C'est déjà l'heure de boucler les sacs. Les joueurs de l'équipe de Suisse, après avoir consacré leur dimanche à des obligations commercialo-mondaines - séances de dédicaces chez le partenaire banquier en fin de matinée (voir encadré), puis nuit du football à Berne -, entameront dès lundi leur phase finale de préparation à l'Euro 2008. La dernière ligne droite menant au match d'ouverture du samedi 7 juin face à la République tchèque se décompose en trois temps: dix jours de labeur au Tessin, septante-deux heures en famille et réglages ultimes à partir du 2 juin, dans le repaire habituel de Feusisberg (SZ).

On a coutume d'affirmer qu'un tournoi se gagne ou se perd en amont. «Si on se dit ça aujourd'hui, on est plutôt mal barrés», plaisante le sélectionneur adjoint Michel Pont, en allusion à la période pénible que vient de traverser la Nati. Il n'empêche que les trois semaines à venir ne compteront surtout pas pour beurre. Outre la mise à niveau, sur le plan physique, d'un groupe qui comporte plusieurs éléments convalescents ou à court de compétition, il s'agira de créer un climat propice au dépassement de soi.

Selon Lucio Bizzini, ancien international devenu psychologue du sport, il faut «redonner un esprit de corps à un ensemble qui s'est un peu désagrégé, parce que tirer à la même corde quand il n'y a pas d'enjeu, ce n'est jamais évident, surtout quand les gens sont éparpillés aux quatre coins de l'Europe». L'unité comme une condition sine qua non: «Si on commence à se chamailler ou à créer des histoires, on est morts», admet Michel Pont, avant de vanter les valeurs de la famille Nati: «L'osmose et la complicité entre les hommes, la tolérance et l'ouverture qui prévalent entre nous, c'est notre force depuis 2001. Là, nous venons de passer deux ans sans avoir le couteau sous la gorge et malgré les résultats, les critiques et tout ce qu'on a dû avaler, le groupe n'a jamais explosé. Tout ce qu'on a vécu doit fouetter leur amour-propre.»

De prestations moyennes en ratages complets, la Suisse a toutefois dilapidé une grosse partie du capital confiance thésaurisé avant et pendant le Mondial 2006. Malgré tout, le discours officiel n'a cessé de répéter que l'équipe évoluerait au sommet de sa forme le moment venu. L'assistant de Köbi Kuhn déroule, dans la langue de David Beckham, le fil rouge destiné à rassembler les énergies: «Once in your lifetime.» Une fois dans ta vie. «Les joueurs doivent se rendre compte que l'événement leur appartient», étaie le Genevois. «Ils peuvent retirer de cet Euro, non pas de l'argent parce qu'ils en gagnent davantage dans leurs clubs, mais une renommée et un statut nouveaux, de l'honneur et de la fierté.» Dès lundi, entre les murs de la Villa Principe Leopoldo, un luxueux cinq-étoiles niché sur les hauteurs de Lugano, il s'agira de galvaniser les cœurs et d'optimiser les chances de succès. «L'endroit, où on mange divinement bien, est tellement magnifique qu'on peut se demander si c'est l'endroit idéal pour aller travailler dur», objecte Lucio Bizzini. «C'est sans doute une affaire de compensation par rapport aux efforts qui seront exigés sur le terrain.»

La délégation suera au stade du Cornaredo, où deux entraînements seront accessibles au public les 20 et 26 mai - quelque 5000 supporters sont en outre attendus lors des séances à portes ouvertes de Freienbach les 3, 8 et 12 juin. Un mur a été dressé autour de la pelouse schwyzoise, histoire d'endiguer les bains de foule vécus avant la Coupe du monde 2006. «Il ne s'agit pas de se couper de la base ou de la réalité en évoluant dans un bunker», précise Michel Pont. «On n'est pas des Martiens, on ne se prend pas la tête. Mais les gars auront besoin d'un minimum de calme.» L'idée consiste à trouver le juste équilibre entre camp retranché et kermesse perpétuelle. Plutôt gâtés par rapport à leurs homologues européens, les médias helvétiques auront quant à eux accès à cinq joueurs différents au quotidien.

Voilà pour la routine. Les deux rencontres amicales agendées d'ici à l'Euro - le 24 mai devant la Slovaquie à Lugano, puis le 30 à Saint-Gall face au Liechtenstein - serviront de répétition générale pour la première et d'occasion rêvée pour emmagasiner de la confiance concernant la seconde. Entre les deux, Köbi Kuhn devra biffer trois noms sur la liste de vingt-six éléments communiquée en début de semaine. Trois cœurs meurtris quitteront alors le navire en souhaitant bonne chance aux élus de la nation. «Le but est de responsabiliser les joueurs, de rester sereins tout en suscitant une bonne petite pointe d'angoisse, d'amener tout le monde au maximum de ses possibilités physiques et mentales», conclut Michel Pont. «On verra au terme des 95 minutes contre les Tchèques si nous y sommes parvenus.» Tel est, ni plus ni moins, l'enjeu des trois semaines à venir.