Il existe bien des moyens de devenir joueur de Ligue nationale A de football. La voie empruntée par Eric Baubonne, aujourd'hui professionnel au FC Sion, n'est sans doute pas la plus banale. Itinéraire d'un enfant finalement gâté, qui a franchi à son rythme tous les paliers de la 2e ligue à l'élite.

La facilité, Eric Baubonne ne connaît pas. S'il s'apprête, à bientôt 27 ans, à disputer le tour final pour le titre, l'homme a pris les chemins de traverse pour en arriver là. Après avoir effectué ses premiers pas de footballeur au FC Perly, le Genevois rejoint la section junior du Servette FC. Doué mais prompt à s'égarer, il ne cadre pas avec l'image policée que le club prétend se donner. L'adolescent est prié d'aller jouer du crampon ailleurs. Il retourne à Perly, traînant une réputation quelque peu sulfureuse. Baubonne évoque cette époque sans rancœur: «J'ai commis des erreurs, c'est sûr. A 17 ans, j'aimais faire la foire avec mes potes. J'ai compris par la suite qu'il fallait changer mon hygiène de vie pour viser plus haut.» Une prise de conscience qui en appellera d'autres.

Tout parcours initiatique est parsemé de rencontres décisives. La trajectoire de Baubonne ne fait pas exception. En 1995, il goûte à la première ligue sous les couleurs du CS Chênois. Bosko Djurovski, son entraîneur, est séduit d'emblée: «Malgré le retard tactique et technique qu'il accusait, Eric m'a plu par sa volonté. Convaincu de ses qualités, je l'ai beaucoup fait travailler individuellement. Simple et attachant, il a réalisé une excellente saison.» Cette année-là fait office de déclic pour le joueur: «Bosko a cru en moi. Sa confiance m'a aidé à prendre conscience de mes possibilités», déclare-t-il reconnaissant. La machine est lancée.

La saison suivante, le Genevois gravit un échelon supplémentaire en signant au FC Meyrin, néopromu en Ligue nationale B. Malgré la relégation, Baubonne s'affirme. Son abattage, son engagement et sa polyvalence ne passent pas inaperçus. Persuadé de détenir un élément d'avenir dans son effectif, Pascal Besnard se mue en manager bénévole. Ancien joueur de LNA, il utilise sa connaissance du milieu et multiplie les démarches afin de placer son protégé. Ce dernier effectue un essai plutôt concluant avec Neuchâtel Xamax. En difficulté financière, le club tergiverse. A l'affût, le FC Sion se met sur les rangs et emporte le morceau. Baubonne épouse donc une carrière professionnelle en LNB à l'automne 1999. Un premier objectif est atteint.

En Valais, personne ne connaît l'homme à son arrivée. Promis au banc des remplaçants, il tire profit du début de championnat poussif de son équipe. Roberto Morinini remanie sa formation et fait appel à lui. Baubonne honore sa première titularisation au stade de Tourbillon face à Carouge en marquant deux fois et en offrant une troisième réussite (score final: 3-0). Une fois de plus, il s'adapte sans dommage à une situation nouvelle. Heureux d'évoluer devant un public «si nombreux et si chaleureux», il saisit sa chance et finit par inscrire face à Delémont le but qui assure la promotion aux Sédunois.

A 25 ans, Eric Baubonne découvre enfin la LNA. Avec le sentiment de vivre une aventure longtemps inespérée. Cet avènement relativement tardif lui permet de vivre la situation sans se prendre la tête: «Je prends tout ce qui vient comme du bonus, en sachant que tout peut s'arrêter du jour au lendemain. Je suis certainement moins usé physiquement et psychologiquement que la plupart de mes coéquipiers.» Tantôt demi défensif, milieu axial ou ailier droit, Baubonne met son enthousiasme et sa fraîcheur au service du groupe. Pour le plus grand bonheur de son entraîneur, Henri Stambouli: «L'homme et le joueur se ressemblent. Son dribble chaloupé rappelle son côté rêveur. Possédant à la fois la nonchalance du Genevois et la gnac du Valaisan, Eric donne tout pour le collectif. Sa couverture de balle et sa vision du jeu compensent sa relative faiblesse athlétique. Ce joueur est intéressant, car il ne cesse de progresser.»

Reste à savoir où s'arrêtera l'ascension de ce footballeur qui semble ignorer le sens du verbe stagner. Au moment d'aborder le tour final de LNA, Eric Baubonne peut espérer gravir une marche supplémentaire. Disputera-t-il la Coupe d'Europe l'automne prochain?