Portrait

Eric Hänni, le judo après le judo

Médaillé d’argent aux Jeux olympiques de 1964 à Tokyo, seule ceinture rouge (neuvième degré après la noire) de Suisse, le Jurassien continue de pratiquer une fois par semaine, à 80 ans passés. Reportage, un jeudi au Judo Club de Berne

En sortant du parking de la gare de Berne, où il est venu nous chercher, le voilà qui se raconte déjà. Et ne voit pas, venant de sa gauche, une voiture lui brûler la priorité. Un coup de frein brutal et inespéré sauve son aile et notre reportage. «Ah, nom de Dieu!» lance Eric Hänni. A 80 ans, le médaillé olympique (argent) des Jeux de Tokyo en 1964 conserve encore le coup d’œil et des réflexes. Il ne s’en formalise même pas, comme si c’était normal. Ces gens-là sont faits d’un autre bois.

C’est une autre distinction, plus récente, qui nous a conduit vers cette légende du judo helvétique et du sport jurassien. En 2014, Eric Hänni a reçu le grade de neuvième dan et la mythique ceinture rouge. Il est le seul en Suisse, ils ne sont qu’une douzaine en Europe. Dans ce sport où le niveau ultime est matérialisé par une ceinture certes de soie mais blanche, comme celle des débutants, pour rappeler que l’on ne cesse jamais d’apprendre, nous voulions savoir ce que signifie vieillir avec le judo. Que devient «la voie de la souplesse» (la traduction littérale des kanjis ju et do) lorsque la souplesse a disparu? La sagesse remplace-t-elle la force?