d’occasions en France – a concrétisé en renard des surfaces opportuniste sa seule opportunité. Ricardo Rodriguez a inscrit son premier but en sélection après 42 sélections. Et Valentin Stocker – à peine revenu en sélection, à peine entré sur le terrain – a offert la victoire à une équipe qui commençait péniblement à accepter l’idée de terminer sur un nul.

Parce que par deux fois, elle a encaissé un but juste après avoir pris l’avantage. «Normalement, il faut faire attention dans les cinq minutes qui suivent un but mais là nous avons manqué de concentration», déclarait Blerim Dzemaili au micro de la RTS. Car la Nati qui attaque, c’est aussi une Nati qui accepte de se découvrir. Contre la Hongrie, il fallait voir les joueurs se déployer sur le terrain à la récupération du ballon: Valon Behrami recule entre les deux défenseurs centraux tandis que les deux latéraux se muent en ailier. Par moments, l’équipe de Suisse évoluait presque en 3-2-5. Le spectacle au coeur du projet.

L’importance du goal-average

«Comme défenseur, je préférerai quand même toujours une victoire 1-0, qui veut dire qu’on a bien travaillé derrière, à un 3-2, souriait Stephan Lichtsteiner. Mais après, c’est vrai que ce genre de matches est palpitant. C’est pour ces émotions-là qu’on joue au football.» Xherdan Shaqiri pense pareil. «1-0 ou 3-2, toutes les victoires sont bonnes à prendre. Mais aujourd’hui, c’était un match super excitant à jouer et je pense que c’était beau à voir pour le public également, pas vrai?»

Marquer des buts constitue la finalité naturelle du projet de jeu offensif de Vladimir Petkovic. C’est aussi un objectif très rationnel puisque au classement, désormais, le goal-average prime sur les confrontations directes. Après avoir trouvé l’ouverture cinq fois en deux rencontres contre les deux meilleures équipes de son groupe qualificatif, la Suisse doit continuer de tourner au même régime, et prendre ses billets pour le festival du but d’Andorre. Xherdan Shaqiri se marre. Puis fait le calcul: «Le Portugal a gagné 6-0 contre Andorre, nous avons battu le Portugal 2-0, donc…» Donc? «Donc on doit gagner aussi.» Sourire malicieux. Le même que celui de Vladimir Petkovic. Celui qui veut dire «j’ai bien compris la question, mais permettez qu’on n’y réponde qu’une fois sur le terrain».

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